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lundi 5 septembre 2016

Aziz Smati : un choc pour la jeunesse


AZIZ SMATI, producteur et réalisateur de la télévision algérienne, lui-même victime le 14 février 1994 d'un attentat terroriste qui l'a laissé paraplégique, parle de son ami Rachid, avec qui il a fait pendant deux ans l'émission « Bled Music ».

« Rachid, dit-il, a fait beaucoup pour le raï algérien. C'est lui qui a découvert et produit des chanteurs comme Cheb Khaled, Cheb Mami, Cheb Hasni. C'est lui qui a exporté le raï à l'étranger, notamment en Angleterre, avec « Island », mais aussi aux Etats-Unis. C'est également lui qui a fait les premier clips algériens dans les années soixante-dix. D'abord avec sa propre musique puis avec d'autres groupes modernes. C'était un découvreur, un précurseur. On l'appelait « le djinn du synthétiseur ». En 1990, il a créé le premier « hit-parade » algérien et nous avons commencé à produire « Bled Music ». Il était extrêmement populaire parmi la jeunesse. Tout le monde connaissait son look à la « Castro »: barbe, casquette, tenue militaire verte. Je l'appelais « le Commandant ».


Pour Aziz Smati, lui-même blessé après la quatrième édition d'une émission dans laquelle les artistes engagés s'exprimaient, l'assassinat de Rachid est dans la logique de l'intégrisme pour qui, dit-il, « la musique est un péché, l'art lui-même est un péché ». « Ils veulent profiter du ramadan pour tout interdire. La voiture piégée qui a explosé le 30 janvier à Alger avait déjà tué un musicien, le premier de ce ramadan », dit-il.

Rachid était-il politiquement engagé?

« C'était d'abord un artiste, dit Aziz. La musique était toute sa vie. Mais il était contre le terrorisme. Le fait de rester là-bas, alors qu'il se savait menacé, de continuer à produire, à tourner, à faire de la musique, c'était déjà un engagement politique. Surtout qu'avec son look, il ne passait pas inaperçu. Avant qu'on me tire dessus, on en avait parlé. Il m'avait dit qu'il ne se sentait pas en sécurité. Mais je ne m'attendais pas à cela. C'est un choc terrible. Pour la jeunesse algérienne aussi, j'en suis sûr. »

par FRANÇOISE GERMAIN-ROBIN.

VENDREDI, 17 FÉVRIER, 1995 L'HUMANITÉ
http://www.humanite.fr/node/97822

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