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mardi 15 mars 2016

ils adorent le point d'interrogation lui-même comme un Dieu ?


sur la dogmatique théologique du concept (« Dieu », « âme », « liberté », « immortalité ») ait nui à cet idéal ?.- Laissons pour l'instant de côté la question de savoir si Kant lui-même eut jamais pareille intention. Ce qui est sûr, c'est que depuis Kant les transcendantalistes de toute espèce ont de nouveau partie gagnée, - ils se sont émancipés des théologiens : quelle chance! - Kant leur a montré ce chemin détourné grâce auquel ils peuvent désormais, par leurs seuls moyens et sans manquer à la bonne tenue scientifique, satisfaire les « désirs de leur cœur ». De même : qui pourrait encore tenir rigueur aux agnostiques, lorsque, en idolâtres de l'inconnu et du mystérieux en soi, ils adorent le point d'interrogation lui-même comme un Dieu? (Xavier Doudan parle quelque part des ravages qu'a provoqués « l'habitude d'admirer l'inintelligi¬ble au lieu de rester tout simplement dans l'inconnu »; il pense que les Anciens ont su éviter cela.) A supposer que ce que l'homme « connaît » ne satis¬fasse pas ses désirs, mais les contrarie et les glace, quel divin subterfuge que celui qui permet d'en accuser non pas les « désirs », mais la « connaissance » ! ... « Il n'y a pas de connaissance : par conséquent - Dieu existe » : quelle nouvelle elegantia syllogismi ! quel triomphe de l'idéal ascétique !

fr.wikisource.org Nietzsche
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