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mercredi 7 octobre 2015

Abder Yesfsah : Nous disons encore non


Les gens qui nous parlent aujourd'hui de la tragédie nationale sont ceux issus des familles qui nous parlaient hier de la Révolution algérienne, alors qu'ils n'ont contribué ni de près ni de loin à la libération du pays.

Alors que les gens sortent dehors pour, pacifiquement, réclamer justice, M. Nahnah nous traite de « pleureuses professionnelles » et parle de « mafia de larmes ». A la mafia, le sieur scieur de poteaux téléphoniques doit en savoir quelque chose. Veut-il camoufler la mafia des attestations communales et des « tueurs professionnels islamistes », qu'il nous assène « vérité » ? M. Nahnah ignore-t-il que le dernier singe de la Chiffa est titulaire de ce fameux document que certains voudraient, certainement, présenter comme lettre de « créance » devant Le Suprême ?

Et qui, parallèlement, nous sommes convaincus de la nécessaire dissolution de toutes les associations et organisations des victimes du terrorisme ainsi que de la très puissante ONM et autres organisations satellites auteurs de la surenchère et de toutes les dérives que nous vivons aujourd'hui encore. Et ceci pour empêcher les éternels et nouveaux jouisseurs de monnayer leurs voix par un ou plusieurs crans de leur déjà large ceinture et de mettre fin ainsi à la culture de la rapine. Il faut éviter le foisonnement des associations et organisations des martyrs et des victimes du terrorisme islamiste. Au train où vont les choses, nous aurons bientôt une organisation de fils de concubines d'anciens maquisards et une autre des enfants illégitimes des terroristes intégristes.

Certains nous accusent de cultiver la haine alors que nous proposons seulement des solutions pour une paix véritable et qui sont évidemment diamétralement opposées à celles qui nous sont imposées. Notre éducation, je parle de notre éducation, nous a inculqué les bonnes manières, le respect de l'être. Notre éducation, je parle de notre éducation ancestrale, sait être indulgente et elle ne nous a pas enseigné la haine et la vengeance.

Notre éducation, et c'est toujours la même, façonnée par le temps, exige de nous aussi de ne pas tolérer, de ne pas pardonner l'impardonnable. Nous ne cesserons jamais de crier haut et fort et toujours : justice !

Alors tant qu'il n'y aura pas de justice, nous ne saurions et nous ne pourrions avoir un autre regard et nous ... Parce que nous avons des raisons de craindre la réactualisation des numéros verts et cette fois pour signaler, non pas les terroristes en circulation, mais à chaque fois qu'on aperçoit un démocrate, surtout depuis la légalisation d'un autre parti islamiste. Ça ne sera peut-être plus la dictature, ça ne sera pas non plus la vraie démocratie. Ça sera la démoctature comme l'a si bien illustrée un jeune de mon village.

Et maintenant, il reste de nous intimer l'ordre, parce que nos martyrs sont partis sous des youyous et des tonnerres d'applaudissements, d'accueillir les sanguinaires par des tabablas, zernadjia, de rouler le couscous, d'immoler des bœufs et que nos femmes et jeunes filles, qui ont échappé soit aux massacres, soit aux viols collectifs, se parent de leurs bijoux, de leurs beaux habits et se fardent le visage pour préserver la susceptibilité « des héros d'un autre monde et d'un autre âge ».

Abder Yefsah
Frère de feu Smaïl Yesfah

P. S. : Ce n'est pas Kartali qui nous contredira, lui qui pourchasse encore Amina Kouidri. Qu'elle trouve ici toute notre solidarité agissante.

Le Matin N2406 mercredi 26 janvier 2000
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