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mercredi 15 avril 2015

Assia Djebar : chimere algero-francaise ?

Ainsi, nous sommes aussi capables du meilleur et cette culture de la haine de soi que nous avons développée jusqu'à nous faire douter de nos capacités à renouer avec ce qui existe de plus fort dans l'humanisme, n'est sans doute qu'un sentiment de dépit passager pour n'avoir pas pu nous familiariser avec ce qu'il y a de plus conséquent dans ce bas monde.

L'Académie française n'est pas un petit club de quartier, et qu'une Algérienne revendiquant son algérianité jusqu'au bout des ongles s'y introduise par la grande porte est un événement exceptionnel qui nous réconcilie avec la grandeur humaine qui nous a fait défaut ces dernières décennies.

Car, quoi qu'en disent les petits esprits, l'institution française est un autre Panthéon dans son genre, avec une dimension élargie à la hauteur des sommités du monde qu'une grande et riche civilisation comme celle de la France reconnaît. Prendre un fauteuil à l'Académie française, c'est un peu imiter Neil Armstrong et mettre un pied sur la Lune pour embrasser l'universalité et offrir à son pays les repères du meilleur pour espérer et avancer.

Certes, Assia Djebar n'est pas n'importe qui. Certains vont s'aventurer à lui afficher des griefs pour s'être mise en rupture de ban avec une société qui l'a faite et qui l'a enfantée. D'autres mal-pensants seront tentés de voir dans cette reconnaissance historique un acre arrière-goût de manoeuvre de la francophonie et des arrière-pensées de petits épiciers.

L'événement est trop important et trop grand pour permettre une glissade pour s'accommoder de la puérilité de la fine bouche. La fierté que nous donne Assia Djebar à la revendiquer et à réclamer sa richesse et son génie repose sur les racines communes de femmes et d'hommes différents par leurs pensées mais s'abreuvant aux mêmes sources pour une seule destinée.

Elle lève le voile sur les capacités d'un peuple souvent perturbé par l'histoire mais qui a des femmes et des hommes capables de faire front à toutes les épreuves.

Le Qutidien d'Oran samedi 18 juin 2005

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