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dimanche 2 novembre 2014

Mohamed Khelfaoui - Le Renseignement


Ancien officier du Service du renseignement algérien, à la retraite, Mohamed Khelfaoui a le mérite de démystifier le Service du renseignement, en revenant sur son histoire depuis l’antiquité à ce jour, en passant par les étapes les plus difficiles de la Révolution à celle des années 1990. Il présente ses activités comme un art ou une science qui ne cesse d’évoluer selon les conjonctures de l’heure.





Intitulé Le renseignement, enjeu d’une guerre silencieuse et paru aux éditions Sarah, l’ouvrage de Mohamed Khelfaoui nous offre un voyage depuis l’antiquité jusqu’à notre époque, pour comprendre le rôle important qu’ont joué les services de renseignements (SR) dans les guerres, les configurations des Etats, la construction de leur hégémonie et la suprématie de certains sur les autres. Pour l’auteur, une surestimation des SR dans la protection d’un pays serait une approche juvénile. L’armée, dont la mission principale est la protection du territoire, ne constitue que l’un des instruments de la sécurité. Prévoyante par vocation, la diplomatie parallèle ou secrète, qui souvent lui prépare le terrain et préserve ses relations avec les autres Etats contre les entorses éventuelles au droit international, est en charge de prémunir son pays contre tout isolement qui ne peut que l’affaiblir. Ses victoires, bien que jamais définitives, peuvent être hautement stratégiques. Il revient sur la naissance des SR et leur fonctionnement dans plusieurs pays comme l’Italie, la Russie, la Grande-Bretagne, l’Autriche, la France, l’Allemagne et le Japon, avant de s’arrêter sur les SR en Algérie, que l’auteur situe à une époque lointaine, puis à celle du début de la colonisation, avant de mettre l’accent sur la création par le Parti du peuple algérien (PPA), de l’Organisation secrète (OS) le 15 février 1947, et d’où va émerger, le défunt colonel Abdelhafid Boussouf, pour mettre en place, avec d’autres dirigeants de la Révolution, le service des transmissions, chargé d’intercepter et de lire le trafic radio de l’armée coloniale durant la Guerre de Libération.

Khelfaoui raconte la stratégie des SR français pour tuer dans l’oeuf la Révolution à travers des infiltrations et des coups fourrés. « L’une des opérations d’intoxication les plus meurtrières des SR français fut la Bleuite. Elle commença avec l’arrivée d’Alger d’une jeune fille répondant au nom de Rosa pour être enrôlée dans les rangs de l’ALN en Wilaya III. Son comportement douteux éveilla les soupçons du capitaine Ahcéne Mahiouz qui procéda à son arrestation. Interrogée, elle déclara avoir été chargée par le capitaine Leger de contacter certains officiers de l’ALN (...) L’alerte fut donnée à toutes les zones et régions de la Wilaya III pour arrêter les éléments venus d’Alger à partir du mois de janvier 1958, les envoyer à Akfadou pour interrogatoire. C’est le complot des Bleus (...) la psychose de la Bleuite s’installa et durera plusieurs mois (...) pour s’estomper en mars 1959 lorsque le commandant Mira et Mohand Oulhadj dénoncèrent la torture. Dans les documents retrouvés sur la dépouille du colonel Amirouche on pouvait lire : parmi les 542 jugés, 54 ont été libérés, 152 condamnés à mort et la plupart des 336 restants sont morts sous la torture, dont 30 officiers. » Sous la pression des actions des SR français, et pour une meilleure coordination et un meilleur cloisonnement, le Conseil national de la révolution algérienne (CNRA) crée en 1959 le ministère de l’Armement et des Liaisons générales (MALG), dont la direction fut confiée à Abdelhafid Boussouf. Convaincu que le secret de la réussite est le secret, ce dernier, à en croire l’auteur, va pousser l’ennemi à chercher une issue avantageuse.

Après l’indépendance, les hommes du MALG, écrit Khalfaoui, restructureront les Services spéciaux algériens pour les adapter à la nouvelle situation du pays, qui dicte en priorité la consolidation de l’Etat. Les différents services sont regroupés au sein de la Direction de la sécurité militaire (DSM), qui devient très tôt Direction centrale de la sécurité militaire dirigée par le colonel Kasdi Merbah. Elle comprend la sécurité intérieure, ou le contre-espionnage, et la sécurité extérieure, la sécurité de l’armée, le renseignement militaire, le service du chiffre et les services annexes. Elle dispose de son école et relève du ministère de la Délégation générale pour la prévention et la sécurité (DGPS) et à sa tête le général Lakhel Ayat. Elle deviendra par la suite la Délégation générale de la documentation et de la sécurité (DGDS) et son chef, le général Mohamed Betchine, s’attellera « à moderniser et informatiser » ses structures et « faire un bond qualitatif en terme d’approche sécuritaire » par l’ouverture de bureaux de sécurité à l’étranger, et dans le cadre de la coopération, sera membre à part entière dans les organisations internationales de renseignement.

En 1990, le Département du renseignement et de la sécurité (DRS) remplace la DGDS. Dirigé par le général de corps d’armée, Mohamed Mediène, dit Toufik, le département fait face à trois mouvements armés, deux indépendantistes activant au nord du Mali et du Niger, et dont il fallait gérer les effets immédiats et à venir, et un mouvement interne virulent et subversif qu’incarnait le parti dissous, le FIS.

L’auteur relève que malgré l’intense activité terroriste et la mobilisation des énergies pour endiguer cette menace, la détermination à moderniser sa composante humaine n’a pas été reléguée.

« En capitalisant l’expérience du SR algérien accumulée durant la Guerre de Libération et la lutte antiterroriste, peut-on considérer qu’il est adapté aux évolutions rapides et menaçantes du XXIe siècle ? » s’interroge l’auteur qui affirme que « l’évolution permanente de la situation internationale continuera d’éprouver les SR. Cette arme pérenne, qui a résisté aux assauts malveillants ou naïfs n’a pas cessé et ne cessera pas d’évoluer et de s’équiper pour s’adapter aux nouvelles priorités. Le renseignement, c’est-à-dire la reconnaissance, en prenant à sa charge l’anticipation, s’est érigé en fonction stratégique ».


Dans cet ouvrage, Mohamed Khelfaoui livre aux lecteurs quelques secrets sur le langage des codes utilisé dans le domaine des SR, mais aussi le recours aux agents, agents doubles, agents liquidables, agents vivants, agents indigènes, ou alors agents intérieurs. En bref, un livre à lire, et qui sera présent à la Foire internationale du livre qui s’ouvre aujourd’hui à la Safex, à Alger, où une vente-dédicace sera animée par l’auteur.

Salima Tlemçani
El Watan - Dimanche 2 novembre 2014

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