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dimanche 12 octobre 2014

La langue francaise, maillon faible de l’enseignement


Enclavement, mauvaise qualité des infrastructures, mauvais suivi de la performance des enseignants, manque de formation continue et absence d’opportunités de carrière. Ce sont autant de problèmes qui font du Sud et de l’extrême Sud des régions où il ne plaît pas aux enseignants de se fixer et de se donner à fond dans leur noble mission de formation des futures générations.

Dans cet entretien accordé à El Watan, Youcef Bouda, ancien député et ex-cadre de la direction de l’éducation de la wilaya d’Illizi, met en exergue les principales contraintes de l’enseignement dans cette wilaya reculée de l’extrême Sud.

Les résultats obtenus lors des examens nationaux restent en deça des attentes à Illizi. Qu’en pensez-vous ?

En vérité, les causes sont multiples et diverses, l’éloignement des différentes localités est l’un des obstacles majeurs qui rend les conditions d’accompagnement et d’inspection très complexes dans notre wilaya. Tamadjert, à titre d’exemple, est distante de plus de 250 km dans une seule et même commune du cheflieu de wilaya ! Sans parler de la commune de Bordj Omar Driss et ses localités éparses, elle même située à 700 km au nord de la wilaya ainsi que la commune de Djanet, à 400 km au sud. Les enseignants recrutés dans ces régions reculées sont tout de suite confrontés aux difficultés de l’exercice du métier d’enseignant dans des zones rurales sahariennes qu’ils découvrent souvent pour la première fois ; ils prennent avec eux leur ravitaillement de trois mois (jusqu’aux vacances scolaires), ils sont dans l’isolement intégral avec une absence quasi-totale d’un réseau de téléphonie fixe ou mobile, la crise d’eau potable quand le lieu d’hébergement n’est pas trop hostile et que la chaleur de la population d’accueil vient réchauffer les liens.

Il existe donc à la fois un problème de contrôle de la qualité de l’enseignement prodigué mais aussi de prise en charge des enseignants ?

Il faut bien comprendre que la direction de l’éducation ne peut à elle seule relever le défi d’améliorer les conditions des enseignants et de l’enseignement dans cet immense territoire. La responsabilité des collectivités locales dans la revalorisation du secteur par des mesures incitatives en faveur des enseignants est une réalité qu’il faut reconnaître et y mettre la volonté et les moyens. En parallèle, est venue la responsabilité des commissions ministérielles chargées d’évaluer les réformes éducatives qui doivent inspecter régulièrement les zones éparses et non seulement les chefs lieux de wilaya et de daïra pour s’enquérir de près sur les problèmes de fond auxquelles sont confrontés les élèves et leurs instituteurs affectés dans ces régions enclavées : insuffisance de la qualité de l’enseignement, mauvaise qualité des infrastructures, insuffisance de moyens matériels d’inspection des zones rurales, mauvais suivi de la performance des enseignants, manque de formation continue et absence d’opportunités de carrière font que les enseignants de ces régions se sentent négligés, ce qui crée une envie de fuir et n’encourage guère les gens à travailler et à se fixer dans le Sud et l’extrême Sud.

Quelles sont, selon vous, les causes de cette baisse très inquiétante du niveau des élèves et particulièrement en langues étrangères ?

La loi 08-04 du 23 janvier 2008 portant loi d’orientation sur l’éducation nationale, insiste sur la scolarisation obligatoire des enfants dès l’âge de 6 ans, et ce, jusqu’à 16 ans afin de concrétiser «le principe de l’égalité des chances» en matière d’enseignement, et selon les dispositions prévues par cette loi, les parents qui manquent à l’obligation de scolarisation de leurs enfants, sans justification, peuvent faire l’objet de poursuite judiciaires. Or, contrairement aux élèves des autres régions du pays, les élèves de cette wilaya ne passent pas l’épreuve de français à l’examen de fin de cycle primaire, une situation qui est devenue courante au cours des dernières années en raison du manque cruel d’encadrement dans l’enseignement de la langue de Molière. Dans ce cas précis, les parents sont en droit de demander des comptes à qui ? A mon avis, la langue française reste le maillon faible de l’enseignement dans notre région, elle pénalise à vie nos enfants. Je m’explique, la langue doit être acquise durant le cycle primaire, or nous manquons cruellement d’enseignants.

Lors de votre mandat à l’APN vous avez demandé au ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique de l’époque, des mesures exceptionnelles en faveur des bacheliers de la wilaya d’Illizi. Quelles sont elles ?

J’ai particulièrement recommandé de donner une chance aux étudiants de la wilaya d’Illizi pour s’inscrire aux instituts, écoles supérieures et autres filières clés, avec la possibilité de doubler la 1re ou 2e année. J’ai argué que nos bacheliers avaient besoin d’un temps d’adaptation à la cadence des études de ces filières, aux langues d’enseignement et que le taux de chômage a atteint des proportions alarmantes particulièrement parmi les jeunes diplômés dans les filières généralistes des sciences humaines sans qu’une politique de recrutement de ces derniers soit mise en place, ce qui ne motive pas les élèves de poursuivre leurs études de graduation, mais malheureusement cela n’a pas marché.

Bouda Brahim
El Watan - Samedi 11 octobre 2014
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