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lundi 27 octobre 2014

Abane Ramdane « ignore l'appartenance arabe et islamique » de l'Algerie


Le principe de « collégialité », quand il s'agit d'assumer des décisions d'une telle gravité, est d'ailleurs toujours d'actualité. C'est ce qui caractérise le système algérien. En d'autres termes, le pouvoir réel n'a jamais été incarné par un seul responsable, civil ou militaire, mais par un ensemble homogène sur le fond, qui constitue ce que beaucoup de connaisseurs des méandres du régime continuent de qualifier de « conseil d'administration », ce fameux cabinet informel composé d'hommes forts du régime, dans lequel se prennent les décisions, en dehors des institutions officielles.




N'empêche qu'une fois décrétée l'élimination du militant frondeur à « la tête dure » - c'est ainsi qu'Abbane Ramdane était décrit par ses pairs - l'accomplissement de la « mission » est confié au tout-puissant patron des « services » du FLN/ALN. Il est alors attiré au Maroc par les collaborateurs de Boussouf qui lui font croire qu'il doit être reçu par le roi Mohammed V pour régler une question politique. Sentant le piège, Abbane hésite.

Mais finalement, le 27 décembre 1957, il arrive discrètement à Tanger, accompagné des deux colonels Mahmoud Chérif et Krim Belkacem qui, à l'évidence, étaient dans le coup. Boussouf et ses barbouzes attendent les trois membres du CCE et les invitent à monter séparément dans deux voitures. Très vite leur cible est séparée des deux autres « frères d'armes » et dirigé vers une ferme isolée où Abbane est étranglé dès son arrivée. Trois hommes, au moins, ont exécuté la sentence: Boussouf et deux de ses subordonnés qui ne furent jamais formellement identifiés. Sur cette affaire, il y eut une totale omerra. Cinq mois après son élimination, le 19 mai 1958, le numéro 24 d'El-Moujahid, organe de propagande du FLN, annonçait en une: « Abbane Ramdane est mort au champ d'honneur ».

Cet assassinat politique continue, à ce jour, de faire polémique et de peser sur l'inconscient collectif algérien. Celui-ci n'ignore pas que cette liquidation physique a inauguré l'instauration par le régime d'une tradition de neutralisation, par le meurtre, des opposants et des figures du pouvoir qui se rebellent contre les dogmes établis. Au lendemain de cet assassinat, plusieurs versions seront relayées, mais toutes convergent sur l'implication directe d'Abdelhafïd Boussouf et des services créés et dirigés par lui.

Abbane Ramdane a été très probablement assassiné avec laval et la bénédiction des Égyptiens. Dans ses Mémoires, Fethi Dib, l'homme de Nasser, ne manque pas une occasion de fustiger le concepteur de la plate-forme de la Soummam. Il écrit qu'Abbane faisait dévier la révolution, prétendant que ce dernier aurait « ignoré l'appartenance arabe et islamique » de l'Algérie. Un sacrilège pour Nasser et ses affilés !

En cette fin d'année 1957, Boussouf n'ignore pas qu'il fait partie de ceux qui contrôlent le sort de la guerre de libération et l'esprit de la future Algérie indépendante...


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