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dimanche 1 septembre 2013

Quelle destination pour l'Algerie


OÙ va le pays ? La question, lancinante, n'est pas nouvelle. Comme d'ailleurs la réponse que personne ne peut oser. Il y a onze ans, Boudiaf était abattu en mondial live. Des images d'une rare violence. Qui choquent encore. En plus d'avoir rejoint le bercail pour, pensait-il, foncièrement convaincu, « sauver » ce qui restait à sauver, cette interrogation il la posera dans un livre-mémoires forcément émouvant pour ceux qui connaissaient l'homme et son parcours militant Où va l'Algérie ? s'interrogeait-il avant son retour au pays. Une fin de règne tragique et une suite dramatique qui n'aidera pas à la compréhension d'une Algérie frappée de malédiction, poursuivie par le mauvais sort, violentée par ses enfants et qui ne cessera, plus d'une décennie durant, de faire la une de l'actualité. Par la lucarne du sang et des armes, des assassinats en gros et en détail, de la manipulation et des surenchères politiques.

Le 29 juin 1992, les tenants du statu quo et des scénarios du pire renvoyaient les Algériens revisiter leur histoire récente. Pas toujours belle à raconter. Faite de reniements, de traîtrises et de trahisons. De complots qui n'en finissent jamais. Boudiaf est mort sans avoir répondu à une interrogation plus que jamais d'actualité. Avec des zones d'ombre supplémentaires, dès panneaux indicateurs qui ont perdu le nord et les cadrans d'une montre figée. Comme autant d'invites à la méditation. Onze ans que Tayeb El Watani a été assassiné. Et cette impression de déjà-vu, ce curieux sentiment que le douloureux anniversaire n'est en fait plus qu'une douteuse étape de trop pour faire actionner la machine à remonter le temps à moins d'une semaine de la sortie de prison d'une des deux figures de proue de l'ex-FIS, Ali Benhadj. Qui rappelle que les choses n'ont pas trop avancé depuis l'interruption brutale du processus électoral en 1991. Un homme politique trahi par sa sincérité et une formation politique qui aura vécu et dont le fantôme hante, pour ne pas dire rythme encore, la vie politique nationale.

En 2003, moins d'une année avant les présidentielles, on ne sait toujours pas qui est qui, qui veut quoi et surtout où on veut aller, quelle est la destination réelle de l'Algérie. Le pôle dit « démocratique » avance toujours en rangs dispersés et sort plus que jamais affaibli, les islamistes reprennent du poil de la bête et se présentent de nouveau en alternative, l'acte de voter toujours pas du domaine du « sacré », les coups bas inévitables, les retournements de veste spectaculaires inscrits à l'ordre d'une logique massacrante, les alliances contre-nature fréquentes. En plus clair, tous les ingrédients à l'origine d'une impasse sans fin. Longue de plus de deux cent mille morts.

Personne ne connaît les commanditaires du crime ignoble qui a mis fin à une expérience originale, à la vie d'un homme qui a suconquérir le cœur des Algériens. Comme personne ne peut répondre à cette autre question forcément grave : pourquoi continue-t-on à mourir de mort violente et qui a intérêt à maintenir un seuil minimum de terrorisme ?

Par Madani Seghir
La Tribune lundi 30 juin 2003
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