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mercredi 24 juillet 2013

Culture et personnalite algerienne de Massinissa a nos jours


C'est que, en embrassant l'Islam, cette idéologie de la liberté et du progrès, les Berbères allaient lui imprimer une empreinte particulière, non sans lui adjoindre l'arabité, autrement dit, la culture arabe. Si la quasi-totalité décidèrent de bonne heure de changer même de nom pour se donner un patronyme à consonance arabe, personne ne les y obligea comme le confirme Ibn Khaldûn. C'est que leur conversion à l'Islam était tellement profonde et sincère (du moins pour la majorité) qu'ils trouvèrent logique d'adopter la langue véhiculant le Coran et dont usait le Prophète Mohammed. Le sacral, en un mot, élevé au monothéisme de l'Islam s'emparait également de la quotidien¬neté. En outre, la langue arabe étant une langue écrite constituait un outil indispensable entre les mains des Maghrébins musulmans, non seulement en vue de conserver et transmettre sans risque d'erreur, la Vulgate coranique, mais aussi de participer à l'enrichissement de la civilisation universelle. L'arabisation, que ce soit au niveau de la langue ou au niveau des mœurs et coutumes, n'a jamais été imposée aux Maghrébins. Même l'arrivée des Bani Hilal et Bani Solaym au Maghreb ne devait absolument rien aux Arabes proprement dits. Ces deux tribus qui auraient tout dévasté dans le pays selon Ch. André Julien qui ajoute que ce sont elles qui permirent d'abord l'arabisation ensuite l'islamisation du Maghreb, non sans nous préciser qu'elles y implantèrent un million d'individus, ces deux tribus donc étaient sous le commandement non pas d'un khalife d'origine arabe, mais d'un khalife fatimide d'origine berbère. D'autre part, leur volume démographique n'est connu par personne jusqu'à ce jour. Effectivement, ces deux tribus ont été envoyées au Maghreb, non pas pour l'arabiser et l'islamiser (il l'était déjà depuis plus de trois siècles), pour les raisons que j'ai dites précédemment), mais pour que la dynastie ziride expie la trahison dont elle se rendit coupable envers le khalife fatimide du Caire, ennemi juré des Abbassides de Baghdad. Là nous entrons dans le domaine de l'histoire combien complexe et mouvementée des schismes de l'Islam.


Le lecteur devra seulement retenir que les Musulmans d'ethnie arabe ne gouvernèrent au Maghreb central que quelques décennies à peine. Dès 740, un soulèvement d'une rare violence, se réclamant d'un islam pur et dur au service des déshérités (kharéjisme extrémiste dit çofrite) fit trembler la classe politique omeyyade. Après la liquidation de celle-ci par les Abbassides, le Maghreb central s'auto-gouvernera jusqu'à l'arrivée des Ottomans au xvie siècle, appelés par les Algériens eux-mêmes, menacés continuellement par les Espagnols entre autres, autrement dit, la chrétienté toujours au service de l'expansion impérialiste. Devant l'union des chrétiens (Espagnols, Français, Italiens, etc ... qui n'avaient pas oublié les Croisades), 24 quoi de plus normal à ce que des Musulmans en danger fassent appel à d'autres Musulmans ? C'est précisément cette sensibilité que procure le sentiment d'appartenance à dar al-Islam qui ne permit pas aux Algériens de se soulever systématiquement contre les Ottomans, chaque fois que ces derniers faisaient preuve à leur égard d'injustice ou même d'arbitraire. C'est que là aussi il y eut fusion dans une grande mesure, non seulement au palier des croyances, mais encore à celui du tissu démographique (les kouloughlis). L'acculturation entre la société originelle et la communauté ottomane épargna peu de domaines, y compris la langue : l'arabe algérois par exemple comporte de nombreux mots turcs. Au reste, dans un tel contexte, l'Emir Abdelkader ne pouvait point émerger. Par contre en 1832, sa présence sur la scène militaire et politique algérienne se situait dans la logique des choses.

In : Culture et personnalite algerienne de Massinissa a nos jours
Abdelghani Megherbi

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