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vendredi 22 mars 2013

Le pouvoir est dans l'impasse par El Hachemi Cherif


La politique de Bouteflika finira par islamiser l'Etat algérien. » Le plus grave, selon El Hachemi Cherif, secrétaire général du Mouvement démocratique et social (MDS), c'est que le Président lui-même en est conscient. Dans l'entretien paru hier dans les colonnes du quotidien national El Fadjer, El Hachemi Cherif estime que Bouteflika ne peut pas ne pas être conscient de ce qu'il est en train de faire. Il n'y a, d'après lui, qu'à voir et analyser sa politique pour trouver toutes les preuves qui nous conforteraient dans cette thèse. Pour lui, les choses sont claires : « Bouteflika veut se jeter dans les bras de l'intégrisme et aller vers un système totalitaire. »

El Hachemi Cherif trouve que le Président Bouteflika a franchi le Rubicon que lui a tracé à droite le pouvoir. Celui-là même qui l'a installé à la tête du pays. Rubicon, parce que, selon lui, le pouvoir n'acceptera jamais d'être dominé, même s'il a toujours veillé à entretenir un courant intégriste aux ordres capable de stériliser les forces démocratiques. Si on n'arrive pas à régler le problème de l'intégrisme, c'est toute l'Armée qui sera à ses veux affaiblie. Et, partant, c'est l'Etat qui perdra sa colonne vertébrale et sera livré poings et mains liés aux islamistes, qui ne constituent pas seulement une force politique mais aussi « un Etat parallèle qu'il faut combattre avec son armée. »

En réponse à la question de savoir si l'Armée ne s'est pas finalement trompée de personne quand elle a opté pour la candidature de Bouteflika, El Hachemi Cherif a préféré se contenter de suppositions, n'ayant pas suffisamment d'éléments lui permettant d'être affirmatif sur le sujet. La thèse qu'il avance, c'est que l'Armée s'est retrouvée dans une impasse au lendemain de la démission de Zeroual. Bouteflika était peut-être le candidat idéal pour l'Armée, Premièrement, parée qu'il est capable d'assurer le maintien sur place du pouvoir. Et, deuxièmement, parce qu'il n'était proche ni des éradicateurs ni des islamistes, et qu'il était ouvert sur les conclusions de Sant'Egidio.



Aujourd'hui, l'Armée a dû, selon lui, comprendre que tous ces calculs étaient faux. El Hachemi Cherif va jusqu'à s'interroger « si Bouteflika n'aurait pas un faible pour les idéologies qui règnent dans les pays du Golfe. » Après le Président de la République, c'est aux partis démocratiques qui ont rejoint la coalition que El Hachemi Cherif s'en prend. Il devait citer dans son entretien deux partis, le RCD ci RND, qui « ont toujours été dans la périphérie du pouvoil. » Ces deux formations politiques sont, à son avis, « beaucoup plus portées sur leurs intérêts avec la classe rentière que sur leur attachement aux préoccupations de la base ». Pour lui, ce serait une grosse erreur de penser qu'il est possible de changer le pouvoir de l'intérieur, comme le croient les dirigeants de ces deux partis. Il n'a pas manqué de revenir sur les dernières nominations de Bouteflika, notamment celles des vingt-neuf sénateurs du tiers présidentiel qu'il qualifie « d'insulte au peuple » et qui prouvent, encore une fois, que le pouvoir n'a pas changé et qu'il ne veut pas de changement. Elles nous renseignent en fait sur la logique de gouvernance propre à Bouteflika qui entend créer un certain équilibre entre le système bureaucratique rentier et la mouvance intégriste. La dernière sortie de Chadli Benjedid ne l'a pas impressionné outre mesure, bien qu'il reconnaisse qu'elle n'était certainement pas fortuite. A travers cette trouvaille, l'ancien Président de la République a voulu se dédouaner et se refaire une nouvelle virginité. Tout comme Bouteflika, Chadli voulait, selon l'analyse du responsable du MDS, coller a l’Armée toute la responsabilité de tous les malheurs de l’Algérie. C'est la principale explication a ses yeux.

Bouzid Abider
Le Matin N2715 dimanche 28 janvier 2001
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