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vendredi 8 mars 2013

La question amazighe n'est pas confinee en Kabylie


Ce Salon est une véritable vitrine de ce que peuvent être les fruits d'un long combat, une longue lutte pour le recouvrement d'une identité frappée d'ostracisme : tamazight.

Peut-on parler de fête du livre amazigh à l'occasion de la tenue de la dernière édition de ce salon à la maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou ?

Pour les militants de cette cause, la réponse reste sans doute oui, puisque, comme ont témoigné Arezki Ahmed, Malika et Idir Ahmed Zaïd lors de la première commémoration, il y a à peine vingt ans, de simples graffiti sur les murs menaient directement à El-Harrach ou à Berrouaghia : Cette semaine, des centaines d'ouvrages exposés ajoutés aux manuscrits non encore édités sont une réelle consécration pour les sacrifices consentis par les piliers du combat identitaire : Mouloud Mammeri, Bessaoud Mohand-Arab et Matoub Lounès ... La présence d'auteurs en tamazight venus des quatre coins de l'Algérie — Abdellah Hamane (Oran), Hassane Sehti (Oran), Mohamed Saradj (Tlemcen) ... — prouve, si besoin est, que la question amazighe n'est pas confinée en Kabylie, mais revêt une dimension nationale, voire maghrébine.

À ce salon, dont la tenue dans un établissement public était inimaginable avant 1988, est l'occasion de faire un bilan de ce qu'a été le combat du Mouvement culture berbère (MCB). Sa tenue coïncide d'ailleurs avec le 10 mars.

En 1980, Mouloud Mammeri venait d'éditer son livre Poèmes kabyles anciens. Il a été empêché de rejoindre l'université de Tizi Ouzou pour y animer une conférence sous le prétexte de ... trouble à l'ordre public ! Il fut détourné vers le siège de la wilaya pour se faire notifier l'interdiction, ce qui provoqua les événements du Printemps berbère.

Moh Si Belkacem et Ahcène Laribi, organisateurs de ce salon, nous disent que cette activité s'inscrit en hommage à cette illustre figure de l'amazighité " pour pérenniser son oeuvre et son combat ". C'est le message lancé par le collectif associatif organisateur de cette manifestation culturelle et scientifique. Ali Bakhis, président de l'Association des enseignants de tamazight (co-organisatrice), indique que l'objectif principal de cette activité est d' " offrir un cadre de rencontre et d'échange entre les éditeurs, les auteurs et les lecteurs activant dans le domaine ".



Hier et avant-hier, on a vu la présence de nombreux auteurs et romanciers. Salem Zenia, romancier et poète, a édité ses livres chez l'éditeur français L'Harmattan. Présent à cette fête du livre, il a salué cette initiative qu'il qualifie de louable, mais il n'a pas manqué de déplorer la profusion de livres en tamazight édités à compte d'auteur. Salem Zenia estime que cela est en sorte une solution palliative, mais provisoire, et elle ne doit pas se généraliser, enchaîne notre interlocuteur, car cela risque de se répandre négativement sur la qualité de la production littéraire amazighe. « Abdellah Hamane d'Oran, auteur d'une dizaine d'ouvrages de fiction en tamazight, était également présent hier : Il nous a confié qu'il n'a pu éditer qu'un seul livre, pris en charge par une association en France. Notre interlocuteur ne désespère pas de voir ses livres édités.

C'est le cas du docteur Rahmani venu de Batna. Médecin de profession a écrit un livre intitulé Amrir (médecin en berbère) non encore édité. Sa présence à ce salon lui a permis d'entrer en contact avec les éditions El Amel de Tizi Ouzou, qui ont pris son manuscrit pour une lecture et une éventuelle publication. Ali Makour, grand poète kabyle et auteur de centaines de poèmes primés lors de différents concours, semble comblé, car l'un de ses livres va enfin être édité de salon a permis l'émergence de jeunes auteurs qui ont participé avec leurs premiers ouvrages, à l'image de Ahmed Nekkar (romancier), Karim Cherif, Hamid Meraoui (poètes) ... Les organisateurs ont innové cette année en introduisant le multimédia. Ainsi, de nombreux logiciels en tamazight ont été présentés à l'occasion de la (deuxième édition du livre amazigh. Le public s'est particulièrement intéressé au CD-ROM sur la vie et l'oeuvre du Rebelle Matoub Lounès.

Une table ronde sur le problème de l'édition du livre amazigh a feu lieu hier en présence de plusieurs auteurs et éditeurs. Une conférence a été animée par Hassina Khardoussi (professeur au département de tamazight) et la poétesse Hadjira Oubachir sur la poésie kabyle féminine. Les conférenciers ont relevé le rôle indéniable de la femme dans la préservation de notre identité berbère, en citant l'exemple des chanteuses Chérifa, H'nifa et Nouara.

Le Salon du livre est sponsorisé par de nombreux organismes, dont Liberté, et organisé par les associations Tala n'Tusna, Imazighen et l'Association des enseignants de tamazight.

Pour répondre aux détracteurs de ce salon du livre amazigh qui ne semble voir que son côté négatif, Mouloud Mammeri avait dit : "Win yetruzun asali ite du aken yufa, maci aken yebgha."

AOMAR MOHELLEBI
Liberté lundi 12 mars 2001

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