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vendredi 15 mars 2013

La graphie de l'horreur de Rachid Mokhtari


L'urgence d'une écriture

Rares sont les rencontres littéraires qui dénotent d'une telle maturité d'esprit et d'intervention que celle qui a eu lieu jeudi passé, en marge de l'édition du 7e Sila, où Rachid Mokhtari, Rachid Boudjedra et Yasmina Khadra ont réussi à canaliser un public nombreux et réceptif. Un de ces rares moments qui réchauffent le coeur en pensant qu'il y a beaucoup d'espoir et de sensibilité dans une société qui n'a pas perdu ses repères et qui se reconnaît dans ses écrivains qu'elle n'hésite pas à écouter et à interroger sur des soucis communs.

En initiant cette rencontre, les éditions Chihab ont donné au salon une âme inspiratrice autour d'un thème et pas des moindres ; l'émergence de plumes rebelles et l'urgence d'une écriture, celle qui est intervenue sur la décennie passée, celle de l'horreur, des massacres, mais de la résistance aussi, car l'écriture, dans ce contexte précis, est un acte de résistance. Rachid Mokhtari, dans son essai La graphie de l'horreur, paru aux éditions Chihab, a décortiqué cette écriture née dans une conjoncture précise pour ressortir, non pas une écriture de précipitation, mais une écriture de maturation même si elle est qualifiée par l'auteur du livre de " vampirisation ", car cette écriture est entrée dans la machine infernale de l'horreur sans trahir aucune émotivité tel le cas dans l'écriture de Yasmina Khadra. Ce dernier a évoqué son expérience personnelle dans les maquis et le devoir de témoigner sur une période douloureuse afin de permettre aux générations futures de comprendre et de ne pas commettre les mêmes erreurs.

L'écriture dite conjoncturelle par un intervenant est une nécessité, dira Boudjedra pour la mémoire, pour faire le deuil aussi et aller vers une plus générique. Les livres parus ces dernières années, plus d'une soixantaine écrits par des auteurs connus, Assia Djebbar, Malika Mokkedem, Boudjera, Rachid Mimouni, Waciny Laâradj ou des jeunes talents tels Assima Fériel, Younil, Kherbiche Sabrina, s'inscrivent dans une démarche graphique plus que romanesque, comme dira Rachid Mokhtari.

La décennie du terrorisme islamiste a armé les plumes des auteurs pour témoigner et c'est une transition paradoxale en comparaison avec les précurseurs de la littérature algérienne Mohmmed Dib, Kateb Yacine, Mouloud Mammeri qui ont utilisé l'écriture pour affirmer leur identité et leur refus de la soumission. Et comme rappellera Boudjedra : " Les grands événements font les grands écrivains. " Ce qui est certain au débat suscité est que cette période n'est pas perçue comme une aubaine offerte aux opportunistes, mais les auteurs, qui sont bien outillés, ont des connaissances énormes et une analyse adéquate.

Cette rencontre a eu le mérite de réconcilier un public autour d'un sujet complexe et de créer une ambiance qui nous manque souvent.

Nassira Belloula
Liberté vendredi 27 - samedi 28 septembre 2002

ecrivainsmaghrebins.blogspot.com - Rachid Mokhtari
mokhtari.over-blog.com
books.google.dz - La graphie de l'horreur : essai sur la littérature algérienne, 1990-2000



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