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dimanche 31 mars 2013

General-Major Mohamed Touati, On n'est pas une monarchie, mais non plus une republique


LE GENERAL-MAJOR MOHAMED TOUATI À LA REVUE ESPAGNOLE « AFKAR / IDEAS »

" On n'est pas une monarchie, mais non plus une république "

Le général-major Mohamed Touati, qui officie en tant que conseiller aux questions de sécurité auprès du président Bouteflika, a, le mois de février dernier, livré un entretien à la revue trimestrielle espagnole Afkar/ldeas. Un entretien dans lequel il apprécie nombre de questions d'actualité, tout particulièrement le processus électoral et le scrutin du 8 avril prochain. Autant le président de la République sortant, candidat à sa propre succession à la tête de la magistrature suprême, Abdelaziz Bouteflika et le cercle de ses courtisans s'égosillent, inlassablement, à faire valoir la réussite d'une mandature, autant le général-major se réserve, précautionneux, de se singulariser serait-ce dans un timide panégyrique du président-candidat.


Sofiane Ait Iflis - Alger (Le Soir)- Sans toutefois pousser jusqu'à se positionner franchement en contradicteur de Bouteflika, le général-major, fin et lucide, brosse le tableau d'une Algérie réelle qui ne consigne nulle trace des supposées performances démocratiques du président sortant. (...) En fait, je suis tenté de dire davantage que nous sommes dans un « non-système » plutôt que dans un système bien défini et bien typé. En effet, malgré ce qui se dit, le régime n'est ni dictatorial, ni démocratique. Ni présidentiel, ni parlementaire. Nous ne sommes certes pas une monarchie, mais sommes-nous tout à fait une république pour autant ?

Donc si des changements sont à espérer à l'issue de l'élection d'avril et ils le sont d'une manière urgente, ils devront porter à la fois sur la promotion des valeurs citoyennes et sur une véritable réarchitecturation des pouvoirs publics et des grands services publics.

Il est temps de réduire la forte déperdition d'efforts, de compétences et d'énergies dont souffre le pays en raison d'un mode d'organisation et de fonctionnement des choses qui demeure encore anachronique », répond-il à une question portant sur les changements dont le pays a besoin. Il se comprend aisément, dans le propos du général-major, que l'Algérie n'a pas encore accompli les changements nécessaires pour prétendre au statut d'une démocratie.

Le règne de Bouteflika, autrement dit, n'a pas été porteur desdits changements auxquels le général-major fait référence. Est-il, cependant, envisageable que de tels changements interviennent après l'élection présidentielle du 8 avril prochain ?

Le général-major se dit optimiste. « Quant aux scénarios post-électoraux prévisibles, je préfère m’inscrire dans l'optimisme et espérer que ce soit ceux découlant du programme électoral du candidat qui sera issu légitimement du scrutin ».

Le mot est lâché : l'optimisme du général-major est conditionné par la régularité de l'élection, tout d'abord, c'est-à-dire par une compétition loyale et transparente.

Or, d'aucuns aujourd'hui s'accordent à dire, forts d'un constat de tous les jours, que le président-candidat court à opérer un coup de force électoral. Aussi, déduction faite, le général-major ne souscrit pas à cette manière d'agir, puisque, laisse-t-il comprendre, cela n'est pas pour aider aux évolutions démocratiques espérées.

« S'agissant du modèle de société qui serait l'objet de débat en ce domaine, tout autre projet qui ne garantisse pas effectivement les libertés et droits fondamentaux au sein d'un Etat de droit où chaque Algérien s'estimera à dimension et chances égales vis-à-vis de tout autre, est, à mes yeux, voué à la précarité et à une remise en cause.

En un mot, il s'agit désormais de réaliser au profit du citoyen algérien ce que toutes les constitutions précédentes ont prévu sans jamais y parvenir réellement. Je parle bien sûr des droits et libertés fondamentaux inaliénables et de la participation populaire à la gestion des affaires publiques. »

On ne peut pas dire que ce soit Bouteflika qui incarne, vu sa gestion passée des affaires de l'Etat, ces valeurs que le général-major énumère. Le président sortant, cinq ans durant, a gouverné quasiment en solo, concentrant la décision politique à son seul niveau, au détriment du reste des institutions de la République. Quelle solution envisageable pour la crise de Kabylie ? Le général-major bifurque radicalement de celle mise en application par Bouteflika.

« Quant au type de solutions à apporter à ces revendications (celles des citoyens de la région, ndlr), ce ne peut être que par une solution découlant de débats et laissant une large place aux prérogatives des instances locales et territoriales élues sous réserve qu'elles soient l'émanation d'élections irréprochables encore une fois. » Bouteflika et Zerhouni n'ont-ils pas validé des élections qui n'ont pas eu lieu en Kabylie ? CQFD.

S. A. I.
Le Soir d’Algérie mardi 16 mars 2004


www.afkar-ideas.com
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