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jeudi 17 janvier 2013

L'armee algerienne reconnaitra tout President sorti des urnes, meme si ce sera un islamiste


Les propos tenus par le " boss " de l'armée algérienne, dans l'interview qu'il a accordée à l'hebdomadaire français le Point, ont été longuement et minutieusement analysés par les politiques, les experts, les journalistes spécialisés et les observateurs européens.

Que peut-on retenir de ces analyses " bruxelloises " ? Sur la fameuse sentence : " L'armée algérienne reconnaîtra tout Président sorti des urnes, même si ce sera un islamiste ", le général de corps d'armée a voulu — que l'on ne s'y trompe pas — sciemment lancer des messages clairs et précis aux partenaires occidentaux de notre pays. L'Algérie ne peut, par ailleurs, intégrer le dialogue méditerranéen de l'OTAN, revendiquer, à juste raison, d'ailleurs, un autre cadre que celui standard en cours présentement et ne pas se conformer aux règles et mécanismes régissant ce genre de traité. Et, à ce niveau, les choses sont claires : les missions des armées (algérienne, belge, néerlandaise, française ou même américaine) ne doivent, en aucune façon, porter atteinte au principe — sacré — de la séparation des pouvoirs. Les militaires n'ont pas — ils l'auront de moins en moins, ici ou ailleurs — à gérer la chose politique ou à interférer dans le fonctionnement des institutions civiles. Supposer ou même souhaiter que Lamari puisse s'exprimer, et sur ce plan, autrement reviendrait à vouloir isoler, et durablement, l'Algérie.

Cependant, et encore plus ahurissant dans l'histoire sont les milieux politiques décisionnels européens, et notamment français, qui étaient en 1992 le plus farouchement opposés à l'interruption du processus dit électoral qui sont les plus surpris et les plus désarçonnés par cette affirmation du général Lamari. Oublieux pour beaucoup d'entre eux des positions honteuses, voire dégradantes qui étaient les leurs lorsque l'ANP — soutenue et sous la pression d'immenses couches de la population — a eu ce réflexe salutaire et salvateur de mettre un terme à l'engloutissement de l'Algérie par les hordes de Abassi, Benhadj, Boukhamkham et Hachani. Camouflant, pour certains socialistes français, leur déshonneur passé sous le commode, aujourd'hui, commandement américain de l'après-11 septembre, ils, pharisiens et hypocrites de toujours, s'offusquent, aujourd'hui, que le premier responsable de l'ANP déclare haut et fort qu'il respectera, scrupuleusement, la légitimité — algérienne — des urnes et la légalité internationale. Et c'est précisément à ce niveau qu'il faut comprendre, pour les situer, les enjeux.



Si les ennemis irréductibles et extrêmement méchants d'hier s'offusquent des dits et des non-dits de Lamari c'est que, quelque part, ce dernier a visé — l'expression est, ici, de circonstance, parce qu'il s'agit d'un militaire — juste. En 1992, l'intervention de l'ANP dans le jeu institutionnel a été mal perçue et non digérée, parce qu'elle a empêché l'Etat algérien de s'effondrer au profit, notamment, des intérêts néocoloniaux français ou autres.

Tous les sensés de la terre savent, maintenant et parfaitement, pour qui, objectivement et subjectivement, roulaient Benhadj, Madani et les autres. Il n'est que de se remémorer ou de revoir, pour ceux qui archivent, les " couvertures " de TFI, de France 2 et des autres pour réaliser qu'instructions étaient données à partir de l'Elysée et d'une partie de Matignon pour que le FIS prenne la citadelle. Alors qu'aujourd'hui les données sont autres. Disqualifié au plan national et international, non sortable et encombrant, l'intégrisme islamique n'est plus ce qu'il était. Ou ce qu'il devait être aux yeux de ses promoteurs.

Cependant que le glas du terrorisme a bel et bien sonné après le 11 septembre 2001. Cette carte maîtresse qui, dans les années 1990, était entre les mains des revanchards, genre Mitterrand et Balladur, a été abattue vulgairement sans ramener la grosse mise. Si tant est que ceux qui protégeaient l'islamisme algérien sont les premiers, aujourd'hui, à suggérer à Lamari de donner l'impression d'être " hors la loi ", peu respectueux des légalités et apparaître comme un éternel " putschiste ".

Pour que, juste après, l'on dénonce l'Europe pour avoir signé l'accord d'association avec " la junte au pouvoir " à Alger, l'OTAN pour avoir admis un pays de non-droit au sein du dialogue méditerranéen de l'alliance, l'OMC pour avoir encouragé l'adhésion de l'Algérie à l'organisme régulateur du commerce mondial. Gèze, par le biais de Souaïdia, et les autres écrivaillons appointés par les réseaux des internationales (socialiste et islamiste), pourront, dès lors, remonter au créneau et dire tout le mal qu'ils pensent des " généraux mafieux ".

L'autre raison des inquiétudes de certains milieux européens est, strictement, égoïste, terre à terre, liée aux intérêts supérieurs de leurs Etats. Et si, doivent-ils penser, Lamari ne bluffait pas et permettrait, au cas où les urnes traduiront cela, qu'un président islamiste ou issu de ce courant préside aux destinées de l'Algérie ? Rien qu'à cette idée, les Européens ont une peur bleue en s'imaginant que Ben Laden et sa nébuleuse puissent bénéficier dans Alger d'un autre sanctuaire. Immensément riche, géographiquement idéalement située, porte-arrière ou avant (c'est selon) de l'Europe. Un eurodéputé, qui tient pour le moment à garder l'anonymat, dira au Soir d'Algérie, parce que " instruit " que notre article porterait sur " l'après-déclaration Lamari " : " Si les islamistes prennent le pouvoir en Algérie, l'Europe pourra, elle, se rhabiller. A ce moment-là, Ben Laden ne sera ni au Pakistan, ni en Afghanistan, ni ailleurs. Il sera à nos portes et à la tête d'immenses champs gaziers et pétroliers ".

En poussant les Européens jusqu'à leurs derniers retranchements, le général Lamari a fait " tilt ". Que les âmes sensibles — algériennes — ne soient pas effarouchées par lesdits de Lamari, cette fois-ci, l'Europe entière, les Etats-Unis, la Russie, la Chine supplieront l'ANP pour qu'elle ne permette pas à un islamiste d'enlever " El-Mou radia ".

Comme tout ce beau monde est en train d'implorer les généraux turcs afin qu'ils encadrent et canalisent les ardeurs du gouvernement issu des législatives dernières ...

A. M.
Le Soir d’Algérie Vendredi 24 - Samedi 25 janvier 2003


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