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mercredi 30 janvier 2013

Des hommes de l'ombre de Mohamed Lemkami


Sous le titre « les hommes de l'ombre », les éditions ANEP viennent de publier un ouvrage de plus de 500 pages, signé Mohamed Lemkami. Un document précieux présenté par l'auteur comme étant « des mémoires d'un officier des services spéciaux du Ministère de l'Armement et des Liaisons Générales MALG ».

A plus d'un titre, ce document est un véritable outil de recherche pour les historiens, notamment ceux penchés sur les activités des services spéciaux algériens durant la guerre de libération nationale. Même si l'auteur, dans un de ces derniers entretiens, ne cache pas le fait de « s'être volontairement autocensure », il n'en demeure pas moins que l'ouvrage de Lemkami, « brise » le tabou de l'occulte, du secret, et du mystère qui a toujours entouré et qui continue d'entourer le personnage de feu Abdelhamid Boussouf, notamment les aspects liés à sa vie, ses oeuvres et les hommes qui l'entouraient. Même si l'auteur ne consacre qu'un seul chapitre à son passage dans les services secrets, ses mémoires lèvent le voile sur les premières structures façonnées, dans la clandestinité, par Abdelhamid Boussouf, le patron des services de renseignements pendant la guerre de libération.

« On sait encore peu de choses sur la guerre de l'ombre et sur laquelle continue de peser la figure de Boussouf. Il faut bien préciser qu'il s'agissait d'une guerre de l'ombre contre le système colonial et rien d'autre », disait-il dans ce même entretien.

Dans les deux premiers chapitres, l'auteur a quelque peu donné une image de ce qu'était l'Algérie et comment vivait sa jeunesse, particulièrement en zone rurale où la majorité du peuple vivait dans la misère.

A peine les premières pages feuilletées, on se retrouve baigné dans l'ambiance de Tlemcen telle que décrite par nos grands parents, les senteurs du petit village de Khemis auquel l'auteur restitue ses vertus d'humilité et de résistance. L'auteur « dessine » avec une minutie rarement égalée, les paysages, les modes de vie d'un enfant d'autrefois. De cette plume, renaitront, au fil des pages, les Ouled Moussa, Ouled Arbi, les Béni Achir, les Béni Hammou, etc., des familles auxquelles il est difficile de ne pas se reconnaitre, des valeurs morales qui ont, de tout temps, fait la fierté de Tlemcen. « La misère, la faim, les épidémies de toutes sortes étaient le lot des gens. Par la sélection naturelle, quelques jeunes arrivaient à l'âge adulte, je suis de ceux-là ». (Page 21). Avant d'atteindre cet âge adulte, Lemkami évoquera son premier jour à la grande mosquée et l'école coranique, son inscription à l'école primaire, ses maitres et mentors et enfin le destin qui le mènera, un jour, à Tlemcen.


Une expérience Scout dans la proximité du PPA qui forgera davantage sa personnalité, viendra ensuite l'époque universitaire. L'occasion de revenir, avec quelques détails, sur son adolescence à Tlemcen, et ses conditions de vie et d'études dans la vieille Médina dans les années cinquante. Plus tard, il retournera à son village natal et retrouvera son école, mais cette fois-ci, en qualité d'instituteur. Vient le temps des grandes réflexions, de l'engagement pour la cause. L'auteur, avec humilité, rapporte les conditions des hommes qu'il a côtoyés, sa participation à la lutte pour la libération nationale, l'humilité, le courage et la bravoure souvent oubliés de tous ces combattants algériens mutés au Maroc et plus précisément à la fameuse ferme Benyekhlef. Sur son apprentissage, son encadrement, ses missions, etc., l'auteur apporte de précieux témoignages et des informations de qualité.

Un très beau témoignage sur le patriotisme des jeunes élites citadines tlemceniennes. Lemkami a aussi voulu donner une image rapide de ce qu'était la fameuse wilaya V dont on parle très peu et parfois avec certains préjugés. Lemkami a ensuite entrouvert un long chapitre sur les fameux services spéciaux de l'ALN plus connus sous la dénomination du MALG. Enfin et comme il ne s'agit que d'une autobiographie, Lemkami a apporté, dans cet ouvrage, son itinéraire à travers plusieurs institutions de l'Etat et mis l'accent sur la foi des fonctionnaires qui oeuvraient, tout comme lui, à l'édification d'un Etat qui résiste aux hommes et aux contingences.



Une conclusion, même si beaucoup jugeront qu'elle est pessimiste, laisse tout de même, l'espoir à notre jeunesse pour parachever l'oeuvre de nos martyrs.

Le Quotidien d'Oran samedi 16 octobre 2004

books.google.dz - Les hommes de l'ombre
www.anep.com.dz - Les hommes de l’ombre - Mémoires d’un officier du MALG


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