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mardi 1 janvier 2013

Algerie-Etats-unis, l'importance des lobbies

Tout le monde s'est posé un jour ou l'autre la question suivante : la politique américaine a-t-elle changé vis-à-vis de l'Algérie ?

On savait qu'avant les présidentielles de novembre 1995 les recommandations étaient en faveur de la remise sur les rails du processus électoral.

Auparavant les partisans d'un dialogue avec le parti dissous pouvaient facilement faire passer leur message, puis il y a eu comme un retour du balancer juste'après. Qu'est-ce qui explique cette nouvelle perception ? L'approche était devenue plus large, ouverte et non sélective. On ne peut rien comprendre au système américain si on fait l'impasse sur le lobbying.

L'explication des faits qui ont marqué et marquent l'Algérie a longtemps été soutenue par l'influence islamiste. La thèse qui prévalait portait l'empreinte du lobby dit " saoudien ", et si celle-ci déteignait sur tout c'était surtout dû en partie à l'absence d'une communication claire et soutenue qui pouvait émaner du camp patriotique démocrate et, en particulier, du pouvoir algérien même acculé à une défensive suicidaire. C'est ce peu d'intérêt, inexpliqué, au lobbying qui a rendu la diplomatie algérienne brinquebalante et stérile.

On a surtout négligé de travailler avec le tout-puissant lobby juif qui s'identifie au camp démocrate, et bien entendu le lobby arabe qui est en train d'émerger, constitué de huit associations qui vont de l'extrême droite à la gauche libérale. Le lobby juif soutient d'ailleurs le processus de paix au Proche-Orient et n'hésite pas à le faire signifier à Netanyahu.

Il est évident que dans tous les cas, dès lors qu'il s'agit des questions de défense et d'affaires étrangères, on ne retrouve qu'un seul son de cloche, que ce soit chez les démocrates ou les républicains. Les intérêts américains dans le monde passent avant toute chose. Aussitôt qu'un sujet commence à coïncider avec ces intérêts, des fonds peuvent être débloqués pour permettre à des chercheurs de dégager des pistes. Les recherches sont financées par des institutions privées, parmi lesquelles Ford, Mac Arthur ... Le travail de commande peut être entrepris, comme ça a été le cas avec le document de la Rand Corporation, initié par l'armée américaine, et qui a été un bide en termes d'appréciation réelle sur l'Algérie. Lé document de la Rand pensait à l'avènement imminent d'un pouvoir islamiste ...

Une fois le travail réalisé, et qui doit fatalement déboucher sur une recommandation et une démarche à adopter, le chercheur vient présenter ses conclusions à la commission spécialisée du congrès. Pour le cas de l'Algérie, c'est la commission Afrique. On note un progrès, car l'Algérie faisait partie dans le passé du Middle East Department, incluse dans le Proche-Orient.

Pendant ce " hearing ", audience, qui se déroule selon un ordre du jour précis, les " congressmen ", les sénateurs, suivent avec attention ce qui leur est présenté. Puis ces derniers se rassemblent entre eux, à la faveur des plénières, pour adopter une ligne de conduite. C'est là que le lobbying. au sein du congrès, peut être déterminant. Généralement on guette un jeune sénateur qui est à la recherche d'une cause qui peut lui être utile dans sa carrière d'homme politique. Le lobbying fait partie des moeurs, c'est un des ressorts de la société américaine. Tout peut être mis sur le tapis et faire l'objet de discussions harassantes : port d'armes, tabac, environnement ... Les Américains suivent leurs intérêts ; face à la Chine ils ont été obligés de freiner leurs ardeurs par rapport à la question des droits de l'homme. La Chine est un marché qui compte.

La politique américaine n'est pas figée, elle évolue en fonction de la situation réelle sur le terrain. Ce pragmatisme anglo-saxon est une vieille tradition si bien qu'on a toujours deux fers au feu. On ne lâche pas la proie pour l'ombre. S'il faut discuter avec les Patriotes de Haouch Gros et Maâmora on le fera sans aucun état d'âme, après qu'on eut été avec Haddam, mais on surveille le lait sur le feu. Il y a toujours une pièce de rechange. Sur l'Algérie, à part le lobby qui a été favorable aux islamistes, il n'y a pas encore un groupe structuré qui prêche des idées contraires. On y trouve quelques voix, des spécialistes qui essayent de mieux comprendre les choses, et c'est tout. On revient alors à l'efficacité et à l'effort que doivent entreprendre nos diplomates, industriels, intellectuels pour offrir une image pleine de vitalité d'un pays qui a souffert d'une affreuse déformation dans les médias et les chancelleries. Le pouvoir porte une grande responsabilité dans ce relâchement et ce gâchis.

M. BH.
El Watan jeudi 19 mars 1998


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