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samedi 31 mars 2012

Le messager magnifique de Lounes Benrejdal


« LE MESSAGER MAGNIFIQUE » DE L. BENREJDAL
Contes et légendes kabyles
CHRONIQUEUR judiciaire, Lounès Benrejdal est un conteur-né.

par D. MENOUER

Lounès Benrejdal ne cesse de remettre la main sur le métier qui l'a fait connaître par ses chroniques judiciaires qu'il anime dans plusieurs journaux, mais aussi par ses innombrables histoires et contes.

Ainsi, cet écrivain prolixe revient cette fois-ci, avec un recueil de contes Le messager magnifique, tirés du vaste et richissime patrimoine kabyle. Le recueil qui se compose de dix contes, fait revivre ce monde merveilleux qui est celui de l'enfance. A la manière de Jean de La Fontaine, Benrejdal fait parler les animaux qui à l'occasion ébranle la conscience des hommes. Il revient ainsi aux temps immémoriaux où Dieu ayant constaté une grande misère auprès de l'humanité, décide de les aider. Il leur envoie comme messager un magnifique couple de corbeaux au plumage chatoyant où s'entremêlaient plusieurs couleurs. C'était un spectacle d'une grande beauté. Avant de les envoyer en mission sur la terre, Dieu leur remit à chacun, un sac plein de pépites d'or et un sac plein de tourments.

vendredi 30 mars 2012

Financement de la campagne electorale - d'ou vient l'argent


FINANCEMENT DE LA CAMPAGNE ÉLECTORALE
D'où vient l'argent ?

Malgré les calculs d'épicier que fait généralement le candidat à l'APN, il se retrouve toujours avec des dépenses astronomiques qui dépassent ses prévisions.

Par SALIM AGGAR

La campagne pour les législatives va bientôt commencer, posant aux partis participants et aux indépendants le problème épineux de son financement. Si en 1997, le RND avait bénéficié sans aucun effort de campagne, du soutien financier important de certaines organisations satellites du pouvoir, telles que l'Onec, l'ONM, PUGTA et le Croissant-Rouge et du ministère de la Solidarité. Aujourd'hui, avec la nouvelle donne politique, ces puissantes organisations risquent de changer de camp et de basculer du côté de la tendance forte du moment. Une situation d'une extrême urgence, qui a amené le SG du RND, M. Ahmed Ouyahia, à demander aux candidats à la députation de financer leur propre campagne électorale précisant que s'ils sont élus, l'Etat leur remboursera 60% des frais. Ahmed Ouyahia a reposé les termes de ce débat, jeudi dernier, lors de la rencontre des secrétaires de wilaya du RND en indiquant : « Les élections, ce n'est pas une affaire de gros sous ... si c'était le cas, le RND aurait déclaré forfait, parce que notre parti n'a ni un réseau extérieur de soutien ni des réseaux occultes de financement. »

Quelle politique ? Quelle strategie ?



RESSOURCES ÉNERGÉTIQUES ET DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE
Quelle politique ? Quelle stratégie ?

L'énergie est une ressource, un produit qui nous permet tous les jours de disposer de chaleur, de lumière et de mobilité, sans lesquelles la vie s'arrêterait.

par ABDELMADJID ATTAR

1 - Développement économique interne : Les besoins de l'Algérie

Il n'est nullement nécessaire aujourd'hui de réaffirmer que le moteur du développement économique de l'Algérie est sérieusement en panne pour des raisons multiples, malgré plusieurs tentatives de réparation à travers une série de réformes depuis la fin des années 80.

Il faut reconnaître aussi que les ressources nécessaires, issues principalement de la rente pétrolière, ont terriblement manqué au cours de la récente crise pétrolière qui a démarré bien avant 1996.

Les besoins de l'Algérie sont énormes pour combler tout le retard enregistré, non pas seulement en termes de ressources financières (toutes issues du pétrole)

- mais aussi en termes de programmes et de projets concrets correspondant à de véritables chantiers créateurs d'emplois et de richesses, stimulateurs d'une consommation interne sans laquelle il ne peut y avoir de marché et, par conséquent, de progrès économique.
- Et enfin en termes de management parce qu'il faut des hommes armés, d'abord de savoir-faire, dans un monde d'aujourd'hui où la connaissance et sa maîtrise sont à la base de tout progrès.

Mon intervention ne concerne pas en principe ce volet économique, mais il fallait bien dire quelques mots à ce sujet pour situer et peser les besoins dans les grands domaines que sont :
- L'agriculture et l'hydraulique
- Les infrastructures
- Les services.

Cela ne veut pas dire que l'enseignement par exemple (ou n'importe quel autre secteur) n'a pas d'importance, au contraire, il est stratégique, mais sa réforme et son développement ne nécessitent pas autant de moyens financiers.

C'est dans ce but qu'un plan de relance économique a été adopté par le gouvernement (un peu en retard il faut le reconnaître) récemment et accordé la priorité aux secteurs cités ci-dessus.

L'argent nécessaire à ce plan ne peut venir que des hydrocarbures, et on a parlé de 5 à 7 milliards de dollars. Il en faudra plus à mon avis parce qu'il faudra non seulement mettre en oeuvre ce programme, mais aussi le soutenir pendant les premières années, parce que le partenariat dont on parle beaucoup tarde à venir aussi.

On peut donc, sans crainte de se tromper, conclure que le secteur des hydrocarbures en Algérie est hautement stratégique et le demeurera encore longtemps, à tel point que les bases de la politique pétrolière ou tout simplement la politique énergétique nouvelle doivent être centrées sur ces 3 éléments.

- Besoins en matière de développement économique.
- Mondialisation.
- Enjeux géopolitiques.

mercredi 28 mars 2012

Mohamed Benalel Merah - JE SUIS FIER DE MON FILS ...



... pour avoir lâchement assassiné trois militaires, trois enfants juifs et leur professeur ...


Journal NON-OFFICIEL DU RÉGIME ALGÉRIEN, contrôlé par les services secrets pour la propagande et la désinformation.

Le corps dans la tradition au Maghreb par Malek Chebel

Dans la famille maghrébine, principale instance de socialisation, les parents tentent de transmettre leur culture d’origine à leurs enfants, et veulent donc les éduquer en fonction de leurs modèles culturels. Les filles y subissent d’énormes pressions familiales afin qu’elles respectent la tradition fondée sur le sens communautaire, le patriarcat, l’endogamie, l’infériorité et la soumission des femmes aux hommes, et l’honneur masculin basé sur le contrôle de la sexualité féminine (Tillion, 1974 ; Bouamama, Sad Saoud, 1996 ; Errais, 2002). Or ces valeurs sont contraires à celles du libre arbitre et de l’égalité des sexes apprises et intériorisées par les jeunes maghrébines dans les écoles françaises.

In : www.arra.asso.re - Conduite corporelle et niveaux d’intégration sociale. Étude socio-conative des jeunes femmes issues de l’immigration maghrébine en France

Khmailia Mohamed, Docteur en STAPS

Que ce soit par le très riche vocabulaire qui s'y rapporte, par sa relation au mythe, par la place centrale qu'il occupe dans la pathologie, par les festivités, par les contes et les légendes, au Maghreb, le corps nourrit d'une façon toute spécifique la communication entre les personnes. Corps comme lieu d'expérience {de l'accouchement et de la douleur), corps comme instrument de la perfection artistique où la musique tient un rôle privilégié {la nomenclature des qualités vocales dans la science musicale arabe est illimitée), corps comme espace d'écriture, de calligraphie, d'expressions chorégraphiques que le regard ethnocentriste occidental a longtemps réduit à la « danse du ventre » — terme créé par un fantasme occidental moulant les femmes arabes dans une lascivité hystérique inconsciente. Dans un style clair, s'appuyant constamment sur des exemples {proverbes, mots, danses, pratiques initiatiques, sociales, religieuses ou profanes), Malek Chebel propose avec cet ouvrage une lecture ethnologique qui n'appréhende pas le corps « desséché du laboratoire », mais celui de la représentation. Ce corps-là ne meurt pas.
C.B.


Le corps dans la tradition au Maghreb par Malek Chebel, P.U.F., 108, boulevard Saint-Germain, 75279 Paris Cedex 06, 1984.

La communaute francophone d'Israel est en emoi



Après la tuerie de Toulouse, la communauté francophone d'Israël est en émoi. Certains membres montent au créneau, dénonçant le traitement médiatique du conflit et ses conséquences. En première ligne, Avraham Azoulay, drecteur du P'tit hebdo. Il ne mâche pas ses mots.

dimanche 25 mars 2012

Lucie Pruvost - Femmes d'Algerie (Societe, famille et citoyennete)


Depuis la création du Couple humain, la femme est éternellement le centre des préoccupations de l'homme. Ça, on le savait déjà. Mais que Lucie Pruvost nous en parle dans son livre « Femmes d'Algérie, société, famille et citoyenneté », publié à Casbah-Editions, c'est d'une certaine « condition » de femme qu'il s'agit, et c'est, pour « l'homme algérien qui raisonne», un véritable enchantement pour l'esprit et pour le coeur.

On pourrait dire que cette femme-auteur, née en Algérie en 1932, pleine de vitalité intellectuelle pour enrichir la réflexion générale au sujet de la place de la femme en Islam, Il a essayé d'expliquer, avec une écriture limpide, ce que tout le monde aurait voulu savoir sans jamais oser le demander. Lucie Pruvost, docteur en droit, a publié de nombreux articles et monographies visant à rapporter ses observations, ses analyses et ses conclusions sur le droit de la famille en pays musulman.

lundi 19 mars 2012

Le grain de sable de Salah Chekirou

LE GRAIN DE SABLE DE SALAH CHEKIROU
Imitation réaliste et Illusion
LE RÉCIT N'EST PAS qu'un genre littéraire lorsque s'y mêlent avec intelligence action, vie, lutte et actualité.


KADDOUR M'HAMSADJI

La lecture de l'ouvrage Le Grain de sable * de Salah Chekirou me donne cet étrange sentiment : l'auteur réinvente les instruments de vraisemblance de la tragédie classique française pour faire que la fiction démesurée rejoigne tout naturellement la réalité mesurée. On peut dire que, dans une forme moderne, Chekirou calque l'art antique. En effet, ici s'ébauchent tout à la fois le drame, le pathétique et le lyrisme grâce à une intrigue qui relève d'une psychologie de l'enquête judicieuse du journaliste ou, comme on pourrait dire aujourd'hui, du journaliste d'investigation. Car Salah Chekirou est journaliste de formation.

Et, parlant d'enquête, c'est certainement le cas ici puisque le sujet est moderne, et son actualité toujours vivante. De plus, les passions du temps, fussent-elles positives ou négatives, peu importe, obligent l'auteur à développer une incontournable sincérité dans son « Exploration des mystères de l'assassinat du Président Mohamed Boudiaf ». Il n'y a certes pas d'éloquence ou de lyrisme dans le traitement de l'information, pas plus que d'émotion romanesque dans cet ouvrage ; c'est tant mieux.

Mais il y a plus intéressant : un film d'une vie d'homme, un film déroulé dans un des nombreux segments de l'histoire récente de notre pays. Et l'on ne comprendrait rien justement à la tragédie à laquelle le peuple algérien a été témoin en direct devant l'écran de télévision, si le récit finement mi-fiction mi-documentaire de cette tragédie, Le Grain de sable, n'était pas inspiré de faits réels que l'auteur conforte en mentionnant parfois ses sources en bas de page. C'est que dans le texte tout semble précision, détail fulgurant et impressionne fortement, si l'on considère comme authentiques, ou à tout le moins vraisemblables, les noms des personnages et des lieux, leurs actions, et les informations arrivant en avalanches successives tout au long des pages de lecture. Salah Chekirou s'est beaucoup investi dans son oeuvre qui comprend quatre parties et un épilogue.

Le récit s'ouvre, comme dans certains films d'action, sur « la cour d'une prison, quelque part dans un pays du tiers-monde ». L'aventure commence, et dans ses plis se construit le drame et s'y incruste progressivement jusqu'à son éclatement. L'intérêt résulte sûrement du sujet lui-même, mais l'instinct dramatique de l'auteur a su animer et graduer l'action, tout en faisant - peut-être incidemment - une étude socio-politique sainement charpentée qui aura au moins le mérite d'éclairer ou de rassurer davantage ses lecteurs en quête d'en savoir un peu plus sur tant de points restés encore inexpliqués et sur les résultats de la Commission nationale d'enquête qui n'ont pu satisfaire définitivement l'opinion publique.

N'allons pas plus loin. Le suspense doit rester entier pour ne pas frustrer le lecteur du plaisir de lire.

Aussi faut-il lui laisser le soin de découvrir lui-même les ressorts dramatiques de tous ordres (dont ce grain de sable est l'essentiel) qui, dans ce livre, meuvent le sujet grave abordé et rendent émouvante une écriture agréablement hardie.

Enfin, je voudrais ajouter juste un mot pour saluer le dynamisme et les bons choix éditoriaux de Édif. 2000.

(*) Le grain de sable par Salah Chekirou. Coédition Publisud, France/Édif 2000, Algérie, 2005, 282 pages

books.google.dz - Le grain de sable de Salah Chekirou
www.amazon.fr - Le grain de sable : Exploration dans les mystères de l'assassinat du président Mohamed Boudiaf

dimanche 18 mars 2012

Moi, je n'ai rien


Ayla ne connaissait rien à la religion, la sienne était la survie. Dehors, dans la rue, aucune religion n'était valable. Il fallait lutter contre le froid, contre la famine, contre les agressions et aujourd'hui contre les « barbus », ceux qui descendaient avec la nuit, armés prêts à tuer. Même la mosquée n'était plus sûre, les gens qui y venaient devenaient louches, suspects et ça grouillaient de flics. Petit à petit, la salle des prières se remplissait. Des hommes, des enfants et des vieillards s'alignaient déjà dans le premier rang. Ayla regardait à la dérobée tous ces gens et tentait de deviner les liens qui les unissaient à leur Créateur pour venir ainsi tous les jours se prosterner devant lui. La plupart des prieurs avaient des magasins et gargotes dans le quartier. Ayla les connaissait tous pour avoir tourné autour de leurs boutiques. Ces hommes avaient-ils faim pensa-t-il. Dormaient-ils dans la rue comme lui ? Tous ces hommes avaient une maison, un nom, une famille et ils avaient même Dieu, conclu l'enfant « Moi, je n'ai rien ».

La revanche de May
Le manuscrit
Page 61

La revanche de May de Nassira Belloula

Un soir, alors que je m'apprêtais à me coucher, je vis des ombres furtives passer près de ma fenêtre, puis glisser dans la cuisine. En m'approchant de la porte, je vis deux silhouettes qui activaient devant le feu, puis l'odeur du bois brûlé et de la viande embauma la maison. Les deux hommes se mirent à avaler debout leurs nourritures. Je tentais d'apercevoir leurs visages, mais il faisait trop sombre pour distinguer leurs traits. Puis, l'homme se mit à parler de cette voix épaisse, lourde que je ne connaissait que trop bien, c'était celle de l'homme à qui on m'avait mariée. Subitement, du dehors, me vint un bruit de pas précipités, puis un grattement le long du mur. Les deux hommes avaient aussi entendu, car un silence plana soudain sur la maisonnette.


samedi 17 mars 2012

Salon du livre d'Alger 2011


Tineqqisin de Boualem Messouci


Les fables de la Fontaine (traduits en kabyle)

Dix-huit fables de Jean de la Fontaine choisies et adaptées, voire en partie réécrites, en tamazight, par un poète autodidacte, professeur de mathématiques au collège de Sidi-Aïch, Boualem Messouci, c'est de lui qu'il s'agit, était jusque-là connu comme parolier ayant gagné en notoriété dès lors qu'il fût chanté par cheikh El-Mahdi, un maître du chaâbi de la Soummam. En optant pour les " Tineqqisin " (fables) il a fait oeuvre utile, et livre de ce fait un manuel didactique de référence dont l'enseignement de tamazight était jusque-là sevré. Il a revisité la Fontaine grâce à une facilité de versification et des coups de pompe digne de la version originale. Edité a compte d'auteur et , illustré par Ali Sellam, le recueil est cédé à 130 DA en librairie. A lire absolument.

Tayeb Bouamar
Le Soir d’Algérie jeudi 1 janvier 2004

vendredi 16 mars 2012

Le 4 mars 1622


IL Y A TROIS SIECLES ET 73 ANS
Le 4 mars 1622


Un Corsaire d'origine vénitienne, puccieni, par la foi en Dieu et pour l'amour d'une belle princesse, construisit une mosquée à Zoudj-Aïoun.

Ali Bitchin, le « Lion des mers »

En ce mois de mai 1578, une galère pavoisée parmi des navires corsaires jetait l'ancre dans la darse d'Alger. Saluée par des salves d'artillerie, elle traînait à sa remorque un navire vénitien, lourdement chargé de captifs et de richesses.

jeudi 15 mars 2012

Le retour de l'article 120 par Abded Charef (2004)


La Constitution n'est pas envisagée comme une règle suprême, définissant les principes et le fonctionnement des institutions, dans une société qu'on veut bâtir. Elle revêt plutôt l'aspect d'un compromis politique entre les centres du pouvoir les plus influents du moment. Y compris quand il s'agit de forces externes auxquelles ont veut aménager une place.

lundi 12 mars 2012

L'autre sens de l'ecriture par Nacira Belloula


Etoiles d'encre 45-46

" ÉTOILES D'ENCRE " :
L'autre sens de l'écriture

Combats de femmes, luttes de femmes, féminisme, féministes, suffragettes, qu'importe et pourquoi pas, la femme n'a pas besoin de clivages pour être et pour se construire. Dès les temps anciens, la femme, par son verbe, clamait ses mots et ses pensées et utilisait l'oralité pour se préserver des maux et des mots. Pourtant, les uns comme les autres vont former son moi et son ego, et de cette perspective partaient alors les aventures qu'elle espérait et de ces aventures, l'apprentissage de l'écriture, l'une des formes d'expressions adoptées par excellence par la femme, consciente des problèmes et des difficultés d'être.

Ainsi, elle considère que son apport personnel va au-delà de l'explication et des réflexions sur des sujets classiques comme la place de la femme dans la société ou dans l'histoire. C'est, en somme, ce qui naît de notre lecture de la revue passionnante Étoiles d'Encre, une tribune offerte à l'expression féminine du Bassin méditerranéen.

dimanche 11 mars 2012

L'etrangere de Tipaza de Brahim Hadj Smail



L'ÉTRANGÈRE DE TIPASA DE BRAHIM HADJ SMAIL
Un roman à clé
L'AMOUR, s'il incite à l'exil, n'ouvre pas toujours les portes du bonheur.

On dit souvent que les plus belles histoires d'amour sont éphémères, même si les deux êtres s'aiment profondément. De fait, lorsque les relations deviennent sérieuses, l'une des deux personnes recule et hésite à faire le saut, du fait des contraintes induites par cet amour, notamment lorsque les amoureux émargent de culture différente et que l'un ou l'autre des partenaires n'est pus prêt à franchir le rubicon.

Francophonie, l'autre mondialisation


Francophonie - L'autre mondialisation
L'Organisation internationale de la Francophonie regroupe 56 États et gouvernements membres, et 14 observateurs répartis sur les cinq continents, rassemblés autour du partage d'une langue commune : le français. Parlé par 200 millions de personnes dans le monde, le français a statut de langue officielle, seul ou avec d'autres langues, dans 32 États et gouvernements membres de l'OIF.

samedi 10 mars 2012

Extraits du livre de Khaled Nezzar (Bouteflika, l'homme et son bilan)


EXTRAITS DU LIVRE DE KHALED NEZZAR

Outrances de langage

Quelques jours après avoir été élu, il apparaît sous un autre visage. Le propos est cassant. Le ton est péremptoire. Le geste est sec. Il vient de muer. Il n'a pas été demandeur. Ce sont " les autres " qui ont eu besoin de lui. Il le fait déjà sentir : " Je ne veux pas être un trois quarts de président " ... " Sinon je rentre chez moi " ... " Ces quinze petits chats ne font pas peur ! ... Il revient constamment à la charge, avec un mot malsonnant ou un " lapsus " évocateur " ... quand eux (les généraux) n'avaient pas de grades, j'étais commandant de l'ALN ". Ces petites phrases, concises et lapidaires, qui montraient d'un mouvement mussolinien du menton une certaine direction, étaient destinées à laisser croire que des " décideurs " cachés lui délimitaient, avec un cercle rouge à ne pas franchir, une étroite surface de réparation, lui qui était venu avec une clef miraculeuse. Empruntant avec arrogance l'attitude de l'homme providentiel, il tient d'emblée à marquer son territoire. Nul n'y empiétera. Avec l'étrange incident de la dépêche de l'Agence Reuters, reprise par l'APS (une sorte de dribble solitaire sous le soleil qui fait pouffer de rire) il fait savoir, en prenant l'opinion publique à témoin, qu' " on " veut le contraindre à faire ce qu'il ne veut pas faire, et qu'il peut aller plus loin encore dans la dénonciation.

Ceux qui l'observent se demandent déjà avec inquiétude si ces sorties saugrenues ne sont pas des signes extérieurs, une " traçabilité " des symptômes d'une immense et profonde frustration.

Tant que les outrances verbales et les actes provocateurs n'étaient que l'expression visible d'une inquiétude profonde ou d'un complexe inavoué, elles ne prêtent pas à conséquences. Tout au plus, conclut-on peut-être sévèrement, que les réalités jadis vécues par les hommes de l'ALN, qui ont résorbé chez eux les réflexes primaires et leur ont inculqué la modestie, n'ont pas joué chez lui.

Après les paroles de l'ironie ou de la dérision, il a soudain des comportements qui viennent vite démontrer que les choses sont beaucoup plus graves que cela. L'homme, d'une façon provocatrice et ostensible, commence à montrer qu'il veut " mater " l'armée.

Reçu aux Tagarins en pleine canicule, il contraint ceux qui lui ont déroulé le tapis rouge et qui l'ont accueilli avec tous les égards dus à sa fonction, à l'écouter debout pendant des heures entières afin que la caméra immortalise la posture : une sorte de garde-à-vous inconfortable devant sa grandeur. Qu'est-ce à dire ? L'homme a-t-il des revanches à prendre ? Contre qui veut-il se mesurer ? Pour qui se prend-il ? On se regarde perplexe. On s'interroge, mais on garde toujours le silence par discipline, et parce qu'il n'y a rien d'autre à faire qu'à garder le silence et ... à laisser venir.

Dans la cour d'honneur du ministère de la Défense, le jour où il est l'hôte du commandement, au moment où il passe en revue le rang des hauts dignitaires, il s'arrête soudain : l'officier qui le salue les talons joints et l'avant-bras rigide est une vieille connaissance. Ce colonel a été dans les années 1980 procureur des armées près la Première région militaire. L'homme est gêné, et un peu décontenancé par le regard insistant du président. La scène s'éternise, Bouteflika, un sourire goguenard aux lèvres, l'interpelle : " Alors, vous ! comment va la justice militaire ? " et l'autre de répondre : " Bien, monsieur le président ".

Ce colonel, que le président vient d'interpeller de cette façon et qu'il va limoger tout de suite après, est le magistrat qui a requis dans une affaire qui a concerné un ami personnel de Abdelaâziz Bouteflika ... Cette première hogra de Bouteflika indispose beaucoup de responsables et leur fait voir différemment le " cavalier " pour lequel ils ont massivement voté.

Il ose toujours davantage. Il le pense et il le dit : " J'ai révélé le véritable niveau de ces types ". Il veut dire que ceux qui ont privilégié sa candidature n'ont aucune envergure, qu'ils ne sont rien par eux-mêmes, qu'ils ont tenu et qu'ils tiennent par " la mécanique du pouvoir. "

On commence à deviner que ces " piques " verbales et ces actes provocateurs ne sont pas seulement des " dérapages " non contrôlés. Ils sont un clin d'oeil à la galerie étrangère qui l'observe : l'Internationale socialiste, le pot-pourri des nostalgiques de l'Algérie française, les trotskistes qui font une fixation sur les institutions militaires en général et sur l'armée algérienne en particulier, les éditeurs aux ordres de services très spéciaux et leurs supplétifs indigènes et aussi, bien sûr, les ONG qui ont inventé un code de bonne conduite que doivent suivre ceux qui prétendent à la respectabilité.

Il n'a pas encore tout à fait démontré qu'il n'est qu'un marathonien du discours creux et qu'il n'y a rien d'autre à attendre de lui que le factice, l'esbroufe et la manoeuvre politicienne. Il est toujours crédité de toutes les possibilités, " ça va lui passer ", disent ceux qui lui ont mis le pied à l'étrier et qui sont terriblement gênés.

Ils ont affronté seuls l'adversité en octobre 1988, en janvier 1992 et pendant toutes ces années. Ils sont restés droits dans leurs bottes quand le monde entier s'était ligué pour les abattre. Ils ont été le liant et le ciment. Constamment sur le terrain, présents à chaque carrefour du pays, leur oeuvre a été souffrance et patience. Ils ont reconstruit chaque pierre de l'édifice, remis du mortier, crépi, étayé et conforté. Ils ont appris à parler aux politiques, aux politiciens, aux politicards et aux polyglottes, et lorsque, lui avait fui, l'un d'eux est allé au charbon, malgré son chef branlant et son mollet crampeux, mais le coeur ferme et les idées claires. Ils l'ont payé cher. Insultés, honnis, vomis, attaqués et menacés mais aussi quelquefois admirés et congratulés. Cols du fémur en compote, diabètes, infarctus, reins esquintes, balles assassines, bris de familles, cassures de vies ... Qu'importe ! Certaines victoires sont douloureuses à revendiquer. Ils ne sont pas fiers d'avoir, à leur corps défendant, assumé les terribles drames de la lutte anti-terroriste.



Reportage sur les Groupes Armés Islamiques (GIA), création des Services Para-Militaires de Khaled Nezzar.

Mais ils ne veulent retirer aucune légitimité de ces immenses sacrifices, ni une prétention à s'incruster coûte que coûte. Dès qu'ils sentent qu'il les conjugue au passé simple, ils poussent l'abnégation jusqu'au bout, et lui disent qu'ils sont prêts à partir : " Monsieur le Président, si notre départ peut contribuer à arranger les affaires de l'Algérie, alors appuyez sur le bouton et nous passons à la trappe. Après tout, nous ne sommes, nous, que du consommable ". Mais il n'acceptera aucune des démissions qui lui sont proposées. Il ne le fera pas, non par bonté d'âme, mais parce que sans eux il est perdu. Est-il sûr que " l'étage au-dessous ", qui remplacerait ces hommes pleins d'expériences et de sagesse, serait aussi patient avec lui ? Et puis, sur quels dos va-t-il essuyer le poignard qu'il affûte déjà ? Il a besoin d'eux comme protecteurs, comme repoussoirs, comme souffre-douleur et surtout comme boucs émissaires. Chadli Bendjedid, contraint d'écourter son troisième mandat ; Boudiaf, assassiné au bout de six mois ; Zéroual, parti avant terme, qu'adviendrait-il du peu qui reste de la réputation de l'Algérie si celui-là déclarait soudain forfait ? Inconcevable ! Il sent, il sait qu'il est en position de force. Il ne prend en compte dans son analyse des raisons de ceux qui l'ont appelé deux fois, que le contre-feu diplomatique qui lui avait été demandé. Son esprit façonné dans l'intrigue et l'arrière-pensée ne peut créditer les autres d'aucune saine intention. Il pense qu'on a fait appel à lui uniquement pour ses talents de diplomate, comme " intercesseur " et avocat auprès des chancelleries étrangères et que les autres actions attendues de lui (la gestion du pays) ne sont que faux alibis : " Ce sont eux qui ont besoin de moi ! " ricane-t-il. Il veut dire : " bougez et je lâche sur vous les ONG, avec au bout le TPI ! " A partir de là, il veut être caressé dans le sens du poil. Il veut que le ton de ses vis-à-vis mue en doux murmure, que leurs gestes soient mesurés et circonspects.

Il rentre, sûr de lui et dominateur, dans sa période d' " enfant gâté ".

Les outrances qui ciblent, pêle-mêle, membres de la haute hiérarchie militaire, ministres, responsables divers, partenaires étrangers et journalistes — journalistes surtout — sont le fait d'un esprit appréhendant faussement son environnement. L'Algérie attendait un président mature et expérimenté, connaissant le sens des mots et en mesurant la portée, elle se découvre dirigée par un homme emporté et colérique, ne sachant faire que dans la dérision ou l'insulte. Il emprunte avec tant de fatuité et d'arrogance l'attitude de l'homme providentiel, du messie " supplié deux fois pour sauver le pays du déluge ", que l'idée s'impose qu'il n'avait pas suffisamment de personnalité, de " poids spécifique " de robustesse psychique, et que ce tragique déficit avait fait tituber son équilibre quand il a subi le choc de son élection à la magistrature suprême.

On le découvre. Les " on-vous-l'a-bien-dit " ricanent. Ceux qui lui ont mis le pied à l'étrier grimacent jaune. Le peuple, ce grand septique, se bidonne douloureusement.

Le Soir d'Algerie Vend. 17 - Sam. 18 octobre 2003



Bouteflika, l'homme et son bilan
Khaled Nezzar
Editions APIC; 1ère éd edition (2003)

ISBN-10 : 9961769015
ISBN-13 : 978-9961769010

jeudi 8 mars 2012

Nacer Khemir ou la frenesie d'inventer

Nacer Khemir ou la frénésie d'inventer
Par CHERIFA BENABDESSADOK


Un conteur qui ne cesse de puiser dans son imaginaire, et celui des autres, les formes de l'avenir.

Nacer Khémir ne fait pas œuvre d'artiste au sens classique du terme. Peut-être y viendra-t-il un jour, mais depuis les années 1970, dans son pays d'abord — la Tunisie —, puis à l'étranger, il s'est attaché à élaborer puis à démontrer la validité et la richesse d'une démarche de création. S'il est surtout connu pour ses livres de contes illustrés (1), les autres « matières » ne lui font pas peur ; peintre, sculpteur, marionnettiste et cinéaste, Khémir vient d'obtenir le premier prix aux festivals de Carthage et de Nantes pour son film « les Baliseurs du désert ». Son projet et sa démarche artistique sont à la convergence de plusieurs intérêts, de plusieurs exigences.

mardi 6 mars 2012

Abane Ramdane - L'intelligence assassinee


Abane Ramdane a marqué la Révolution, mais a été assassiné un 27 décembre 1957, avant de voir l'Algérie libre
L'intelligence assassinée

Son sort sera décidé après un voyage secret effectué en Tchécoslovaquie. Dès son retour, il retourne au Maroc, où de la manière la plus lâche, il sera attiré dans un guet-apens.

Une des figures les plus marquantes de la Révolution et pourtant les moins évoquées, Abane Ramdane en a été l'une des premières victimes. Il a disparu de la scène politique parce qu'il refusait le régime des « seigneurs de la guerre ».

Né en 1920 à Azouza, commune mixte de Fort national, actuellement Larbâa Nath Iraten, Abane fait ses études au lycée de Blida. Après son baccalauréat, il fera son service militaire comme secrétaire d'un colonel, puis travaillera également comme secrétaire de la mairie de Chelghoum Laid (ex-Châteaudun du Rhumel).

lundi 5 mars 2012

Rien ne changera dans la dawla islamia de Boutefilka par Leila Aslaoui


Rien ne changera dans la "dawla islamiste" de Bouteflika

Leila Aslaoui Hemmadi dédicace son nouveau roman « Le cartable bleu »

On se souvient que le 10 mars 2000, invité par la présidente de l'association " Rachda " au colloque international (8, 9, 10 mars) ayant pour thème " la lutte pour les droits des femmes et pour la démocratie ", Bouteflika profita de la tribune qui lui était offerte pour exprimer clairement son désaccord sur toute avancée moderniste à l'égard des femmes. Moralisateur, paternaliste, venu — avait-il tenu à préciser — en " citoyen " (comprendre sans engagements de chef d'Etat), il avait déclaré : " Si les femmes étaient porteuses de démocratie, il y avait nécessité d'établir un dialogue entre les diverses sensibilités du pays et le désir de ne pas susciter affrontements, violence et donc " fitna " et discorde ... En appelant à tenir compte des spécificités propres à chaque société, son appartenance civilisationelle, son degré de rupture avec les mentalités rétrogrades et passéistes.

Désappointées, en colère, les femmes présentes prirent conscience que Bouteflika avait fait un pas de plus — gigantesque puisque l'enjeu était la femme — en direction des islamistes. La déception fut à la mesure de l'attente. Mais le message avait eu le mérite d'être clair : le droit des femmes à la citoyenneté ne figurait pas dans son programme, ses préoccupations et SOS priorités. Le seul statut que reconnaissait Bouteflika à l'Algérienne était celui " d'une femme sommée de se montrer pudique, de ne point choquer les repentis et de ne pas fumer en public " (Bouteflika). Les " repentis " en sus d'être des criminels de la pire espèce, passibles de sanctions pénales n'eut été l'impunité présidentielle dont ils ont bénéficié, sont dans la logique bouteflikienne cette sensibilité politique dont les femmes doivent tenir compte pour ne pas être responsables de " fitna ". Il est vrai que le même Bouteflika, au moment où les Algériennes résistaient à l'intégrisme islamiste et à ses terroristes égorgeurs et violeurs, se prélassait ailleurs. S'il avait vécu avec " son peuple " les années infernales du terrorisme, il n'aurait certainement pas inversé les rôles en faisant des femmes des auteurs de " fitna ". Ceux qui les ont vues manifester à visage découvert les appelaient " El fahlate " (courageuses). Ceux-là évidemment n'étaient pas dans les pays du Golfe ! Les seuls responsables de la " fitna " sont ceux qui ont endoctriné, embrigadé ceux qu'ils ont transformés en robots programmés pour tuer et détruire. L'an 2000 (voire 2001), c'est aussi l'année où la préoccupation majeure, la priorité des priorités du pouvoir politique est la chasse aux couples, car dans la dawla de Bouteflika l'amour est " haram ", puisque seule est " halal " la haine des prétendus repentis qui n'ont jamais fait acte de repentance mais pour beaucoup d'entre eux ont repris le chemin du crime.

Le 8 mars 2000, dans la dawla islamiste de Bouteflika, fut une journée de deuil. L'Algérienne n'avait rien à attendre ou à espérer. La démocratie à laquelle il était fait allusion ne la concernait pas, puisque l'unique sensibilité à laquelle il accorde crédit et intérêt est celle des islamistes. Et il était hors de question de les choquer ou de les fâcher en réformant l'école, ou en faisant de l'Algérienne une citoyenne à part entière. Le 8 mars 2001, satisfait de lui-même, Bouteflika tente de rectifier le tir en se disant favorable à tout ce qui contribuerait à améliorer la condition de la femme. Celles qui l'écoutent et le croient sont grisées par l'ambiance de fête qui règne ce jour-là à El-Aurassi. Celles qui ont boycotté " l'événement " savent qu'il s'agit d'un show présidentiel. Un de plus ! Pour faire dans la séduction, Bouteflika rappelle qu'il vient de procéder à la nomination de femmes ambassadeurs (6), d'une présidente à la tête du Conseil d'Etat et de femmes magistrats à des postes de responsabilité. Concernant la magistrature, il est utile de préciser que la nomination des premières femmes magistrats a débuté en 1965-1966 et non en 2001. Cela est tellement vrai que le corps de la magistrature compte aujourd'hui 684 femmes sur 2756 au total, soit environ 32 %. Ce n'est donc pas grâce à Bouteflika. Lui n'aurait certainement pas permis à l'Algérienne d'être juge pour ne pas fâcher les islamistes. Eux, on s'en souvient, qui avaient mené la guerre aux femmes juges dans les années 1990. Quant aux autres femmes nommées ambassadeurs ou à la tête du Conseil d'Etat, il est seulement utile de rappeler que leur cursus professionnel, leur longue expérience et leur plan de carrière avaient pour conséquence logique cette promotion bien méritée. La manoeuvre dilatoire de Bouteflika fut de faire croire à l'opinion publique qu'il était l'auteur de cet avancement professionnel. Un dol pris d'autant plus inacceptable que les femmes dont il s'agissait ne sont ni des potiches encore moins des femmes-alibi. Le 8 mars 2001 était semblable au 8 mars 2000, une journée de deuil. L'an 2001, on s'en souvient, fut celui où le même Bouteflika voulait à tout prix et coûte que coûte " fourguer " sa " concorde nationale ".

Son pardon unilatéral accordé aux terroristes le 13 janvier 2000 fut la première étape, la seconde était le projet de concorde nationale au moment même où en janvier, février, mars, juin, septembre 2001, les massacres de populations continuaient de plus belle à Médéa, Chlef, Larbaâ. Aux journalistes étrangers qui s'inquiètent de ces tueries, Bouteflika répond, méprisant : " Allez donc vous promener dans les rues d'Alger. Vous verrez que vous pouvez le faire sans crainte " (quotidien La Stampa, janvier 2003). Les victimes du terrorisme de Médéa et Chlef n'avaient qu'à résider à Alger pour goûter au calme ! Et c'est donc sous le symbole de sa " concorde nationale " que fut fêté le 8 mars 2001 par celles-là mêmes qui considéraient celles qui ne partageaient pas leur combat en faveur des droits des femmes de " femmes du pouvoir ". C'était leur insulte et leur manière à elles de marquer leur territoire d' " opposantes ".

Mais leur ambition fut plus forte que tout. Elles renoncèrent à leur combat, à leurs convictions et devinrent à leur tour des " femmes du pouvoir ". C'est certainement leur droit et leur liberté, c'est celle des autres femmes de penser et de dire qu'une parcelle de pouvoir est toujours éphémère, tellement éphémère que les convictions ne sont pas monnayables pas plus que n'est vendable l'âme. D'autant qu'elles ont dû sans nul doute prendre conscience une fois investies de fonctions ministérielles, que leur injure " femme du pouvoir " était une expression à la coquille vide, puisque " être du pouvoir " c'est décider.

Avec Bouteflika, encore moins qu'avec ses prédécesseurs, un ministre ne décide rien. En tout état de cause, il faut cependant rappeler qu'aucune " femme dite du pouvoir ", y compris celles de l'UNFA, n'a déclaré publiquement " (qu'elle ne) refuserait rien à son président " (El Khabar El Ousbouî). On se souvient alors qu'au nom de la concorde nationale version féminine, elles suggérèrent face aux caméras de la télévision, enlaçant une islamiste : que " les femmes devaient dépasser leurs divergences ". Le message était clair : la démocratie devait s'allier à l'obscurantisme. Bouteflika avait désormais ses relais féminins pour conjuguer la concorde à tous les temps et ne plus évoquer le code de la famille. Cela ne signifie pas pour autant que le silence de ces femmes a arrêté le mouvement des femmes républicaines, dont le prétendu ralentissement, selon certains, n'en est pas un. Cependant, ces associations sont soumises à un verrouillage drastique. Exemple : cette présidente d'une association de femmes démocrates qui a obtenu son agrément après 40 (quarante) allées et venues à la Wilaya d'Alger ! D'autres associations activent dans la discrétion et sans médiatisation.

Le 8 mars 2002 est presque passé inaperçu n'eut été la bonne recette des fleuristes comme à chaque 8 mars ! Après les législatives, des femmes ont été nommées ministres. L'une d'entre elles est ministre de la Condition féminine. Après avoir déclaré que son secteur n'était pas celui du code de la famille, elle entendit rectifier le tir en déclarant que ce texte devrait être débattu puis elle annonça qu'il serait révisé. Il est clair que Mme la ministre sait qu'elle manipule une bombe qui risque de lui exploser entre les mains. Mais après tout, est-ce que le ministère de la Condition féminine n'a pas vocation de prendre des risques quitte à ne pas voir ses projets aboutir ? Il aura au moins essayé. Nul n'ignore que ce secteur ne pourra faire bouger les mentalités s'il n'a pas le soutien d'une volonté politique. Celle de Bouteflika, l'on sait de quel côté elle se tourne pour voir et entendre les voix des islamistes. Celles-là mêmes qui se disent opposées à la mixité à l'école, à l'activité professionnelle des femmes, à la révision du code de la famille et à la réforme de l'école.

Aussi est-il établi qu'à la veille du 8 mars 2003, rien ne changera dans la dawla islamiste de Bouteflika. Si la création d'un monstre — qui n'a soulevé aucune protestation républicaine excepté celle d'un juriste (avocat) —, appelé " Dar El Fetwa " qui se fera évidemment un plaisir insoupçonné de "légiférer" contre les femmes. Aux hommes le droit positif, aux femmes le " code de l'indigénat ", c'est cela la dawla de Bouteflika. Il y a seulement lieu d'affirmer que le combat en faveur d'une profonde révision du code de la famille, première violence contre l'Algérienne, doit surtout continuer en termes de lutte pour le droit à la citoyenneté. Comment en effet pouvoir convaincre un matheux que l'addition des majorités légalement définies pour les femmes : 18 ans (pénale), 19 ans (civile), (électorale) 19 ans, (martiale) 18 ans donne comme résultat une femme mineure ? Rien ne changera, mais n'avons-nous pas jusqu'alors arraché nos droits ? Nos soeurs aînées n'ont pas attendu la permission de porter un fusil durant la guerre de Libération, les résistantes au terrorisme-islamiste ont tôt fait de choisir leur camp. Les voix des femmes se feront toujours entendre, n'en déplaise à Bouteflika l'islamiste.

L. A.

Le Soir d'Algerie Vendredi 7 - Samedi 8 2003

samedi 3 mars 2012

Plus rien ne sera comme avant


En six jours, l'irruption de la « rue » sur la scène politique algérienne a brutalement transformé le paysage politique, faisant fleurir cette formule : « plus rien ne sera comme avant ». Désormais, il y a l'avant et l'après 5 octobre. Les références et les normes changent, les réactions ne sont plus les mêmes. Les tabous tombent. La presse connait une période d'embellie, qui pousse le tirage vers le haut : fin octobre, El-Moudjahid est introuvable dès 8 h dans le centre d'Alger. Les associations se multiplient, les assemblées générales ne se comptent plus, et des centaines de grèves sont déclenchées, sans que les grévistes soient inquiétés.

Ce changement vient de la base, « la rue », qui prend conscience de sa propre force, et trouve un écho favorable auprès du pouvoir, qui joue le jeu : le Président Chadli s'est engagé à introduire de profonds changements le 10 octobre, et il est impossible alors de mettre fin au vent de démocratie, qui déferle sur le pays, par des mesures simplement répressives, au risque de provoquer d'autres tragédies.

Le discours du président Chadli le 10 octobre a permis de parer au plus pressé et atteint son objectif le plus important : il met fin aux émeutes. Il laisse cependant les gens sur leur faim, car il n'annonce pas de mesures concrètes. La leçon sera retenue par la suite, car les décisions sont annoncées à un rythme régulier, maintenant le suspens et tenant le pays en haleine pendant près d'un mois.

Quand Bouteflika appellent les democrates des Satanistes ...


ISLAM ET DÉMOCRATIE EN QUÊTE DE CONCILIATION
« Et Dieu laissa partir Satan ... »

Le président de la République s'est attaqué hier aux théologiens musulmans, en dénonçant leur silence durant la période où les Algériens se faisaient massacrer. Mais d'un autre côté, il les a appelés à l'aider pour réconcilier ces mêmes Algériens entre eux. Intervenant à l'occasion de l'ouverture des travaux du colloque international sur l'islam et la démocratie, organisé par le Haut Conseil islamique (HCI) à l'hôtel El Aurassi, le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, est remonté à travers l'histoire de l'humanité pour dire que la démocratie a commencé lorsque Satan a refusé de se prosterner devant Dieu, alors que ce dernier, pourtant capable de l'anéantir, l'a laissé partir. Devant un parterre d'hommes de culte musulmans, chrétiens, et de spécialistes du droit, nationaux et internationaux, le président a fait des reproches virulents aux théologiens. S'adressant à l'assistance, il s'est demandé où étaient les voix des théologiens musulmans durant les années des massacres et de la tragédie nationale. Pour lui " Certains se sont confinés dans un silence terrifiant et d'autres ont ravivé les flammes de la fitna avec leur sunna et leurs stylos. Je vous prie de contribuer par vos positions pour vous déculpabiliser des dérives commises par les renégats (voir définition). (...) Je vous prie, au nom de la science que vous portez, de nous aider pour la réconciliation entre les enfants d'un même pays. »

SALIMA TLEMÇAM
El Watan mardi 21 mars 2000

Ps : renégats : kouffars (les rebelles)

vendredi 2 mars 2012

Yamaha d'Alger de Vincent Colonna


" YAMAHA D'ALGER " DE VINCENT COLONNA
Lété 95

A l'époque, la stratégie du carnage, les égorgements nocturnes de hameaux entiers, par centaines d'individus, n'existaient pas encore.

Maurice, le narrateur, est un journaliste travaillant pour le compte d'une publication économique française qui, un jour de juin 1995, le dépêche à Alger pour y rencontrer des responsables du ministère de l'Hydraulique. Aussitôt sorti de l'aérogare où devait venir l'accueillir Fawzi, le représentant du journal, il connaîtra la plus grande peur de sa vie, car Fawzi est très en retard et l'atmosphère qui règne aux alentours de l'aéroport Houari Boumediène à la nuit tombante est loin d'être rassurante. C'est donc le pantalon copieusement imbibé d'urine que Maurice montera enfin dans la voiture de son hôte enfin arrivé.


jeudi 1 mars 2012

Le prophete de l'insoumission


H'mida El Ayachi
Nabi El içyan (Le prophète de l'insoumission)


« les oeuvres de Kateb, hormis Nedjma, sont peu connues en Algérie au moment où celles-ci subjuguent de nombreux lecteurs dans le monde »


Avoir à connaître le contenu des oeuvres grandioses et de surcroît de son auteur est une chance inouïe, surtout lorsqu'on est un jeune étudiant. H'mida El Ayachi a bien connu l'auteur du chef-oeuvre Nedjma, Kateb Yacine. On penserait presque qu'il a eu un rendez-vous avec une étoile qui allait illuminer son parcours. Le dernier ouvrage de H'mida El Ayachi intitulé Nabi El Içian (Le prophète de l'insoumission) est un grand et vibrant hommage à son immortel mentor. Comme dans une pièce théâtrale, l'auteur lève le voile sur ce décor qui renvoie à la deuxième moitié des années soixante-dix, période durant laquelle il y eut justement ce premier contact entre l'élève d'autrefois H'mida El Ayachi et Kateb Yacine, écrivain, dramaturge habile et subtil dans sa mission d'enseigner, et de communiquer. Et c'est au sein de l'enceinte du théâtre régional de Sidi-Bel-Abbès qu'eut donc lieu cette belle rencontre entre le professeur et son élève. Depuis, elle est belle et bien inscrite. Le prophète de l'insoumission, en référence au caractère intrépide du téméraire auteur de Nedjma, est un récit poignant sur la vie de l'homme de lettres, Kateb Yacine, avec pour toile de fond ses séquences autobiographiques. H'mida El Ayachi y met en relief le côté « soufi » de l'écrivain, dramaturge dans retendue de sa dimension humaine et spirituelle. Dans ces 190 pages, il raconte Kateb Yacine : « Kateb Yacine a lourdement payé le prix de son indépendance », précisant plus loin que : « les oeuvres de Kateb, hormis Nedjma, sont peu connues en Algérie au moment où celles-ci subjuguent de nombreux lecteurs dans le monde. » Cette réflexion est d'autant plus vraie puisque depuis un certain temps Nedjma n'est plus si assidûment enseignée dans le cycle secondaire comme elle l'était dans les années soixante et soixante-dix. Dans un style un peu particulier, mélange de l'arabe classique et dialectal propre aux hommes du théâtre algérien, H'mida El Ayachi aborde son récit grâce à cette image encore bien figée dans sa mémoire : celle de l'élève qui demanda un beau jour à son proviseur de bien vouloir inviter le dramaturge, grand écrivain Kateb à se produire dans leur établissement, lequel, à son tour, le renvoie vers son subordonné : le censeur en l'occurrence. Embarrassé par la question posée, ce même censeur usera de tous les subterfuges et prétextes pour finalement trouver une échappatoire, envoyer l'élève « encombrant » au théâtre régional de la ville, et, s'en débarrasser pour de bon. Le narrateur de ce « récit » tente alors d'expliquer au lecteur toute la difficulté de l'élève d'accéder au quatrième art, à cause surtout de cette « primauté » du politique sur la culture, l'art de manière générale et la littérature de façon plus particulière. La rencontre durera dix années pleines, liant plus tard l'élève à son destin. Depuis, c'est cet élève, devenu entre-temps journaliste ensuite auteur qui écrit pour dévoiler en parties certes - la vie intime de son véritable mentor. C'est donc durant toute la décennie 80 que l'auteur vivra dans le tout proche environnement de Kateb Yacine. consignant tout cela dans son livre-témoignage, paru en septembre 2011 aux éditions Socrate. Et si Kateb Yacine n'est plus à présenter, l'auteur du roman Le prophète de l'insoumission se propose, lui, de montrer au lecteur le côté intime du grand homme de lettres qu'il a côtoyé. Il insiste surtout sur les qualités humaines de l'écrivain et non sur ses ouvres qui parlent d'elles-mêmes.

S. B.
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