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mardi 4 décembre 2012

Le FLN au musee ...

Le second week-end de campagne a été mis à profit par le docteur Youcef Khatib pour donner de la cadence à son action, grâce notamment à un discours aussi franc vis-à-vis du public que percutant à l'endroit des autres candidats mais surtout de celui dit du " consensus ".

C'est à Tiaret, la ville où il a exercé son métier de médecin durant la seconde phase de sa mise en résidence surveillée (de 1973 à 1977) que Khatib s'est rendu tôt dans la matinée de jeudi dernier. Dans l'avion qui l'emmenait vers la capitale des Rostémides, l'ancien numéro 1 de la wilaya IV, resté silencieux jusque-là, leva subitement la tête du journal qu'il tenait pour nous montrer du doigt les monts de l'Ouarsenis, le fief du maquisard qu'il était. Moment intense d'émotions et de souvenirs. Après une heure de vol, le candidat et sa délégation sont reçus à l'aéroport par un comité d'accueil de près d'une quarantaine d'hommes et de femmes.

Le cap est mis sur le quartier Sonatiba, l'un des plus pauvres de la wilaya, où les habitants venus de Melâab ou d'autres endroits infestés de terroristes, souffrent le martyre dans des " bidonvilles en béton " dépourvus d'électricité, d'eau et de sanitaires. "Un tel cauchemar après 36 ans d'indépendance ", commenta un proche collaborateur de Khatib. Après s'être entretenu avec ces " damnés de la terre ", et après les avoir incité à " frapper sur la table ", eux aussi, pour leurs droits, le candidat gagna le cimetière de la ville où il s'est immédiatement rendu aux Quartiers des Martyrs pour saluer la mémoire du colonel Belhadj Boucif et de Yamina Ait Amrane. S'ensuit une marche longue de plusieurs kilomètres dans les rues de Tiaret où il a inauguré le siège de sa permanence locale. Auparavant, de passage devant celle des Hamrouche, Khatib n'a pas manqué de marquer une courte halte pour en saluer les animateurs et les exhorter " sportivement " à tout faire pour permettre le libre choix du peuple. Les hamrouchiens tiaretis ont paru apprécier le geste. Plus loin, le docteur ex-colonel, de passage devant le siège du comité de soutien de Bouteflika, fera mine de n'avoir rien vu. Le " consensus " ce n'est décidément pas sa tasse de thé. Il refuse celui d'aujourd'hui comme il a rejeté ceux de 1962 et 1965.

Il reviendra d'ailleurs longuement, lors du meeting qu'il a tenu à la salle des fêtes, sur les premières années de l'Indépendance, durant lesquelles " le processus de marginalisation du peuple a été enclenché, au nom de la légitimité révolutionnaire ". Rejetant ce moyen " frauduleux " de prise de pouvoir, Khatib va jusqu'à préconiser que " le FLN doit aller au musée ", pour que chaque patriote puisse s'en réclamer et se revendiquer de la Révolution qui est celle de " tout le peuple " et que certains tentent, à chaque étape depuis 1962, d'exploiter pour régénérer les mêmes méthodes d'exclusion à travers la cooptation d'hommes " interchangeables " à l'intérieur du même système.

Le même discours sera tenu dans l'après-midi, à Tissemsilt, où le candidat a été reçu au rythme de karkabou et de youyou par une foule des grands jours. Il a également exposé les grandes lignes de son programme au cours de ce même rassemblement, transformé en conférence-débat, pour permettre au public de faire état de ses préoccupations. Cela se passait au Palais de la culture où beaucoup n'ont pu accéder faute de place. " Ne permettez pas à ceux qui ont volé le pouvoir par la force de revenir aux commandes ", a averti Khatib. Reprenant encore la question de l'exploitation du sigle FLN pour le compte des " voleurs d'hier ", le candidat a tenu à rappeler que la direction de ce parti s'était opposée à l'idée de donner des armes aux moudjahidine et aux jeunes pour protéger leurs familles, expliquant cette position par les " tendances pro-terroristes " de certains responsables de ce parti. Pour sa part, Khatib a affirmé ne reconnaître aucune autre légitimité que celle accordée par le peuple. Il a fait état, à nouveau, de son opposition à " tout dialogue avec les terroristes ".

A l'issue de ce débat, la délégation du candidat s'est rendue à Mahdia, dans la wilaya de Tiaret, où Khatib a été contraint d'improviser un autre meeting, en raison de la foule innombrable venue l'accueillir ... en l'absence de la caméra de l'ENTV.

La journée d'hier a vu le docteur se rendre dans plusieurs localités de la wilaya de Jijel, notamment celles durement touchées par le terrorisme. Ce fut à chaque fois l'occasion d'avertir que " nul ne peut prétendre négocier au nom du peuple, sans l'aval de celui-ci, surtout s'agissant de dialogue pour l'amnistie ". Si la paix ne peut advenir qu'au prix d'un tel dialogue, " cela ne saurait pour autant se faire sans un référendum populaire ", a-t-il déclaré. Le docteur Khatib a clôturé son week-end de campagne par un meeting tenu à la salle des fêtes d'El-Harrach où il a encore réaffirmé ses positions.

L'Authentique vendredi 2 - samedi 3 avril 1999

fr.wikipedia.org - Youcef Khatib
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