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dimanche 2 décembre 2012

Ghozali revient apres six ans d'hibernation

Difficile de juger le parcours d'un homme qui est resté aux affaires, en tant que Premier ministre, à peine une année. Avec cette différence, cependant, que, durant cette période, il aura été le Premier ministre de deux chefs d'Etat aux vues diamétralement opposées : Chadli Bendjedid et Mohamed Boudiaf. Sept mois Premier ministre de Chadli Bendjedid, six mois Premier, ministre de Mohamed Boudiaf qui l'avait reconduit dans ses fonctions dès sa nomination comme président du (HCE) Haut Comité d'Etat.

Sous l'ère Chadli, Ghozali avait pour tâche prioritaire l'organisation d' " élections libres et honnêtes ". Il s'y dévoue avec beaucoup de convictions, réussissant la prouesse d'organiser la rencontre gouvernement-partis, côte à côte, au palais des Nations, Mehri, Ben Bella, Aït Ahmed, Kasdi Merbah, Slimane Amirat, Saïd Sadi, Mahfoud Nahnah, Djaballah, Louisa Hanoune ... Le tout sous l'oeil goguenard des dissidents du FIS, parmi lesquels Bachir F'kih et Ahmed Merani ... Depuis 1962, Mehri, Ben Bella et Aït Ahmed n'ont jamais eu l'occasion de confronter leurs points de vue lors d'une rencontre. On le sait, Ghozali toujours, au lendemain de la victoire du FIS, aura ces mots : " Ces élections n'ont été ni libres ni honnêtes. " Pourtant, quelques jours auparavant, il déclarait à propos du FIS dont il pressentait le raz-de-marée : " Le FIS ne peut prétendre participer au pouvoir tant qu'il n'a pas pris une position claire vis-à-vis de la démocratie et des lois de la République. On ne peut tirer avantage d'un système tout en laissant entendre clairement qu'il sera supprimé. " Ces propos rapportés dans Le Matin du 25 décembre 1991 sonnaient comme un avertissement. Sid Ahmed Ghozali savait-il que les élections allaient être annulées ? Sans doute. Une chose est sûre, il prendra une part active dans cette interruption, puisqu'il aura à gérer, en sa qualité de membre du Haut Conseil de sécurité, le pays avant que ne soit décidée la création du HCE.

Envers Chadli Bendjedid, il aura été fidèle. Jusqu'à un certain point. Il le sera également avec Mohamed Boudiaf. Là, Ghozali fera face à la seconde tentative d'insurrection du FIS : les " vendredis noirs ". Puis la montée du terrorisme. Enfin le délicat dossier de dissolution du FIS. Par une phrase sibylline, il annonce à la presse que " le dossier du FIS est lourd ". Ce qui signifiait qu'il allait être dissous. On ne sait quel a été son point de vue sur cette question. Mais ce qui est certain, c'est que son gouvernement a fait montre de fermeté envers les islamistes, même si lui, Sid Ahmed Ghozali, cédant à cette tentation de chercher à diviser les islamistes, les a fait entrer dans son gouvernement en leur accordant deux portefeuilles.

Hormis la loi sur les hydrocarbures qui a permis l'entrée du capital étranger. Ghozali a mené une politique peu différente de celle de Mouloud Hamrouche qu'il n'aimait pas du tout. Jouant de sa séduction, il a su gagner la sympathie des patrons privés et publics et de l'UGTA, avec lesquels il escomptait entreprendre une politique à même de relancer la croissance.

L'assassinat de Mohamed Boudiaf a mis fin à sa carrière puisqu'il a démissionné. Après avoir été ambassadeur en France, Sid Ahmed Ghozali ne fera plus parler de lui. Le silence qu'il s'est imposé aux pires moments qu'a connus le pays risque de lui coûter durant ce scrutin. Ses adversaires ne manqueront pas de le lui rappeler au moment opportun.

A la différence de Mouloud Hamrouche et de Abdelaziz Bouteflika, Ghozali ne dispose d'aucun soutien politique organisé. Le FLN ? Il en a lait partie avant d'être vidé en 1980 pour avoir rendu publique une lettre ouverte par laquelle il manifestait son désaccord sur les critiques portées sur la politique des hydrocarbures. Une position qui lui vaudra une disgrâce qui durera jusqu'en 1989, quand Kasdi Merbah lui fera appel en lui confiant le poste de ministre des Finances. Les démocrates ? Ghozali escompte bien leur appui. Mais ses penchants pro-islamistes lui interdisent tout soutien démocrate. Alors quels soutiens ? Ghozali va, sans doute, user de l'arme qui lui a si bien servi : la séduction qu'il affectionne. Mais on le sait. Cela n'est pas suffisant. Surtout dans le cadre d'une élection présidentielle où tout porte à croire que le système est en train d'organiser sa propre alternance. Et pour l'heure. Ghozali n'a pas encore dit où il se situait.

H. Z.
Le Matin N2078 mercredi 30 décembre 1998






fr.wikipedia.org - Sid Ahmed Ghozali
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