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mardi 11 décembre 2012

Bouteflika, pour lui l'autarcie linguistique est due a une gueguerre ideologique


La scène se passe dans un amphithéâtre de l'université de Batna. Le Président de la République demande à un étudiant de répéter l'exposé qu'il vient juste de faire en utilisant une des langues étrangères qu'il maîtrise le mieux. Approximatif et bégayant, le jeune orateur achève à grand-peine son récit.

Visiblement gêné par cette piètre démonstration, le chef de l'État se plaint alors du sort réservé jusque-là à l'enseignement des langues étrangères. Pour lui, l'autarcie linguistique dans laquelle l'Algérie est restée confinée depuis l'indépendance est essentiellement due à un guéguerre idéologique qui a pris en otage l'école, il est temps, a-t-il dit, de briser, le clivage arabophones-francophones afin d'ouvrir l'Algérie à la modernité. À l'adresse surtout des tenants de l'idéologie islamo-baâthiste, Bouteflika a sciemment présenté à titre d'exemples des pays comme l'Arabie Saoudite et l'Egypte, qui introduisent l'enseignement de l'anglais dès le primaire dans le cursus scolaire. " Ou c'est ça ou c'est le retour au Moyen-Âge ", avertit-il. Aussi a-t-il insisté sur la nécessité à " une décision politique " plus prompte à mettre au pas les velléités des uns et des autres.



Bien plus que l'anglais, il est clair que l'enseignement du français, dans l'esprit du Président, est primordial. N'est-ce pas là l'une des directives dont il a instruit la Commission nationale de la réforme du système éducatif (CNRSE) ? Loin d'être une simple supputation, la réintroduction de la langue de Molière à partir de la troisième année fondamentale est, dit-on de source sûre, inscrite en droite ligne dans le rapport que le président de la CNRSE doit remettre au chef de l'État en février prochain. Quant à ceux, à l'instar du MSP de Nahnah ou du MRN de Djaballah, qui considèrent cette initiative comme " une atteinte aux constantes nationales ", Bouteflika, faisant fi de leurs contestations, se plaît à souligner que le français est une langue qui s'est imposée en Algérie à travers l'histoire. " Il ne faut pas oublier que la déclaration du 1er Novembre a été rédigée en français ", a-t-il rappelé à Batna. Une manière de dire à Nahnah et consorts qu'ils ne peuvent pas être plus nationalistes que ceux qui ont payé de leur sang et de leur vie la libération du pays. Une manière qu'il a aussi, à travers cette histoire de langue, de consolider le soutien qu'il a obtenu d'autres partis chez lesquels la question linguistique, en particulier, et celle de la réforme du système de l'éducation, en général, tiennent une place prépondérante.

Très peu gâtés par le partage du gâteau (la distribution des postes ministériels), ceux-là s'en trouveraient ainsi réconfortés. Quant à Bouteflika, face à l'échec prononcé de la concorde civile et à la situation de blocage politique et économique, la question éducative et celle des langues surtout restent de grands atouts qu'il utilise ainsi pour redorer son blason.

S. L.
Liberté N2512 vendredi 12 - samedi 13 janvier 2001

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