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mercredi 7 novembre 2012

Mourad Benachenhou a El Watan

« La crise économique en Algérie est sérieuse »

Avant d'aborder l'aspect économique de la crise en Algérie, M. Mourad Benachenhou, ancien ministre, a parlé du problème de la société algérienne.

Synthèse Sihem Benabderrahmane

Selon lui, « en période de crise, les mots forts utilisés pour décrire les événements perdent de leur valeur ». A présent, M. Mourad Benachenhou estime que les mots qui caractérisent la souffrance des Algériens tels que « drame », « massacre », « tuerie » et « misère » se transforment peu à peu en un vocabulaire qui révèle moins la pitié que l'indifférence à l'égard des victimes des « événements ».

Dans Algérie de 1998, l'indifférence, qui ne peut qu' « accentuer la crise », devient un caractère commun, même pour « ceux qui ont accepté des responsabilités nationales ».

Abordant l'aspect économique de la crise algérienne, M. Mourad Benachenhou pense que « parmi les récents développements sur la scène internationale, et qui ont un effet direct sur notre pays, le plus grave est la chute du prix du pétrole et des produits raffinés ».

Cette chute risque même d'aboutir à « l'effondrement » financier interne de notre pays.

La situation financière est « dramatique » et nécessite qu'on s'y intéresse de plus près. D'ici à la fin de l'année, si la détérioration des prix des hydrocarbures continue, l'Algérie perdra 30 % des ressources fiscales en provenance du secteur pétrolier, ou 15 % des recettes budgétaires, représentant environ 5 % de la production intérieure au moment où les ressources mobilisées pour sauvegarder la sécurité des citoyens doivent être élevées.

La Sonatrach, qui se trouve déjà devant le problème de la réintégration en son sein des entreprises « parapétrolières », subit directement les conséquences financières de la détérioration des marchés pétroliers. Choses qui entraîneront la réduction du niveau de ses liquidités.

Pour faire face à la réduction des recettes fiscales du Trésor et de l'accroissement des charges de la Sonatrach par rapport à ses rentrées, ces deux pôles de contrôle des équilibres financiers internes sont obligés d'accroître leurs emprunts intérieurs qui sont limités par l'épargne disponible en dinars. Les emprunts en devises restent ni recommandés ni possibles au vu du risque financier algérien, et des demandes d'information sur la situation financière de la Sonatrach, difficiles à donner sans répercussions négatives sur sa capacité de négociation avec ses partenaires étrangers. Concernant la restructuration du secteur public et sa privatisation, l'auteur a dit que « les besoins financiers liés à cette opération risquent de dépasser les capacités de financement du Trésor, entraînant ainsi un effondrement en cascade du système financier intérieur, dans lequel les banques publiques sont les plus vulnérables ».

A propos des perspectives d'un arrêt de la tendance à la baisse des prix des hydrocarbures, M. Mourad Benachenhou a noté qu' « elles ne sont pas encourageantes actuellement, au vu, en particulier, de la situation économique de l'Asie du Sud-Est qui indique que la crise est encore plus profonde que conjoncturelle et que ces pays mettraient plus de temps à reprendre leur croissance ». En conclusion, M. Mourad Benachenhou, qui a indiqué qu'aujourd'hui la situation est plus grave qu'en 1936, lorsque le prix le plus bas du baril était de 10 dollars (l'équivalent de 20 dollars en 1998), s'est demandé si « on doit attendre que la tempête passe et que, se trompant de diagnostic, on prenne un changement structurel pour un simple incident conjoncturel » ou « on cesse la politique d'opacité et on explique aux citoyens algériens ce qui se passe ».

Selon M. Mourad Benachenhou, « le choix est politique et non technique » et « silence vaut choix ».

S. B.
(El Watan N90 du lundi 17 août 1998)

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