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vendredi 2 novembre 2012

La Marche Noire

Les Pins-Maritimes

Près de deux millions de personnes ont été mobilisées par le mouvement citoyen des Archs. Préparatifs et circonstances d'une marche pas comme les autres.

Un mois après l'assassinat du jeune lycéen Guermah Massinissa dans la brigade de gendarmerie de Beni-Douala, de conclave en conclave, les archs de Kabylie décident de marcher sur Alger.

Nous sommes au mois de mai 2001. Azazga accueille une autre rencontre des différentes Coordinations pour discuter d'une action importante. Longtemps souhaitée, cette grande action, une marche sur la capitale, plus précisément sur la présidence de la République, est adoptée par le conclave des Coordinations. Ces dernières sont priées, par la présidence tournante, de prendre en main les préparatifs à l'échelle locale et de bien vulgariser le but de la marche. Fin du conclave, la date de la marche sera arrêtée. Ce sera un jeudi 14 juin. Le choix de cette date n'est pas fortuit. Les Coordinations des archs ne veulent pas perturber les examens du BEF. Une autre rencontre de concertation aura donc lieu entre les Coordinations pour fixer le but de cette marche, déterminer son organisation, responsabiliser chaque arch de son carré et, enfin, fixer l'itinéraire de cette première grande action. Les délégués s'attendent, d'ores et déjà, à une marée humaine impressionnante. Le lendemain de l'annonce de ladite marche, on avance quelque deux millions de personnes, C'est la marche du siècle !



La détermination de remettre au premier magistrat du pays la plate-forme d'El-Kseur est plus forte. Un appel sera lancé aux Algériens par la Coordination des archs, daïras et communes, dans lequel le combat que mène toute une région est expliqué. Extrait : " Nous voulons un drapeau ? Oui, celui de l'Algérie digne et fière. De ses hommes, de ses richesses, de son Histoire et de sa diversité. Nous voulons une langue nationale ? Oui, tamazight aux côtés de l'arabe avec lequel elle pourra trouver son épanouissement, dans un enrichissement mutuel. Oui, de Maghnia à Tébessa, de Tindouf à Tamanrasset. " Ainsi, les différentes Coordinations décident de constituer leurs propres carrés pour une meilleure organisation, notamment éviter toute infiltration de perturbateurs. Les délégués donneront vite des consignes aux animateurs des carrés pour encadrer les centaines de milliers de manifestants qui sont prêts à relever le défi face à un pouvoir têtu. Les slogans seront aussi rédigés par les Coordinations, chacune arrêtera les siens. " Pouvoir, assassin ", " Ulac smah ulac " (pas de pardon), " Tamazigfit, langue nationale et officielle ", " Non à la hogra " ..., tels sont les principaux slogans définis par les archs. Les préparatifs vont bon train, lorsque un groupe de jeunes d'Amizour annoncent une marche de leur localité sur Alger. Cette manifestation a drainé aussi une importante foule. En parallèle, les archs, pour maintenir la pression sur le pouvoir, appellent à une grève générale pour le même jour, à savoir le 14 juin. Début juin, l'interwilayas rend public l'itinéraire de la marche : elle démarrera des Pins-Maritimes (Foire internationale d'Alger) vers la présidence de la République, en passant par la place du 10 Mai. Les consignes pour éviter tout dérapage se multiplient. Le ministère de l'Intérieur annoncera, la veille de la marche, que toutes les dispositions de sécurité seront prises pour accueillir et gérer cet événement sans incidents aucuns. Il ira jusqu'à menacer, en des termes à peine voilés, cette manifestation et ses animateurs. Non autorisée, la marche sera ainsi maintenue avec la création d'un conseil de wilaya lors du conclave de Tizï Rached, à six jours de la date fixée. " H ", des centaines de bus, des milliers de fourgons, de camions et autres taxis sont mobilisés pour la circonstance. Dernières retouches, le CHU de Tizi Ouzou est sollicité pour assurer la couverture médicale de la marche avec des équipes de médecins et autres infirmiers. 14 juin 2001, la Kabylie est complètement paralysée. Alger, dans l'angoisse, accueille une marée humaine de plus de 2 millions de personnes. Alger, les Pins-Maritimes, la marche avance, c'est le guet-apens.

Farid Belgacem


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