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vendredi 30 novembre 2012

Fouad Boulemia condamne a mort

Chefs d’inculpation : homicide volontaire, adhésion a un groupe terroriste armé et détention d'une arme à feu sons autorisation.

Reporté à deux reprises, le procès assassin de Abdelkader Hachani a finalement eu lieu ce jeudi. Le tribunal criminel d'Alger, qui a jugé le nommé Fouad Boulemia, âgé de 28 ans, coupable du meurtre de l'ex-n°3 du FIS dissous, a prononcé une condamnation à mort de l'accusé, dans un procès qui n'aura pas drainé de foule. Voici, par ailleurs, quelques morceaux choisis de l'audience. Après la lecture par le greffier de l'arrêt de renvoi où il a expliqué l'affaire dans le menu détail, le président de la cour demande à l'accusé de confirmer la version des faits telle que consignée dans un procès-verbal établi par le juge d'instruction, et où Boulemia avoue clairement son crime dans un cabinet dentaire à Bab El-Oued, le 22 novembre 1999. Mais coup théâtre : l'accusé nie tout ce qu'il avait soutenu auparavant. " C'était un scénario, c'est le général Toufik qui m'a sommé de faire cet aveu en me promettant que j'allais m'en sortir au maximum avec 15 ans de prison. " Il affirme que cette affaire n'est qu'un " scénario monté au commissariat central " et qu'il n'a pas été interrogé. Cette " sortie " de Boulemia plonge la salle n°3 du tribunal d'Alger dans une ambiance de bruit et de chuchotements. Mais le jeune avocat de la défense trouve là une aubaine pour donner une autre tournure au procès. Mr Khelil exige, en effet, la présence du général dont le témoignage est à ses yeux très " important ", faute de quoi il se retirerait de la défense. Mr Khelil, avocat de la partie civile, appuie la demande de son collègue et menace, lui aussi, de se retirer si le général cité n'est pas convovoqué. Le procès est à présent bloqué devant l'insistance des deux avocats, le président de la cour suspend momentanément l'audience et invite ces interlocuteurs à un " conclave " pour tirer l'affaire au clair. Et au moment où tout le monde attend le report du proies le juge et ses " invités " reviennent dans la salle et l'audience reprend normalement. Ce seront près d'une quinzaine de personnes qui défileront devant le juge et les avocats pour donner leurs versions des faits. Première à passer à la barre, Belkhir Lila, 28 ans, infirmière au cabinet dentaire où feu Abdelkader Hachani avait été assassiné, dévisage durant quelques secondes l'accusé et le reconnait comme étant celui qui avait tiré sur ce dernier. Un témoignage qui fera réagir Fouad Boulemia : " Je ne l'ai pas tué et je ne veux pas avoir le sang de Hachani sur la conscience. " " Quand ils t'ont ramené devant une quinzaine de policiers au commissariat, ils t'ont dit " dis que c'est lui (Boulemia, NDLR) l'assassin ". N'aie pas peur, il est chez nous, il ne te fera rien ! Dis la vérité et ne fait pas de " chahadate azour " (parjure, NDLR) ", lance l'accusé, visiblement décontenancé par le témoignage de l'infirmière. Le deuxième témoin, qui était également un patient le jour du meurtre, reconnaît lui aussi Boulemia. Au président de la cour qui lui demande s'il a vu Boulemia tirer, le témoin affirme : " Je l'ai aperçu le pistolet dans ta main de l'accusé et vu M. Hachani s'affaler. " L'autre témoin, un habitant du même immeuble, le théâtre du crime, Mustapha, âgé de 29 ans, qui reconnut lui aussi l'accusé, affirme qu'il avait accouru aussitôt qu'il avait entendu la détonation.

" Boulemia descendait les escaliers, un classeur à la main et faisait un geste pour probablement cacher son pistolet. Puis, j'ai couru jusqu'au marché, mais je n'ai rien vu. " M' Khelil lui demande pourquoi il n'a pas appelé sur le champ " au secours " ou crié " arrêtez-le ! " ? Le témoin ne répond pas. Il affirme néanmoins reconnaître Boulemia dans les photos que lui a montré la police. Appelée à la barre, la dentiste avoue qu'elle n'a rien vu étant dans son bureau, mais qu'elle avait effectivement donné un rendez-vous à Boulemia. Elle se souvient également avoir vu Hachani, " encore vivant ", " Je suis sortie immédiatement, et j'ai essayé d'appeler la DGSN mais ça sonnait occupé. J'ai alors demandé à un jeune d'alerter la police. " Une bonne dizaine de " témoins " se succèdent à la barre sans apporter un quelconque élément nouveau à la version des faits. Une exception, cependant. Le jeune gardien du parking faisant face à l'immeuble, lieu du crime, âgé de 32 ans, révèle qu'une voiture de type Super 5 avec deux personnes à son bord s'est garée dans le parking avant que le crime ne soit commis. Il précise que les occupants avaient de grands talkies-walkies, mais n'a pu apercevoir leur visage, puisque " la vitre était ouverte à demi ". " Ils m'ont fait peur et m'ont dit qu'ils étaient " fi mouhima " (en mission) et ils étaient restés à leurs places. " Sur ce dernier témoignage, le président de la cour suspend l'audience et donne rendez-vous à l'assistance à 14h30. Reprise donc de l'audience avec la plaidoirie de l'avocat de la partie civile. Mr Khelili fait d'abord une remarque de forme, en se demandant pourquoi on a prévu cet " important procès " un jeudi, en s'écriant " où est le public, c'est un procès politique : (...) Des personnes veulent liquider cette affaire en ne convoquant que les personnes qui sont juridiquement concernées ". Il proteste aussi sur le fait qu'il soit convoqué trois jours seulement avant le procès.



Ne se faisant pas d'illusion quant a l’issue de cette affaire, Mr Khelili lance : " Je défends les droits de la veuve de cette personnalité et je veux que les enfants de Hachani connaissent la la vérité sur l'assassinat de leur père, pour que cela soit inscrit dans l'histoire ". Tout en déclarant : " Nous demandons pas une réparation ", il soutient que " le témoignage du général Toufik est important pour faire la lumière sur ce crime ". Lui succédant, le procureur général précise que l'accusé a bénéficié de tous ses droits que lui accorde la loi, en termes de couverture juridique, et que " son aveu du crime devant le juge d'instruction prouve imparablement qu'il est coupable ". " Je comprends qu'il nie ici son crime ayant peur de confronter l'opinion, et c'est également de son droit d'user de tous les moyens pour clamer son innocence. Je suis cependant convaincu qu'il est coupable du meurtre ", conclut le ministère public brandissant un P-V de quatre pages où, d'après lui, sont consignés les aveux de Boulemia. Le procureur général, comme pour enfoncer davantage l'accusé, lit quelques extraits du fameux P-V et la lettre du GIA où il se félicite de l'assassinat de Hachani. Après quoi, le ministère public se référant à l'article 262 du code pénal, requiert la condamnation à mort de Fouad Boulemia.

L'avocat de la défense lancera d'emblée que le parquet " ne nous a pas fait de cadeau " en faisant remarquer qu'il a (le parquet) fondé son réquisitoire uniquement sur le fameux P-V du juge d'instruction. Il soutient qu'il doit être tenu de " ce qui a été dit dans la salle pour fonder un jugement ". " Si la partie civile ne reconnaît pas l'inculpation de l'accusé après les révélations qu'il vient de faire, comment la cour pourrait soutenir le contraire ? ", s'interroge Mr Khemis, qui revient à la charge pour demander la présence du général Toufik " qui n'est pas au-dessus de la loi, tout comme Bouteflika lui-même ". Il demande, séance tenante, à la cour de " protéger les droits de l'accusé " dans la mesure où, d'après lui, les aveux de Boulemia lui avaient été " extorqués ".

" C'est normal qu'il va dire tout ça devant des policiers et des officiers supérieurs, et en l'absence de son avocat ", s'étonne Mr Khemis, qui invite les journalistes a rapporter fidèlement le compte-rendu de l'audience, il brandit, ce faisant, le portrait robot du tueur dressé par la police, défie l'assistance de confirmer sa ressemblance avec Boulemia, auquel cas il accepterait la condamnation à mort de son client. L'avocat se demande aussi pourquoi " l'accusé (si ça avait été lui le tueur) n'avait pas pris avec lui la carte d'identité de Hachani et son classeur ". "Était-il à ce point fou pour se signaler à la police, alors qu'il souffrait en plus d'une rage de dents ? ", s'interroge bruyamment l'avocat. Il sollicite ce faisant, le parquet a " prendre en considération " la manière avec laquelle son client avait été interrogé, s'agissant du chef d'inculpation d' " homicide volontaire avec préméditation et guet-apens " et un bénéfice des dépositions de la loi sur la concorde civile pour celui d' " adhésion à un groupe terroriste armé ".

Le président de la cour demande à Boulemia s'il a un commentaire à faire. Et ce dernier, imperturbable, mais un peu tendu, réplique que " ce P-V est un scénario ". Après 30 minutes de délibérations, le juge prononce, sentencieux, le verdict condamnant l'accusé Fouad Boulemia à mort. Ce dernier, visiblement non surpris, se lève machinalement, salue de la main son cousin dans la salle et disparaît précipitamment flanqué de deux policiers.


HASSAN MO ALI
Liberte vendredi 13 - samedi 14 avril 2001
en.wikipedia.org - Fouad Boulemia
www.amazon.fr - Fouad Boulemia (Anglais)
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