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mercredi 28 novembre 2012

Faut-il juger les generaux par Mohamed Benchicou

Amnesty International vient de s'inviter, de façon spectaculaire, au débat sur la torture de l'armée française durant la guerre d'Algérie. Elle ne demande rien de moins que la traduction en justice des généraux français qui se seraient rendu coupables d'exactions à l'encontre des résistants algériens. Embarrassant. Embarrassant pour tout le monde. Pour les Français d'abord qui se voient obligés de répondre d'actes répréhensibles non plus seulement aux communistes français dont ils peuvent, à loisir, discuter de l'obédience, du passé ou des arrière-pensées, mais à une organisation humanitaire dont ils ont de surcroît soutenu, peu ou prou, l'obstination dans la recherche de la vérité. On assiste, en effet, à ce que l'on peut désigner comme une implacable logique d'une pensée, celle des droits de l'Homme, qui n'a cure des nationalités ou des circonstances et qui, conformément aux statuts d'Amnesty, prône à faire respecter la Déclaration universelle des droits de l'Homme. De ce strict point de vue, les Français se voient tenus de répondre d'actes aussi scandaleux que ceux dont s'est rendu coupable Pinochet, une bizarrerie de l'histoire qui a aussi ses acides ironies. L'affaire devient d'autant plus grave que le quotidien Le Monde daté du dimanche 3 décembre fait état de révélations d'historiens français qui parlent de l'emploi systématique de la torture par l'armée française durant la Bataille d'Alger, citant non seulement Pierre Vidal-Naquet, mais aussi des historiens comme Robert Bonnaud qui parle de « culture de la torture » ou des chercheurs qui n'hésitent pas à exhumer des textes de lois de l'époque coloniale qui légalisent la torture. Le débat prend incontestablement une autre tournure. Cela ne prête pas pour autant matière à jubilation pour les officiels algériens dont on a pu mesurer l'ampleur du silence gêné tout le long de ce débat et pour qui, il faut en convenir, la sortie d'Amnesty est motif de grand embarras : si l'organisation humanitaire demande justice pour des arbitraires commis en Algérie dans les années cinquante, elle est, de facto, autorisée pour les exiger pour des actes qu'elle soupçonne avoir été faits pendant les années quatre-vingt-dix et toujours en Algérie. Amnesty devient alors inattaquable : elle aurait revendiqué des autorités algériennes ce qu'elle exige ouvertement des autorités françaises. Bien des arguments nationalistes se trouvent ainsi dévitalisés. Tant pis pour le nationalisme. Mais que dire de plus ? Le débat est ouvert. Autant que les points d'interrogation : pourquoi l'organisation humanitaire indépendante, fondée en 1961 par l'avocat britannique Peter Benenson, éprouve-t-elle le besoin d'explorer des évènements antérieurs à sa création ? Difficile de ne pas faire de relation avec la récente mission d'Amnesty International à Alger. Donc, il faut désormais s'emparer de la question autrement que par les aboiements désemparés des nouveaux avocats des généraux algériens ou par ces stupides reparties de supplétifs officiels qui se donnent des accents de veuves outragées. Mais le système algérien le peut-il ?

Le Matin N2669 dimanche 3 novembre 2000

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