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mercredi 14 novembre 2012

CONAD, Centre operationnel national d'aide à la decision


Le gouvernement a décidé de doter le ministère de l'Intérieur et des Collectivités locales d'un instrument multisectoriel de prévention et de gestion des crises.

Cette décision prise suite aux différentes calamités qui se sont abattues sur le pays reste cependant confuse à la lecture du texte réglementaire instituant cet organisme et lui conférant ses prérogatives. Selon le décret exécutif n°03-332 du 8 octobre 2003 signé par Ahmed Ouyahia et publié au Journal officiel n°61 du 12 octobre 2003, un « Centre opérationnel national d'aide à la décision (CONAD) » est créé auprès du ministère chargé de l'Intérieur. Ce centre est un « instrument d'écoute et de veille » fonctionnant en tant que « service extérieur de l'administration centrale » pour prévenir et gérer les risques majeurs. Il a pour mission « de recueillir et d'exploiter toutes les informations se rapportant à la vie du pays susceptibles de prévenir et de faciliter la gestion d'événements de portée nationale risquant de générer une situation de crise et nécessitant pour son règlement une coordination intersectorielle et une prise de décision immédiate ». Il est chargé de « recueillir auprès des parties concernées les informations et les éléments nécessaires aux actions de prévention et de protection des personnes et des biens ». Il doit, en outre, « informer en permanence le ministre chargé de l'Intérieur de tout événement pouvant déclencher la mise en place d'un mécanisme d'intervention et de secours ».

Dans son organisation, ce centre est doté d'une « cellule opérationnelle », dirigée par le directeur général de la structure et de quatre directeurs d'études. Ces cinq postes ont pour statut « fonctions supérieures de l'Etat », classés et rémunérés en référence aux postes de wali et directeurs de l'administration centrale. Ils sont chargés de « collecter, centraliser, exploiter et suivre toutes les informations sur les événements et faits pouvant mettre en danger la sécurité des personnes et des biens ». Cette cellule doit également « évaluer les situations de crises, réagir par l'alerte des pouvoirs publics et identifier les moyens à mettre en oeuvre par les secteurs concernés ».

Le centre est également pourvu « d'un comité technique de liaison », présidé par le ministre de l'Intérieur. Il est composé des secrétaires généraux des ministères chargés de l'Intérieur, des Transports, des Travaux publics, de l'Hydraulique, de la Santé, de l'Habitat et de l'Urbanisme, de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement, de la Communication, ainsi que d'un représentant du ministère de la Défense nationale. Il se réunit une fois par trimestre et chaque fois que la situation l'exige sur convocation du ministre de l'Intérieur. Il a pour mission de recenser les moyens humains et matériels des secteurs concernés pouvant être mobilisés dans la gestion des crises.

Au niveau de chaque wilaya, le wali aura la charge d'une cellule locale de veille et de suivi composée des responsables des services de sécurité, de la protection civile, des transports, des travaux publics, de l'hydraulique, de la santé, de l'habitat et de l'environnement. Celle-ci est chargée de « collecter et d'exploiter toutes les informations et les données se rapportant à la vie sociale et économique ». Elle prend également en charge « la mise en place et la tenue à jour des plans d'organisation et de mise en oeuvre des interventions et des secours en cas de catastrophes : organisation des secours et autres plans similaires ». Le centre coordonnera les activités de chaque cellule locale et sera destinataire « de l'ensemble des informations collectées et exploitées au niveau local ». En tant que tel, le premier responsable du centre est tenu de présenter au moins une fois par an « un rapport d'activités assorti des perspectives en matière de prévention des risques de toute nature ou d'événements pouvant engendrer des situations de crises » au ministre de l'Intérieur. Le rapport final parviendra ensuite au chef du gouvernement.

Dans un pays comme l'Algérie, où les crises et les risques majeurs peuvent autant signifier un séisme ou des pluies torrentielles, que des émeutes telles que celles qui se sont produites à Tkout, Ouargla, ou en Kabylie, un tel instrument peut avoir différentes raisons d'exister. Au ministère de l'Intérieur, on atténue un tant soit peu la portée d'une telle décision en indiquant que ce centre n'a pour mission que de prévenir et gérer les catastrophes naturelles. Une sorte de base de données grandeur nature qui a pour visée de mettre à jour un fichier national des moyens humains et matériels pouvant intervenir en cas de catastrophes. Donc, les personnes à même d'intervenir et les moyens matériels (tentes, chalets, véhicules, médicaments ...) pouvant être réquisitionnés. Toutefois, à voir les attributions conférées au centre par ce décret, on peut quand même s'interroger sur sa fonction réelle, sachant surtout que les termes « d'aide à la décision, d'écoute et de veille » rappellent étrangement ceux « d'intelligence et de renseignements généraux ». Certes le CONAD a pour mission de recenser, centraliser, mobiliser et mettre à la disposition des pouvoirs publics les moyens humains et matériels nécessaires à la conduite des actions de protection et de secours. Cependant, ses prérogatives sont-elles trop floues pour que le CONAD soit seulement un centre de gestion des catastrophes naturelles ou ne sont-elles pas assez claires pour qu'il soit un service de renseignements généraux selon le modèle français. Ce service d'intelligence est lui aussi rattaché au ministère de souveraineté qu'est l'Intérieur. La question reste posée et sa réponse intéresse à plus d'un titre.

SAMAR SMATI
Le Quotidien d'Oran lundi 31 mai 2004

www.interieur.gov.dz - Centre national d’aide à la décision (CNAD)
www.infosoir.com
http://www.opgibouira.dz/Docs/Decret/decret5.pdf
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