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mardi 23 octobre 2012

Les revers MAFIEUX d'une economie mono-exportatrice


Les intermédiaires français se font légion

Les échanges commerciaux internationaux de l'Algérie sont pour beaucoup dans le développement de la corruption. Les flux financiers correspondants, caractérisés par la place centrale du pétrole, ont rythmé la vie du pays depuis près de quarante ans. Ballottée entre périodes d'afflux financier, où tout semblait possible, et baisse structurelle des prix des matières premières qui jeta l'ensemble des économies dépendantes dans les affres de la dette, l'Algérie ne réussit jamais à faire de son pétrole un avantage.


Pendant les négociations qui aboutirent aux accords d'Evian et à la proclamation du cessez-le-feu, le 19 mars 1962, la partie algérienne était représentée principalement par une délégation du FLN, L'ALN, dirigée à l'époque par Boumediene, exprima, entre autres, de fortes réticences sur les dispositions de l'accord qui cédaient à la France l'exclusivité de l'exploitation du pétrole. Une fois au pouvoir, Boumediene, évoquant à plusieurs reprises la nécessité de construire l'après-pétrole, prépara la nationalisation des hydrocarbures proclamée en 1971. Vingt ans plus tard, en 1991, une fois les caisses de l'Etat vidées, Alger ouvrit aux compagnies étrangères la recherche de nouveaux gisements de pétrole et de gaz, la priorité étant accordée aux firmes américaines et anglo-saxonnes. Mais la logique demeura celle d'une économie mono-exportatrice. Concentration du pouvoir, entrées de devises grâce à la vente du pétrole ou au recours immodéré à l'emprunt, le canal de la corruption à grande échelle est tout entier dans cette conjonction d'une économie dominée et d'un Etat otage d'une caste.

Le passage du monopole public aux "monopoles privés", n'a pas permis le nettoyage des écuries d'Augias. La caste au pouvoir s'emparant de l'économie privée ce sont finalement les mêmes, reproduisant au niveau économique les structures du pouvoir, qui continuèrent d'une autre manière à prélever leur dîme sur les flux économiques. De véritables systèmes de corruption se sont construits avec leurs propres règles, leurs ramifications, leurs hommes-clés au sein du pouvoir. La corruption dans la santé et l'agroalimentaire est plus ou moins identifiable, tant par ses mécanismes et son étendue, que par quelques-uns de ses auteurs. Il n'en est pas de même dans d'autres secteurs : celui de l'armement militaire et des équipements pour les services de sécurité est évidemment cadenassé. Cependant, la particularité commune à ces trois "champs d'opération" est qu'ils sont presque épargnés par la diminution des dépenses publiques. Les dépenses obligatoires qui y correspondent forment ainsi l'alibi et l'aubaine des opérations de corruption impliquant des réseaux nationaux et internationaux. La violence qui sévit depuis 1991 a donné prétexte aux marchands d'armes et à leurs intermédiaires, corrupteurs et corrompus confondus, de faire fructifier leur commerce de mort.

L'ensemble de ce système, s'il définit les conditions algériennes de la corruption, ne peut pas caractériser le phénomène dans son ensemble. Au corrompu, il faut un corrupteur. Depuis longtemps, les corrompus auraient fait faillite si le flux extérieur s'était tari. Or, les conditions de ce flux extérieur ne se résument pas à un apport neutre de liquidités. Il serait par trop injuste de penser que la corruption est une sorte d'invention algérienne, ou tiers-mondiste, liée à la jeunesse des nations, aux conditions de la libération. Le système colonial à sa part de responsabilité, mais l'appétit des industriels des pays développés, les pratiques commerciales internationales, et l'ordre financier de Bretton Woods ont su alimenter et développer les flux du pillage et de la corruption.



Comprendre les dérives des accords de Bretton-Woods

Les nouveaux intermédiaires (*)

Si Bouteflika, selon ses propres déclarations à la presse à l'issue de son voyage officiel en France, en juin 2000, est revenu à Alger les mains vides, cela ne signifie pas que les relations commerciales et économiques entre les deux pays sont en panne. Bien au contraire, 2003 a été une année très "fructueuse".

La particularité des échanges algéro-français, c'est d'emprunter des circuits opaques et de s'appuyer sur des intermédiaires occupant, ou ayant occupé, des fonctions qui leur ont permis de nouer des contacts à un haut niveau des deux côtés de la Méditerranée, et d'avoir des carnets d'adresses étoffés. Ainsi, se tissent des réseaux d'affaires réglementaires habituelles.

Du côté français, on trouve, par exemple, Jérôme Monod, l'ancien président de la Lyonnaise des eaux, puis de son conseil de surveillance, aujourd'hui conseiller de Jacques Chirac et considéré par certains comme le grand argentier du président français pour les présidentielles qui ont eu lieu en 2002.


Jérôme Monod : Sarkozy doit "redoubler d'efforts"

C'est un homme particulièrement actif en Algérie. En l'espace d'un an, il a effectué quatre déplacements à Alger, où il a été reçu par Bouteflika lui-même. Or, Jérôme Monod a été entendu par un juge d'instruction le 8 février 2001, au palais de justice de Lyon, comme "témoin assisté" et en tant qu'ancien président de la Lyonnaise des eaux (Suez actuellement) sur une affaire de fausses factures et d'évasion de fonds.

Autre personnage en vue à Alger, mis en examen en France il y a quelques années, Yves Bonnet, ancien patron de la DST, ancien préfet et actuellement député européen (inscrit sur la liste de l'UDF, il vient de rallier les radicaux de gauche). Il a créé en 2000 l'institut franco-algérien, qui ambitionne de resserrer les liens entre les deux pays dont on n'entend plus parler depuis.

Ce qui ne l'a pas empêché d"'accompagner" sa fille, Anne-Laure Bonnet, à Alger, à l'automne 2000. Celle-ci y représentait le laboratoire pharmaceutique Pierre-Fabre, dont elle est directrice de la communication, laboratoire qui a été impliqué dans le projet d'usine d'insuline en "chantier" depuis dix ans.

Troisième intermédiaire remarquable, et non des moindres : De La Rosière, ancien directeur du Trésor français et ancien gouverneur de la Banque de France, actuellement en fonction à la BNP-Paribas, et mis en examen dans l'affaire du Crédit lyonnais.

Au printemps 2000, il a séjourné en ces qualités à Alger, à l'invitation de l'Association des banques publiques algériennes, pour donner une conférence sur la coopération financière internationale. Quelques mois après ce séjour, la BNP-Paribas a été choisie par le gouvernement algérien en vue de préparer la mise en vente de concessions de téléphonie mobile en Algérie.

Pour rappel, la BNP-Paribas s'est vu signifier, en décembre 2000, un redressement fiscal de l'ordre de 266 millions de francs. A la même période, une de ses filiales, Cortal, proposait à un de ses clients d'investir au Luxembourg, paradis fiscal, où règne un "sctrict secret bancaire" et où "vous pouvez ouvrir et gérer votre compte sans vous déplacer".

Décidément, l'Algérie officielle préfère s'entourer d"'amis" français aux pratiques pas très nettes.

Djilali Hadjadj(Le Soir d'Algerie lundi 8 mars 2004 p.10)

(*) Les quelques exemples que nous citons ne sont pas exclusifs. La faune d'intermédiaires français et américains est particulièrement étoffée.




hoggarinfos.wordpress.com - Le trio d’assassins de l’économie Algérienne
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