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lundi 22 octobre 2012

Des banques a ciel ouvert


SÉTIF : MARCHÉ DU CHANGE INFORMEL DE DEVISES

Ssarf, ssarf ... ! ", c'est ainsi que vous serez abordé en plein centre-ville et aux abords même de deux grandes banques, par des cambistes de fortune qui agiteront, sous votre nez, de grosses liasses de billets de banque.

Le lieu de prédilection de ces jeunes débrouillards se trouve dans les rues Ben-Boulaïd et Amirouche, à quelques pas de la fameuse Aïn Fouara et sous les arcades même de la BNA et du CFA.

Il ne manque à ces bureaux de change ambulants que l'affichage des cours, car le client n'a qu'à demander. Dimanche, le taux de change, du FF était de 12,85 à l'achat et de 12,97 à la vente. Il est le même partout, et toute fluctuation du cours est immédiatement mise en application par tous. Le " téléphone arabe " est très performant par ici.

Fait remarquable, ces très efficaces agents de change se sont déjà préparés à l'échéance " euro " et il y a fort à parier que le passage tant attendu à cette nouvelle monnaie se fera sans aucun flottement. Les " petites " transactions, jusqu'à 100 000 FF (nouveaux), se font en pleine rue, à l'intérieur d'un véhicule ou dans un café.

Les sommes plus importantes et qui peuvent atteindre des millions de FF (nouveaux) s'échangent dans des lieux plus discrets, entre autres, un hôtel et un domicile des environs. Il est, en effet, nécessaire de compter l'argent et de vérifier s'il n'y a pas, dans le lot, de faux billets.

Les agents des banques avoisinantes sont, d'ailleurs, souvent mis à contribution pour visionner dans leurs machines les billets douteux. L'ampleur de ce phénomène dans cette ville, qui n'est même pas frontalière, s'explique par la formidable masse des opérations d'import qui se pratiquent dans la wilaya. Cet état de fait a heurté, à plusieurs reprises, le légalisme frileux des autorités et des services de sécurité et l'on nous a confié que la police a organisé, dans un passé récent, de vastes coups de filet et autres souricières qui auraient abouti à des saisies importantes de sommes en dinars et en devises étrangères.

En fait et depuis, nos cambistes de conjoncture ne s'encombrent plus de trop gros pécules. Ils ne sont, d'ailleurs et pour la plupart, que les intermédiaires bien rémunérés de gros négociants qui ont trouvé là, l'aubaine de s'ériger en banquiers à moindre frais. Il y a dans ce " Wall Street " parallèle de l'Algérie de nombreux commerçants qui pratiquent cette activité dans la plus grande sérénité, avec rabatteurs et thé à la menthe. Il ne leur faudrait qu'une enseigne.

Il faudra reconnaître, en effet, que si les opérateurs économiques privés, grands ou petits soient-ils, s'étaient contentés de recourir aux services des seules banques algériennes, il y a longtemps qu'ils auraient mis la clé sous le paillasson et Sétif ne serait certainement pas la ville prospère et dynamique qu'elle est aujourd'hui.

D. BENCHENOUF (Liberté vendredi 12 - samedi 13 octobre 2001)
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