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jeudi 13 septembre 2012

Philip Grant : C’est le premier coup de butoir à l’impunite en Algerie

Entretien avec Philip Grant
« C’est le premier coup de butoir à l’impunité en Algérie »
La Nation
Mardi 25 Octobre 2011

La Nation : Êtes-vous déçu du fait que les autorités suisses, le Ministère public de la Confédération (MPC), n’aient pas placé en détention préventive Khaled Nezzar ?

Philip Grant : Le général Nezzar est déjà reparti. Il serait même, selon les informations de la Télévision Suisse Romande, à Alger. C’était prévisible. Oui, je suis déçu. Mais je ne vous cache pas aussi notre satisfaction de la manière dont les autorités de poursuite fédérales ont réagi et surtout la vitesse avec laquelle elles ont décidé d’agir.

Nous avons appris la présence du général Nezzar en Suisse en début de semaine dernière, son arrestation est intervenue jeudi matin. Un temps relativement court pour saisir la portée d’un dossier de ce genre. Le Ministère public de la Confédération a pris d’emblée cette affaire très au sérieux et y a attaché toute l’importance qu’elle mérite.

Cela dit, il est vrai que le risque de fuite était évident. Et je ne vois pas qu’est-ce qui inciterait le général Nezzar à revenir pour se soumettre à la suite de la procédure. En tant qu’ONG, nous aurions été pour une autre solution que sa remise en liberté. Mais à partir du moment où il a clairement affirmé qu’il allait revenir, nous allons voir s’il tiendra parole, si c’est un homme d’honneur.



L'invité de la rédaction : "Les victimes croisent leurs bourreaux dans la rue." Philip Grant (Directeur de l'ONG Trial)
Le site de l'émission: http://www.rts.ch/la-1ere/programmes/l-invite-du-journal


Le simple fait qu’une affaire soit en cours et qu’elle porte sur des crimes de guerre, constitue, pour nous, une satisfaction. C’est le premier coup de butoir à l’impunité en Algérie. Je n’ai pas connaissance d’affaires qui seraient allé aussi loin pour des faits liés à la guerre civile. Mais ce n’est pas la fin de l’affaire Nezzar. Il est prévenu (mis en examen : NDLR) de crimes de guerre. La procédure pénale va de l’avant.

La Nation : La Suisse aurait-elle vraiment pu prendre le risque d’ouvrir une crise politique et diplomatique avec l’Algérie en maintenant en détention Khaled Nezzar? L’expérience libyenne, suite à l’arrestation de Hannibal Khadafi en 2008 est encore dans toutes les mémoires ...

Philip Grant : Je pense que ce genre de raisonnement a peut-être traversé l’esprit des gens qui ont pris la décision de le remettre en liberté.

Mais force est de constater que cela n’a pas empêché l’ouverture d’une instruction contre le général Nezzar et encore moins de l’arrêter. Et puis attention aux termes utilisés. Ce n’est pas la Suisse qui mène cette affaire. On a à faire à l’Autorité de poursuite pénale de la Confédération. Elle est indépendante et ne prend pas ses ordres auprès des politiciens. Impossible pour mois de répondre à la procureure de la Confédération en charge du dossier, pour vous dire si oui ou non ces considérations entrent en ligne de compte.

Mais s’il y avait eu mise en détention préventive du général Nezzar, il y aurait eu possiblement une crise diplomatique qui se profilait à l’horizon.

La Nation : quels sont les scénarii envisageables, un procès en Suisse, devant la justice internationale ?

Philip Grant : Si un procès devait avoir lieu, nous aurions souhaité qu’il se déroule au plus près de là où les crimes ont été commis. Pour autant qu’il puisse se faire dans des conditions satisfaisantes autant pour l’accusé que pour les victimes. L’accusé a droit à un procès équitable. Ses droits doivent être respectés. Il est aussi important que les victimes puissent prendre part à ce type de procédure dans des conditions de sérénité, de sécurité absolue. Mais beaucoup de gens me rejoindront pour dire que les conditions ne sont pas remplies aujourd’hui en Algérie et même si elles étaient remplies, il y a des obstacles juridiques en raison des dispositions découlant de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale (septembre 2005, NDLR).

Il reste comme autres possibilités des procédures à l’étranger, comme en Suisse, des tribunaux internationaux n’entrant pas en ligne de compte.

http://www.lanation.info/Entretien-avec-Philip-Grant_a417.html
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