Recherche personnalisée

vendredi 7 septembre 2012

Ce sont les memes acteurs



Les regards ont cessé de se porter vers l'armée car celle-ci a elle-même cessé de se positionner publiquement sur des événements qui secouent la scène politique.

Par Bachir Medjahed

L'armée n'est plus sollicitée. Ceux qui s'estiment impuissants à arrêter ce qui est perçu comme un rouleau compresseur répressif, se tournent vers la communauté internationale. Le contexte a vraiment changé. Ceux qui faisaient front derrière l'Etat, ou plutôt derrière le pouvoir, pour dénoncer les ingérences étrangères en réclament maintenant. Et pourtant, ce sont les mêmes acteurs, pratiquement depuis 1996, qui évoluaient et qui évoluent, aujourd'hui, sur la ligne de fracture entre le pouvoir et l'opposition.

En 1996, Ouyahia était chef de gouvernement, Zeroual Président. La cause « sacrée » de la lutte antiterroriste plaçait la presse dans le cas du soutien au pouvoir pour dénoncer les ingérences étrangères. L'incarcération pratiquement massive des cadres plaçait le pouvoir et la presse dans des camps opposés.

En 2004, Ouyahia est chef de gouvernement et Bouteflika Président. Seuls les présidents sont donc appelés à changer.

La cause de la lutte antiterroriste n'apparaît plus consensuelle depuis qu'il est proposé de la faire accompagner par la réconciliation nationale dont la démarche et les éléments constitutifs ne sont pas identifiés. L'incarcération de journalistes place le pouvoir et la presse dans des camps opposés. Il est vrai que cela n'est pas nouveau, et que ce n'est pas la conséquence du résultat de l'élection puisque 1a fracture entre ce même pouvoir et cette même presse, pré-existait a l'élection présidentielle.

En 1996, l'incarcération des cadres était imputée à Ouyahia par cette même presse, et non à Zeroual. En 2004, l'incarcération des journalistes est imputée à Bouteflika et non à Ouyahia. Pourquoi avoir chargé Ouyahia et déchargé Zeroual lors de l'incarcération des cadres. Zeroual, n'était-il pas le premier magistrat du pays, élu, alors qu'Ouyahia n'était qu'un fonctionnaire placé à la tête d'un gouvernement constitué de fonctionnaires puisque le RND s'était présenté aux élections six mois après qu'Ouyahia devint chef du gouvernement.

Pourquoi, aujourd'hui, faire l'inverse : à savoir charger Bouteflika, élu, et décharger Ouyahia, également élu, donc « politique ». Il conviendrait donc d'ouvrir une piste de réflexion pour la mettre au centre d'un débat. Comment s'élabore de processus de décision au sommet de l'Etat ?

Ceux qui sont actuellement au pouvoir ne s'engageront pas sur un tel débat davantage si celui-ci est public. Ceux qui sont dans l'opposition et qui n'ont jamais été au pouvoir, ne sont sûrement pas bien placés pour fournir des éléments de réponse. Un tel débat devrait donc faire intervenir d'anciens chefs de gouvernement qui se sont libérés du silence pour s'être impliqués dans l'élection présidentielle passée.

Hamrouche, Sifi, Benbitour et Benflis pourraient bien y apporter leurs éclairages. Benbitour est celui qui s'est le plus exprimé à ce sujet, ayant motivé sa démission. Benflis a amorcé le débat, mais s'est arrêté au milieu du gué. Il a plus particulièrement parlé des nominations qui ne se font plus par décret exécutif. Sifi a ignoré ce sujet pour l'époque qui le concerne. Hamrouche également. A leur décharge, Hamrouche et Sifi n'étaient pas des élus quand ils avaient été désignés chefs du gouvernement. Ils n'avaient donc pas à défendre des promesses faites aux électeurs. Hamrouche est un cas particulier. En tant que chef du gouvernement, il appliquait son propre programme, celui des réformes qu'il avait fait mûrir à partir de la présidence de la République, à partir de 1986.

Depuis, tous les chefs du gouvernement ont fait du Hamrouche sans Hamrouche. Tous les présidents successifs s'étaient engagés à achever l'oeuvre des réformes ... de Hamrouche.

La crise, ceux qui sont au pouvoir l'imputent toujours aux résistances au changement pratiquées par l'opposition, bien sûr. Ouyahia l'impute également aux mentalités qui ne se sont pas adaptées. L'opposition l'impute, bien sûr, au pouvoir.

Mais il n'appartient pas à l'opposition de solutionner la crise, car d'une part, il y a des élus pour ça, et ces élus sont au pouvoir. D'autre part, quelle étendue du champ décisionnel revient-elle à l'opposition quand on sait que même le champ politique n'est pas le lieu où s'exprime la souveraineté. Que le pouvoir joue son rôle et prenne les dé¬cisions. Mais qu'au moins, soit con¬nu celui qui a pris la responsabilité. Comment il l'a prise ? Pourquoi il l'a prise ? Et en vertu de quelle disposition constitutionnelle et de quel, cadre réglementaire ?

Le bruit court que le Président est le seul à décider de tout. Pourquoi alors ne pas former un gouvernement constitué exclusivement de cadres de l'administration ? Pourquoi rendre le gouvernement responsable devant l'APN, sachant tout de même qu'avec les députés qu'on a, cela est de pure forme ?

S'il y a bien eu l'intention exprimée d'induire des réformes dans les institutions de l'Etat, il faudrait d'abord commencer par l'étude du processus de décision au sommet de l'Etat, de sa chaîne de transmission, puis de sa diffusion jusqu'aux autorités administratives locales, etc..

Qui décide enfin dans ce pays ?

Le Quotidien d'Oran jeudi 24juin 2004

Recherche personnalisée