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mercredi 29 août 2012

Qui est Khelifa ?

Non seulement parce que le groupe est le sponsor officiel de l'Équipe nationale, mais surtout parce qu'il commence sérieusement à inquiéter les tours économiques françaises. A tel, point que le journal sportif L'Équipe dans sa livraison du jeudi 4 octobre, titrait dans un article : « Le mystère de Khalifa Airways », s'interrogeant sur l'ascension fulgurante de son responsable, Rafik Abdelmoumen Khelifa qui, en l'espace de quelques années, a bâti un empire financier d'un milliard de dollars et qui n'a pas hésité à investir plus de 18 millions de francs pour assurer le maintien, en première division, de l'un des plus prestigieux clubs du football français : l'Olympique de Marseille.

Considéré comme l'un des plus importants employeurs en Algérie, après la Sonatrach et la Sonelgaz, le groupe Khalifa emploie plus de 9 000 personnes et tire sa puissance financière de la banque, avec ses procédés révolutionnaires, mais surtout de sa compagnie aérienne qui couvre plus de 30 destinations à l'intérieur et à l'extérieur du pays.

Si le succès story de Rafik Abdelmoumen Khelifa a alimenté toutes les rumeurs sur la provenance de sa fortune et sur le secret de réussie de ses entreprises ... c'est en grande partie, parce que le responsable du groupe ne s'est jamais exprimé et n'a jamais voulu accorder d'interview. Avec le livre Histoire d'un envol de Denyse Beaulieu, Rafik Abdelmoumen Khelifa se confie et dit tout sur l'origine de son succès.

Mais avant cela, l'homme se comporte en véritable maître de la communication et calcule sa sortie médiatique à l'occasion du match historique entre la France et l'Algérie. Sa première interview sort à la fois dans la revue Valeurs Actuelles avec la présentation détaillée de son groupe et la librairie avec son autobiographie Rafik Khelifa, l'histoire d'un envol.

L'envol en question, Rafik l'a vécu comme un conte de fées.

La famille Khelifa est originaire d'El-Oued. L'arrière-grand-père de Rafik Khelifa est commerçant de dattes assez prospère pour l'époque. L'un de ses fils, n'est autre que Mohamed El-Aïd El-Khelifa, le poète et homme de lettres célèbre et proche collaborateur d'Abdelhamid Ben Badis, le leader du mouvement des Oulémas créé en 1931. Il présidera notamment la délégation qui rencontrera à Paris en 1936, Léon Blum, le chef du gouvernement français.

Le grand-père de Rafik Abdelmoumen était un homme sévère et fier du succès scolaire de son fils Laroussi. Mais, sur les conseils d'un ami, il décide d'en faire un matelot.

Ce que ne sera jamais le jeune Laroussi Khelifa. A quinze ans, il obtient une bourse pour faire ses études en France.

Elève surdoué, il multiplie les succès scolaires et décroche diplôme après diplôme : ingénieur agronome, licencié ès sciences et sciences politiques. En 1952, il obtient, à Versailles, les palmes académiques du plus jeune professeur de l'Ecole d'agriculture de Versailles et en 1955, alors qu'il venait d'être nommé sous-prefet de la France par décret, il est rappelé par la Révolution. Il rejoint, au Maroc, le cheikh Mohamed Kheireddine, ambassadeur du GPRA. Le cheikh présente son ancien élève au colonel Boussouf, chef de la wilaya V dont Laroussi Khelifa sera plus tard l'adjoint direct au cours de sa fulgurante ascension au sein des services de renseignement algériens.

Lors de la mise en place du premier GPRA en 1957, le colonel Boussouf est nommé ministre de la Guerre et des Liaisons et le père de Rafik Abdelmoumen devient alors son directeur de cabinet.

Homme de l'ombre, il s'initie aux méthodes de la lutte et du renseignement.

Après l'indépendance, Laroussi Khelifa est nommé secrétaire général du MALG, aujourd'hui ministère de la Défense. Il est ensuite nommé par Ben Bella au poste hautement sensible de ministre de l'Energie et de l'Industrie.

Mais très vite, Laroussi marque son désaccord avec la politique socialiste menée par Ben Bella et démissionne.

Il est pourtant nommé ambassadeur d'Algérie à Londres en 1964 et il vient d'épouser Farida Kébache, l'aînée d'une famille bourgeoise de Béjaïa.

En 1965, Laroussi Khelifa est nommé président-directeur général d'Air Algérie, par Houari Boumediene. Mais là encore, il n'est pas en accord avec la politique menée par son ancien compagnon d'armes, à tel point qu'on le soupçonne d'avoir participé directement à la tentative de coup d'Etat menée par le chef d'état-major, le colonel Tahar Zbiri.

Ce dernier s'exile alors que Laroussi Khelifa est arrêté et condamné à deux ans de prison par le tribunal militaire d'Oran, pour subversion de 1967 à 1969.

A ce moment-là, Rafik Abdelmoumen avait un an. Il est né le 1er octobre 1966 à Béjaïa. Sa mère était revenue de Londres pour accoucher dans sa ville natale, auprès de sa famille. Cette période douloureuse, la petite famille Khelifa, l'a vécue en silence et à sa sortie de prison en 1969, Laroussi Khelifa se retrouve seul face à son destin. Il décide alors de retourner avec beaucoup de courage et de détermination à l'université à l'âge de 48 ans, pour compléter son cursus et décrocher un diplôme qui lui permettra d'ouvrir une petite pharmacie pour subvenir aux besoins de sa petite famille.

Mais en 1990, le père, Laroussi, disparaît brusquement à la suite d'une longue maladie. Cet événement douloureux pour tous, va pourtant changer complètement le cours de la vie des Khelifa et projeter son fils Rafik Abdelmoumen, alors jeune diplômé, au centre d'une des plus grandes réussites financières algériennes.

En prenant en charge l'officine familiale, Rafik Abdelmoumen ne savait pas qu'il allait être à la tête de l'un des plus grands groupes financiers algériens du moment. Ayant une vision avancée sur les choses et surtout un sens excellent du marketing, Rafik Khelifa aimait, comme son père, surmonter les défis.

Armé seulement de son désir de réussite, il part en France à la quête du succès et réussit à convaincre un fournisseur de matières premières pharmaceutiques et un fabricant d'emballages de lui avancer la marchandise sans la payer. C'est à partir de cette aventure économique risquée qu'est né en 1991, KRG (Khelifa, Raymond et Gabriel) ses deux partenaires en France.

Peu à peu, l'entreprise se développe et Khelifa crée une unité de production en France aux côtés de ses associés. Par un travail sérieux et une rigueur exemplaire, Khelifa réussit à s'imposer sur le marché national du médicament avec un pourcentage de 20 %.

Cette réussite financière et économique ne stoppa pas son ambition démesurée et Rafik Abdelmoumen continue à croire en sa bonne étoile.

Devant l'ouverture du marché et le lancement du processus de réformes économiques visant à encourager l'investissement du privé, Khelifa décide de se lancer dans l'expérience bancaire.

La première agence est ouverte le 2 août 1998 à Alger.

Le succès est immédiat. L'introduction d'une carte de crédit nationale et internationale sur les réseaux visa et master, un service d'exploitation bancaire moderne et surtout l'octroi de crédits facilitant l'investissement, sont autant de critères qui ont fait la notoriété de d'El Khalifa Bank, qui, avec sa soixantaine d'agences et probablement le double dans une année, constitue une sérieuse menace pour la santé financière des banques étatiques.

Avec ce double succès, Abdelmoumen Khelifa se voit pousser des ailes et décide de monter encore plus haut dans la société en créant sa propre compagnie aérienne : Khalifa Airways. Son premier vol domestique a été effectué en août 1999 à destination d'Oran.

Le 16 septembre 1999, Khalifa Airways s'apprête à effectuer ses deux premières dessertes françaises sur Lyon et Marseille. Et comme d'habitude, c'est Rafik Abdelmoumen qui effectue personnellement la tournée d'inspection pour observer le bon déroulement de l'opération et là, il découvre, stupéfait, 200 personnes en rade à l'aéroport Houari-Boumediene, abandonnées par Air Algérie.

Sans plus tarder, il décide d'embarquer tout le monde pour la France. L'affaire a provoqué la colère des responsables de l'aviation civile, qui ont accusé, à l'époque, Khalifa de faire de la concurrence déloyale à Air Algérie.

Mais, avec ses trente avions, dont 12 Airbus dernier cri, Khalifa Airways va dominer l'aviation civile algérienne, surtout que la flotte d'Air Algérie est surannée et que les autres compagnies privées ne font pas le poids devant le géant Khalifa.

D'ailleurs, l'une des compagnies privées, Antinéa, au bord du gouffre financier, a été rachetée par la compagnie d'Abdelmoumen, sauvant ainsi le personnel du chômage en renforçant sa flotte.

Aujourd'hui, avec cette réussite exemplaire, le transport aérien représente 45 % de l'activité du groupe, 50 % pour la banque et le reste divisé entre l'activité pharmaceutique, le catering et la location de voitures.

Abdelmoumen signifie littéralement le fils du croyant et avec cette baraka, tout ce que touche Khelifa se transforme en or. Cet homme d'affaires exceptionnel de trente-cinq ans compte notamment investir dans la construction de logements, la navigation maritime et aussi l'audiovisuel puisqu'il a émis le voeu de racheter la chaîne d'info continue arabe ANN.

Bref, Rafik Khelifa croit en l'idée qu'il vaut mieux briller en étant une étoile dans le ciel, qu'en s'éternisant à rester une simple lampe dans une chambre.

Son seul regret, peut-être, est que son père n'ait pas assisté à cette revanche sur le destin et son ascension foudroyante dans le monde difficile des affaires.

SALIM AGGAR
L'Expression jeudi 18 Aout 2001




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