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lundi 6 août 2012

Pour Tahar Djaout : Nous dirons et nous vivrons ...


Jamais depuis son assassinat en mai 1993, les mots de Tahar Djaout n'ont été aussi actuels. " Dis et meurs ..." pourrait être aujourd'hui le credo, le ciment de la presse indépendante. Djaout et ceux qui l'ont accompagné dans la mort et tous leurs confrères ne se sont pas tus ni sous les balles des islamistes armés ni sous la pression des régimes précédents.

Le pouvoir en place croit pourtant mieux faire en utilisant la loi pour s'assurer du silence des journalistes. Le meilleur hommage à Tahar Djaout est l'engagement de la corporation à défendre son droit de dire, car ce droit a été trop chèrement payé pour reculer devant les pitoyables convulsions d'un système acculé à museler la presse pour survivre.

Le pouvoir et ses alliés " disposent peut-être de moyens énormes d'intimidation, de manoeuvres multiples pour affaiblir les titres indépendants mais il n'a pas la puissance que l'on puise dans la mémoire des luttes, le souvenir des martyrs et le soutien des citoyens. Le sacrifice de Tahar Djaout à lui seul suffirait à réinsouffler l'énergie nécessaire pour poursuivre te chemin vers la liberté d'expression.



Omar Belhouchet a été l'une des personnalités qui ont témoigné de la personnalité et du combat de Tahar Djaout à l'occasion de l'anniversaire de sa mort, commémoré le 4 juin 2011 à la Maison de la culture Mouloud Mammeri.
La presse algérienne, si elle trébuche parfois, se relève toujours, car elle n'a d'autre alternative que de respecter ce sacrifice et ceux de tant d'autres des siens. Ce n'est certes pas un texte juridique rejeté par les démocrates et les patriotes de ce pays qui forcera les journalistes à tourner le dos aux souffrances de leurs concitoyens, à trahir Djaout et se vautrer dans la flagornerie et l'unanimisme.

Ils sont les plus forts dans cette guerre menée contre les libertés publiques car eux sont dans le même camp que les victimes de Kabylie, des massacres des groupes armés, du même bord que les cadres marginalisés, des femmes humiliées, des jeunes désespérés, de l'amazighité bafouée et des vrais moudjahidine ignorés.

Du côté de ceux qui n'ont pas de sang sur les mains.

Lorsqu'on a comme symbole Djaout, il est, c'est vrai, plus facile d'avancer dans la lumière. La bataille qu'engagent aujourd'hui les journalistes algériens qui ne veulent plus perdre la parole, rejoint celles qui sont menées, pour qu'enfin ce qui se trame dans l'ombre contre l'avenir de l'Algérie soit révélé au grand jour et défait définitivement. Que les décideurs se résignent à admettre que les citoyens, dont les journalistes, n'ont plus aucune disposition à jouer les cobayes ou les faire-valoir aux yeux de la communauté internationale. Ils ont probablement imaginé nous accorder une récréation " le temps de se recycler puis de siffler le retour au placard ". Très mauvais calcul si c'est le cas, car " cette récréation " a été durement acquise et non offerte, et nous planifions, une très très longue période de liberté.

Parce que les journalistes indépendants ont été à bonne école. À l'école de Tahar Djaout.

Ghania Khelifi
Liberté mrcredi 23 mai 2003


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