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lundi 6 août 2012

Lagraa Boukricha fait une sortie fracassante


On connaît bien Fayçal Ouaret, éminent architecte et critique d'architecture, mais il a surpris plus d'un dans sa reconversion en versant dans le roman notamment avec sa dernière sortie représentée par un conte populaire intitulé Lagraâ Boukricha, un mendiant dans la médina. Édité par la Maison Barzakh, ce roman de 96 pages est le récit d'une belle histoire de fiction reprise du patrimoine national et qui a trouvé, sous la plume de Fayçal, une authenticité vivante et une splendeur fascinante. Après avoir tenté une première expérience en peaufinant un recueil sur les lettres intitulées : " J'ai déserté mes sentiers de pierre ", Fayçal s'est ensuite intéressé à l’écriture des romans. Il s'est attelé à la conquête du conte populaire en plongeant dans la pure tradition algérienne et en usant de la culture de l'oralité.

Défenseur acharné de la morale, il a su incarner dans le personnage mythique de Lagraâ Boukricha, la sagesse, l'humilité, la liberté, la dignité et le respect. " Je voulais, par ce récit, contribuer, d'une manière modeste, au retour à la morale sociale dans son sens le plus large ", nous confie Fayçal. Ce roman que l'auteur commence par la traditionnelle et célèbre phrase souvent utilisée, par nos grand-mères comme " chapeau " pour le contes populaires. " Ya sada ya mada, conduisez-nous sur le chemin du bonheur ... " Il raconte qu'il était une fois un jeune monarque nommé Ammar qui venait d'accéder au trône, succédant ainsi, à son père le sultan Khier. A sa mort, le père avait laissé la province et son peuple dans un état de prospérité et de bonheur. L'héritier qui s'affirme aussi bon monarque que son père, faisait chaque soir le même rêve, il voyait le visage d'une femme inconnue qui lui répétait la même sentence : " Tu es condamné à accomplir sept ans de vie dure, dénué de toutes les richesses, pour aller vivre dans une province où personne ne te connaît et de partager avec les humbles les moments les plus pénibles. Ammar dut abandonner le trône de nouveau à son oncle qu'il nomma régent pour la durée de son absence et il partit ...

" L'histoire continue avec un style agréable et des faits attrayants. En abordant plusieurs thèmes au passage notamment la femme et son rôle dans la société, l'auteur a essayé d'expliquer que dans cette société, si elle demeure traditionnelle, la femme est omniprésente et son rôle est important notamment dans la prise des décisions liées au destin de l'homme, à commencer, dans cette histoire, par la femme qui apparaît dans le rêve, sa mère et ensuite la fille du sultan qui tomba amoureuse. Ce conte revêt, sous la plume de Fayçal, une dimension supplémentaire avec la nécessité du retour aux valeurs morales et leur réhabilitation dans la société en faisant de l'histoire de Lagraâ Boukricha un exemple de moralité et comment puisqu'il était prêt à refuser toute forme de richesse et toute sorte de pouvoir pour rester mendiant mais honnête et libre. Un point sur lequel Fayçal revenait chaque fois dans ce récit et y insistait énormément.

Toutefois, le lecteur en lisant certains passages " entre les lignes ", comme le mentionne l'éditeur, certaines situations ressemblent drôlement à notre actualité. Et comme le précise Fayçal : " Notre société devrait retrouver une moralité perdue c'est notre base, et nos enfants ne peuvent découvrir le monde qu'à partir d'une base ". Un conte qui mérite vraiment d'être lu d'autant plus que sa première parution à la récente Foire internationale du libre fut largement appréciée. On signale toutefois que Lagraâ Boukricha est disponible dans les librairies à un prix abordable.

Khalil Hedna
Liberté mercredi 4 octobre 2000

www.behance.net - Lagraa Boukricha
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