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samedi 4 août 2012

Aissa Kechida : La confiance ne se decrete pas


Aissa Kechida, ancien compagnon de Mohamed Boudiaf

Le Matin : Le 47e anniversaire du 1er Novembre intervient à un moment où le mouvement de citoyens s'insurge contre le pouvoir et rejette tout ce qui le représente ; il se réapproprie Novembre et en rappelle l'esprit, à savoir l'équité et la justice, et le revendique. Comment expliquez-vous cette réaction, vous qui avez été proche de Boudiaf, un des artisans de l'appel du 1er Novembre ?

Kechida : La symbolique de Novembre, c'est le rassemblement de tous les Algériens. Les concepteurs, Boudiaf et Ben Boulaïd, ont pensé qu'il fallait dépasser la crise au sein du PPA-MTLD. Le courant réconciliateur insufflé par le défunt a mené au rassemblement de toutes les tendances, d'où le congrès, puis le déclenchement de la Révolution dont l'impact n'est plus à démontrer. Le Front de libération nationale avait réussi un exploit, celui de ramener l'Indépendance. Aujourd'hui, nous vivons une situation de crise, dont l'issue dépend des capacités de dialogues des uns et des autres. Permettre la démocratie et la liberté d'expression sans exclusive en est la seule issue. Si en 2001, les jeunes brandissent la plate-forme de Novembre, cela signifie deux choses : la première est que les concepteurs ont eu une vision juste et à long terme, la seconde est que malheureusement l'esprit de Novembre n'a pas été respecté, d'où l'impasse. Je déplore néanmoins, le recours des jeunes à la violence, même si leurs revendications sont légitimes.


Blasés, les jeunes se sont révoltés et le mouvement de citoyens qui les encadre va jusqu'à empêcher les officiels de commémorer l'événement avec eux, comme ce fut le cas pour le 20 Août dernier à Ifri, et le sera aujourd'hui à Ighil Imoula. Comment interprétez vous cette réaction ?

Quelque part, on a failli. Je me souviens du retour de Boudiaf en pleine crise, comme avant Novembre 1954. En janvier 1992 en plus de la désobéissance civile, il y avait l'éclatement des forces, il envisageait un cadre rassembleur, d'où l'idée de la création du Rassemblement populaire national. Mais il avait surtout son regard à l'égard de la jeunesse qui a eu foi en lui. Il soutenait que nous, l'arrière-garde, devions céder la place, tout en étant aux côtés de cette jeunesse qui ne demandait qu'à prendre ses responsabilités et permettre ainsi la relève.

« Nous pouvons être organisés, les jeunes doivent constituer le contre-pouvoir et moi le chef de l'Etat, je dois dialoguer avec eux », c'était une conviction que nul n'a réussi à ébranler en lui. La jeunesse a dû le comprendre puisqu'elle a déploré sa disparition.

Boudiaf a su provoquer un déclic, son assassinat a ajouté au dépit d'une jeunesse marginalisée et en mal de repères ; aujourd'hui nul ne peut prétendre canaliser la haine du pouvoir et de ce qu'il incarne. Quel était son secret ?

Aucun. Il prônait le dialogue, principalement entre notre génération et la vôtre, il avait un esprit de rassembleur. Je le redis, seul le dialogue et la démocratie peuvent désamorcer une crise comme celle que nous vivons. L'activité politique partisane ne mène à rien, les jeunes ont rejeté tous les partis parce que non crédibles à leurs yeux. La confiance ne se décrète pas, elle s'acquiert et ce n'est pas un mince exercice. J'espère que la raison et l'intérêt de la nation passeront avant toute autre considération, et c'est là l'âme du 1er Novembre

Propos recueillis par S. Azzouz

* Membre de l'ONM, ancien compagnon de Boudiaf. C'est dans sa maison que le groupe des six historiques a tenu sa première réunion clandestine

Le Matin N2948 jeudi 1er novembre 2001

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