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samedi 18 août 2012

5 Octobre 1988 - 5 Octobre 92 (LA TORTURE GRATUITE)

Parmi les grandes énigmes des émeutes d'octobre 88, l'opinion publique retiendra, entre autres, le traumatisme causés par les centaines de cas de torture, subies en grande parie par des adolescents dans différents centres à Alger et ses environs.

Par KHALED MAHREZ

Le caractère massif des arrestations et les tortures bestiales, insensées (si tant est qu'une torture puisse être sensée) ne répondaient pas toujours à un impératif de sécurité ou de recherche d'informations dans le cadre d'enquêtes des services de sécurité concernés. Les témoignages recueillis par le comité algérien contre la torture (CACT) et consignés dans le " cahier noir d'octobre " montrent que les sévices subis, notamment par les jeunes et les adolescents, relèvent plus de l'expédition punitive que de l'investigation sur les émeutes d'octobre et leurs auteurs.

Globalement, les témoignages recueillis par le CACT concernent deux catégories de personnes torturées. Celles qui ont été arrêtées la veille ou l'avant-veille du 5 octobre, soupçonnées d'être les instigateurs " de la grève ou des événements qui vont venir " et les centaines de jeunes qui l'ont été après.

Le fait que les services de sécurité aient torturé des citoyens pour leur faire avouer leur participation dans les événements qui allaient suivre prouve au moins qu'ils étaient parfaitement au courant de l'imminence de ces événements. Ce qui rend d'autant plus incompréhensible l'absence des forces de sécurité des rues d'Alger alors que les bandes de jeunes s'en donnaient à coeur joie pour saccager tout ce qui symbolisait l'Etat.

Leur brutal réveil, dès le lendemain et les atrocités commises contre des centaines de jeunes, dont beaucoup avaient été arrêtés uniquement parce qu' " ils se trouvaient là " est tout aussi incompréhensible.

Les exactions, les arrestations arbitraires et la torture existent depuis l'indépendance, mais elles étaient plus ou moins " ciblées ". Même après le coup d'état de 1965, les arrestations et la torture touchaient des opposants réels ou potentiels au pouvoir qui venait de s'installer. Jamais elles n'ont été aussi " gratuites ".

Les blessures physiques et morales subies par les torturés resteront à jamais comme une tâche noire dans l'histoire récente du pays.

Des Algériens ont été frappés à mort, subi la gégène de sinistre mémoire, insultés et humiliés sans qu'ils sachent exactement pourquoi.

Des jeunes ont subi des sévices sexuels avec une incroyable cruauté. Et dire que la loi d'amnistie votée par l'APN une année seulement après a définitivement couvert les tortionnaires.

El Watan lundi 5 octobre 1992


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