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vendredi 17 août 2012

5 Octobre 1988 - 5 Octobre 92 (La douleur persiste)

A 23 ans, Mourad Kerkache est condamné à passer le reste de sa vie sur une chaise roulante. Pour lui, le 5 octobre est plus qu'une date historique d'une Algérie en pleine ébullition, c'est un moment douloureux gravé dans sa mémoire qui refuse l'oubli. Comment peut-il en être autrement alors qu'il est marqué dans sa chair ? Il y a de cela 4 ans, par une matinée froide d'un automne qui s'annonçait timidement, le drame avait frappé sans ménagement.

Par KAMEL BENELKADI
El Watan lundi 5 octobre 1992

Mourad est atteint à la colonne vertébrale par une batte qui avait dévié de sa trajectoire. Dans son quartier de Bachdjarah (banlieue algéroise), la consternation pèse de tout son poids. Le destin a voulu ainsi, disent les plus sceptiques et les mots les plus tendres n'arrivent pas à cicatriser la plaie ...

Mourad est un cas parmi d'autres. Il existe ceux qui ont choisi le silence au milieu d'une société surpolitisée. Le dicton populaire, ne dit-t-il pas que les grandes douleurs sont muettes ?

Pour revenir à Mourad et comprendre son désarroi, donnons-lui la parole : " Après tant d'années, un seul mot revient sur mes lèvres; souffrance. J'ai connu l'indifférence, le mépris et la nonchalence des hôpitaux. Ma prise en charge a été catastrophique. A l'hôpital de Tixeraïne, j'avais l'impression d'être enfermé dans une caserne militaire. Les draps étaient sales et les médicaments se faisaient rares ".

Ce sympathique jeune se retrouve par un mauvais concours de circonstances, dans une position peu confortable. Il ne bénéficie ni d'une pension conséquente, ni d'une indemnisation. Orphelin depuis 1982, l'accident a compliqué davantage son existence surtout qu'il a la responsabilité de subvenir aux besoins d'une grande famille (6 personnes). La liste des désagréments reste encore ouverte. Laissons-le de nouveau s'exprimer." J'ai également des problèmes de santé qui nécessitent une prise en charge à l'étranger (vessie). Pour m'approvisionner en médicaments, je dois m'adresser à de tierces personnes.

J'ai voulu avoir un local en vue de me lancer dans le commerce mais cette entreprise est toujours freinée par des considérations bureaucratiques. ".

Cet ancien stagiaire en carrosserie de camion est réduit à espérer un lendemain plus prospère et moins contraignant. Cependant, il reste réaliste, les victimes des événements d'octobre ont vite rejoint le panthéon des martyrs ...

A force de traverser de terribles épreuves, il a perdu ses ultimes illusions.

Autre obstacle qui revient chaque jour : la difficulté d'accéder à son domicile. En effet, Mourad habite au deuxième étage d'un immeuble et doit solliciter souvent l'aide de ses voisins. A la fleur de l'âge, alors que nombre de jeunes s'amusent lui, pense à trouver des solutions urgentes à ses problèmes.

Le images du passé quoique floues lui font beaucoup mal. Mais au-delà des généreuses déclarations d'intentions des responsables, des tribulations entre les différentes instances, il ne comprend pas pourquoi notre pays tombe fréquemment dans le piège de l'atermoiement. Quand une catastrophe arrive, tout le monde est là pour développer de beaux discours, quelques mois plus tard, les sinistrés sont accueillis avec tiédeur ...

Malgré cela, Mourad tente de ne pas céder au désespoir et garder le moral au beau fixe. De temps en temps, il " pimente " ses propos par des blagues où des insinuations à peine voilées.

Les victimes ont su tirer la leçon du 5 octobre : il faut compter sur soi surtout quand on vit dans une société pleine d'imprévus.



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