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jeudi 16 août 2012

5 Octobre 1988 - 5 Octobre 92 (Chadli)

On peut néanmoins classer ces derniers avec les partisans de la radicalisation. Mais encore faut-il savoir laquelle. Ce qui, même sans réponse, renforce l'hypothèse de la lutte entre clans rivaux. De ce point de vue, Chadli aurait donc vaincu, a brigué et obtenu un troisième mandat, et fait adopter par référendum une nouvelle constitution. Pourtant, dit-on çà et là, des membres de son entourage lui avaient demandé de démissionner, ce qu'il devait annoncer semble-t-il dans son discours du 10 octobre, mais il ne l'a pas fait. On se rend compte que ce n'était pas pour sauver l'Algérie qui, durant les trente-huit mois suivants, n'a fait que s'enfoncer dans sa crise, avec encore des morts. Alors crise pour le pouvoir, ou du pouvoir tout court ? Et les morts d'octobre dans ces conditions ? On ne finira donc pas de chercher la vérité sur ces journées aussi terribles que sanglantes. La connaîtra-t-on un jour ?

Mohammed Larbi


CHADLI / Le rendez-vous manqué

Lorsque le 19 septembre 88, le président en exercice, Chadli Bendjedid prononça un discours dans lequel l'opinion publique a décelé un ton méprisant et insultant à l'endroit de larges couches de la population, il ne faisait plus aucun doute que " quelque chose allait se passer ".

Par OMAR KHAROUM

La tension s'est alors davantage accrue quand un début de grève à la SNVI-Rouiba (18.000 travailleurs) a été brutalement réprimé, laissant un arrière-goût d'abus de pouvoir envers ceux qui ont commencé à éprouver de pénibles difficultés sociales quand la " nomenklatura " s'offrait de somptueuses réceptions, et menait grand train. C'est, en ce sens, que le discours était perçu comme se positionnant loin des préoccupations de la masse des déshérités se nourrissant de l'indifférence d'une " intelligentsia " acquise au système, de l'abus d'autorité que chaque parcelle de pouvoir pouvait procurer, donnant l'impression que l'Etat, " c'est ça ".

Après les événements qui ont ensanglanté le pays et menacé dangereusement les fondements mêmes de ce système, la grave situation, où morts et blessés se comptaient par centaines, imposait au pouvoir de se confronter à la colère du peuple soit en se démettant, soit en manoeuvrant de telle sorte qu'il puisse sortir sans grands dommages de cette périlleuse épreuve et assurer une transition sans heurts vers un projet politique plus viable qui ramènerait la sérénité. Chadli Bendjedid et son giron choisiront cette deuxième alternative lors d'un discours à la Nation prononcé le 10 Octobre qui fera date par le ton " apaisant " qui s'en est dégagé, tranchant nettement avec la précédente allocution qui avait mis le feu aux poudres.

Dans un pays en proie à toutes les turbulences, il sera question de réformes politiques profondes, d'une plus grande justice sociale, de la réduction du train de vie de l'Etat et surtout d'un appel au calme sans lequel les institutions, momentanément paralysées, ne pouvaient fonctionner. Fort de ces promesses, le fleuve en crue reviendra alors à son lit naturel et l'armée lèvera alors le siège des grandes villes pour permettre à la vie publique de se restaurer dans le respect de l'ordre et de la sécurité.

Dès cet instant, Chadli, lequel soit dit en passant a échappé miraculeusement à la destitution, s'attellera donc, dans l'esprit du commun des citoyens, à se mettre au service du rendez-vous qu'il s'était fixé, celui de rétablir une confiance fortement ébranlée entre gouvernants et gouvernés. Le pouvait-il un instant, quand les réformes qu'il devait mener à bien étaient pilotées par ceux-là mêmes qui avaient mené le pays à sa ruine ? La reconduction d'hommes anciens qui avaient prospéré à l'ombre du médiocre chef d'Etat qu'il a été ne pouvaient humainement se départir d'un certain goût du pouvoir, ni l'offrir à, d'autres forces rivales ni le partager dans la perspective de l'ouverture démocratique imposée par une situation économique de plus en plus dégradée. Alors ont commencé les louvoiements d'une classe possédante, craintive de l'avenir immédiat, manipulations diverses et règlements de comptes quotidiens qui ont fini par dépouiller le processus démocratique de sa substance essentielle : le principe d'une alternance communément consentie. Peu à peu les citoyens algériens en âge de voter se prendront au jeu du choix diaboliquement entretenu de la peste et du choléra. Le " bicéphalisme " ambiant déteindra complètement sur le jeu démocratique à tel enseigne où nombreux sont ceux qui regretteront les jours de quiétude où, sous la férule du parti unique dominateur, n'existait pas de vie politique, n'existait pas de pensée autre que celle de l'ordre établi, n'existait pas d'opposition, n'existait pas d'opinion publique autre que celle dictée par les communiqués, n'existait pas de libertés diverses, n'existait que le maître et ses élèves. Pour avoir fait renaître de tels réflexes de dégoût et de désarroi, Chadli Bendjedid a immanquablement raté son rendez-vous avec l'histoire de ce pays où des jeunes sont morts un 5 octobre " pour une vie meilleure " ...

El Watan lundi 5 octobre 1992




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