Recherche personnalisée

jeudi 19 juillet 2012

Fin d'annee curieuse avec de curieux discours en provenance de l'Islam politique


L'année 2004 a été en vérité une curieuse année pour l'Islam politique, celui qui vit et prospère dans le monde arabe. Cheikh El-Karadaoui, la figure la plus emblématique de cet islam politique, a semblé vaciller sur ses positions initiales en produisant des discours qui se voulaient conciliants à l'endroit de plusieurs centres de décision et autres institutions avec lesquelles il n'a pas été tendre dans le passé.

Par B. Hachemane

Chez lui, il y a encore des mots qui ne passent pas : par exemple l'Etat d'Israël qu'il nomme toujours Etat sioniste ou camp sioniste, avec la connotation péjorative donnée à ce terme sioniste dans le monde arabo-musulman, où sionisme serait l'équivalent de racisme. L'islam politique est violent. Les pays occidentaux l'expérimentent depuis peu mais les pays arabes en souffrent depuis bien longtemps. Il l'est par des actes violents, il l'est aussi par ses discours violents où les menaces à l'endroit de personnes ou de communautés entières sont monnaie courante. Et c'est ce que les Occidentaux demandent aux pays arabes de combattre chez eux.

Les Américains les plus engagés dans la guerre contre l'islamisme politique viennent d'ailleurs de prendre une loi par laquelle ils se donnent le privilège exorbitant de surveiller tous les dépassements physiques ou verbaux qui concerneraient les Juifs dans le monde. C'est-à-dire qu'un discours haineux prononcé dans une mosquée en Algérie ouvrirait droit à des poursuites qui pourraient être engagées par le Gouvernement américain contre la personne qui l'aurait prononcé, ce qui poserait bien évidemment la question de la souveraineté du pays de la personne mise en question. Les ambassades américaines à travers le monde sont donc chargées de surveiller les discours qui sont prononcés dans des enceintes politiques ou religieuses, à l'effet de voir s'il ne contiennent pas des appels à la haine contre les Juifs.

On ne sait si notre ministre des Affaires religieuses est au fait de ce texte et s'il a pris les mesures nécessaires afin que nos mosquées ne mettent pas le pays dans l'embarras, comme cela vient de se produire à propos de l'oubli par le gouvernement algérien d'honorer ses engagements s'agissant de la signature de ce qui est appelé le protocole additionnel au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, oubli par lequel l'Algérie se retrouve malgré elle en compagnie de la Corée du Nord et de l'Iran sur la liste des pays voyous. On croyait être les élèves modèles de la nouvelle classe mondiale; on se retrouve parmi les élèves turbulents avec les risques que cette situation va induire sur les plans économique et politique et sur les alliances stratégiques qui se mettent en place et où l'Algérie risque de se voir distancée par des pays voisins qui ont déjà une sérieuse avance sur le nôtre ...

L'Islam doit-il régir le monde ou le monde doit-il régir l'Islam ? C'est le problème qui est posé à tous les Musulmans et c'est d'eux seulement que dépend la réponse. Pour Cheikh El-Karadaoui, qui est depuis peu sur la défensive, ayant été attaqué de toutes parts et n'ayant pas produit jusque-là d'arguments probants prouvant la justesse de ses positions toujours ambiguës, acculé à clarifier ses positions à l'endroit du terrorisme, celui-ci a de plus en plus de mal à trouver des réponses claires et précises. Cependant, il y met toute sa bonne volonté pour essayer de concilier ceci, ce qu'il considère comme les contraintes du monde moderne, et cela, les nécessités d'une sainte pratique de l'Islam dont il ne précise pas les contours. Il ne va jamais loin de ses bases lorsqu'il produit ce genre de question car il se précipite toujours pour préciser que toutes les réponses aux questions qui se posent au monde se trouveraient dans le Coran. Celui-ci n'étant, selon lui, pas sujet à discussion ou à changement. Pour lui, Le Coran resterait un tout réglant à la fois la vie spirituelle et la vie matérielle de tous les Musulmans. Pas question donc pour lui de séparer le religieux du politique. Chez Cheikh El-Karadaoui, il ne s'agit pas de paroles en l'air. Il y croit car il a toujours joint la parole à l'acte. Pour lui-même et ceux qui le suivent, et ils sont nombreux à travers le monde, le cheikh, ayant le titre prestigieux de Président de l'Association mondiale des ulémas musulmans sunnites, qui représentent plus de 85% des Musulmans du monde, et des Chiites, avec leurs différents courants en représentant les 15% restants. A ce titre, il va comme, on dit communément, au charbon en payant de sa personne. Par exemple, on l'a vu prendre la tête de la coalition de toutes les associations islamiques dans le monde qui ont dénoncé le texte pris par le Gouvernement français interdisant le port de signes religieux visibles à l'école et dans les administrations publiques, texte qui impliquait par conséquent l'interdiction du port du voile dans ces deux endroits. Le cheikh s'est déplacé en personne à Dublin en Irlande pour présider une réunion à laquelle ont assisté toutes les associations islamiques qui versent dans l'activisme politico-religieux, les fameuses Ligues islamiques, pour organiser la « riposte » des Musulmans d'Europe, à cette décision. Les différentes manifestations qui se sont produites en Europe contre le texte de loi français sont donc le fruit de cette réunion et donc de son initiative.

Il faut rappeler aussi que Cheikh El-Karadaoui est aussi le président du Conseil de la fatwa pour l'Europe. C'est dire donc qu'il était dans son droit d'intervenir sur la scène européenne et à propos d'un texte qui transgressait un dogme religieux tel que lui le conçoit.

A la suite des Américains, les Européens sont devenus plus regardants à l'endroit des prédicateurs qui, comme Cheikh El-Karadaoui, parcourent le monde pour porter la bonne parole. Ces derniers obtiennent de moins en moins les visas qui leur permettent de se déplacer vers ces pays. Ainsi, par exemple, un concile qui devait mettre en présence plusieurs cheikhs de la même mouvance et qui devait se tenir à Francfort, en Allemagne, a été interdit par le gouvernement allemand.

Cheikh El-Karadaoui, qui était déjà interdit d'entrée aux Etats-Unis depuis longtemps, commence à voir ses horizons européens se rétrécir. Il lui sera de plus en plus difficile de recevoir des visas, d'où peut-être ses dernières sorties où il tente de « s'expliquer » à propos de tels ou tels propos qui lui sont reproches, pour démontrer qu'il défendait une ligne modérée de l'Islam, et qu'à ce titre donc, il n'aurait rien à voir avec la violence terroriste qu'il condamne enfin, tout en lui trouvant des excuses. Le cheikh vient dernièrement de piquer une grande colère qu'il a voulu faire partager aux auditeurs de la chaîne Al-Jazeera, où son émission « Charia Ouel Hayat », très suivie dans le passé, commence à s'essouffler avec l'essoufflement du djihadisme mondial, dont il reste l'une des références, quoiqu'il s'en défende maintenant. Cette colère est due au fait que dans une récente étude commandée par le Pentagone à la société Rand Corporation sur l'Islam et sur ses différentes composantes religieuses et politiques, la Rand, dans son étude, a classé les Musulmans en quatre courants ou familles: celle des intégristes, celle des traditionalistes, celle des laïcs et enfin celle des modernes. La colère du cheikh viendrait du fait que cette étude l'avait placé parmi les traditionalistes, au lieu de lui attribuer la catégorisation qu'il s'est choisie et dont il se réclame à chaque fois, celle de modéré réformateur. Pour lui, les modérés réformateurs comprendraient à la fois Cheikh Mohamed Abdou, Racriid Rédha, Hassan El-Banna et les Frères Musulmans, entre autres. L'intérêt de cette étude réside dans le fait qu'elle suggère que les intégristes et les traditionalistes, bien que ce dernier courant ait été divisé en deux, en traditionalistes conservateurs et en traditionalistes réformateurs - où a été classé « avantageusement » Cheikh El-Karadaoui, seraient hostiles à la démocratie, alors que les deux autres courants, celui dit des laïcs et celui attribué aux modernes, lui seraient favorables. Ceci constituant une indication aux décideurs américains qui encouragent l'introduction de la démocratie dans les pays arabes ... Ce en quoi le discours de l'Islam politique est hors contexte et dangereux à la fois.

Dans une récente intervention à la même chaîne El-Jazeera, et par laquelle il voulait améliorer son image vis-à-vis des pays occidentaux, qui ont fini par le classer comme personne dangereuse produisant des discours haineux à l'endroit de l'Occident et des Juifs du monde, le cheikh, se voulant apaisant, est allé à produire des aberrations à l'effet de démontrer la duplicité des Occidentaux qui produiraient deux discours. En quoi résiderait cette duplicité ? Selon lui, certains « ils » - entendez par là les Occidentaux - nous demanderaient de gommer de notre histoire les exploits de Khaled Ibn El-Walid, ceux de Amr Ibn El-Âss, ceux de Tarik Ibn Ziad et ceux enfin de Mohamed le Conquérant (Mohamed II, le vainqueur de Byzance).

Autre lieu et autres personnes liée au discours islamiste déplorable, celui en Algérie de deux représentants de ce courant : M. Bouguerra Soltani, le chef du MSP, plus connu sous le nom de Hamas, qui, dans une récente intervention parue dans El-Khabar, attribue à « ils », les Occidentaux, un certain nombre d'intentions à l'endroit des Musulmans qui, comme ce qui a été dit à propos des mêmes remarques relevées par Cheikh El-Karadaoui, ne résistent pas à un examen sensé. Ainsi, il dira « qu'ils » (ce « ils » étant cette fois-ci représenté par une supposée coalition de conservateurs américains formée de Juifs et de Chrétiens, confondant l'appellation courante de civilisation judéo-chrétienne avec une coalition judéo-chrétienne, alors ce « ils » nous demandent (aux peuples musulmans) d'abolir la peine de mort, de ne pas couper la main aux voleurs, de fermer nos prisons et enfin de considérer le criminel et l'honnête sur le même pied d'égalité ... Il faut rappeler que le parti de M. Soltani est représenté au gouvernement algérien, qui essaie tant bien que mal d'améliorer ses relations avec les pays qui représenteraient ce « ils » dont il parle et qu'il accuse.

Une autre aberration en provenance de la même sphère, celle de partis politiques qui s'exprimeraient au nom de la religion. Cette fois-ci, il s'agit de M. Benaïcha, le secrétaire général du parti Ennahdha. Ce dernier, parlant dans le même El-Khabar, et plus récemment encore de la question de l'amnistie, n'a pas trouvé mieux que de déclarer que son parti était opposé à l'amnistie des pieds-noirs, comme si cette population avait été condamnée par les tribunaux algériens. Le gouvernement français appréciera, ainsi que les différentes associations et partis politiques français, de même que la population pied-noir de France et d'ailleurs.

Voilà à quoi conduit l'inculture politique de ceux qui sont venus accidentellement à la politique en se prévalant d'une certaine légitimité religieuse. Décidément, religion et politique ne sauraient cohabiter sous peine de dérapage aux conséquences incontrôlables. On en a la preuve avec ces différents discours à la fois infantiles et dangereux. Ce qui se passe dans les pays arabes est le symbole de cette confusion à laquelle les gouvernants des pays arabes se doivent d'apporter une réponse claire et urgente. Les religieux devraient s'occuper de religion et exclusivement de cela, et les politiques de politique et exclusivement de cela.

Le Quotidien d'Oran jeudi 06 janvier 2005
Recherche personnalisée