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mardi 31 juillet 2012

De Abane a Zeroual... Le Coup d'Etat permanent


Quarante ans d'indépendance, sept présidents et presque autant de coups d'État.

Après d'un demi-siècle après la libération du pays, la question du pouvoir en Algérie se pose avec autant d'acuité qu'en 1962 dans une Algérie qui n'en finit pas de voguer d'une transition à une autre. D'un coup d'état à un autre. D'un clan à un autre. La série noire a été inaugurée un certain 27 décembre 1957 quand l'architecte de la révolution, Abane Ramdane, fut liquidé dans un putsch opéré par les militaires contre le Comité de coordination et d'exécution (CCE). Ce fut là le début du détournement d'un fleuve démocratique prometteur par ceux qui préparaient déjà l'après-Indépendance.

Été 62. La pratique se confirme. La révolution est confisquée via un autre coup d'État fomenté par l'état-major général de l'armée sous Boumediene contre le gouvernement provisoire (GPRA), présidé par Ferhat Abbas. Ben Bella se voit intronisé à la tête du pays par le fameux clan de Oujda. Trois ans plus tard, juin 1965, le même colonel Boumediene qui l'a porté au pouvoir l'évincera pour s'y installer pour longtemps. On avait alors parlé de " redressement révolutionnaire ", un euphémisme trop apparent pour cacher un vrai coup d'État, dont Bouteflika, dit-on, fut le cerveau. Boumediene inaugure ainsi l'ère des vrais coups d'État. Une pratique dont il a failli faire les frais en 1967 par l'entremise d'un autre colonel, Tahar Zbiri, qui a tenté sans succès de lui ravir le pouvoir.

Tout puissant qu'il était grâce à sa mainmise sur l'armée, puisqu'il était également ministre de la Défense, Boumediene conservera son règne jusqu'à sa mort en 1978. Son successeur Chadli Bendjedid reprend la formule, plutôt la recette, qui consiste à s'approprier le portefeuille de la Défense pour se prémunir contre les coups d'État. Cette tactique lui a permis de conserver son pouvoir aussi longtemps que Boumediene. Les voies du pouvoir étant impénétrables, la forteresse de Chadli dut céder un certain 11 janvier 1992. Les " janviéristes " sont passés par là. Celui qu'on croyait éternel à El-Mouradia fut contraint de quitter le palais qui venait de subir une petite révolution, sous forme d'un énième coup d'État maquillé en simple démission qui n'a convaincu personne. S'installe dès lors un pouvoir original, un pouvoir de fait qui fut la trouvaille du Haut conseil d'État (HCE). Mohamed Boudiaf, qui a rompu avec les arcanes du régime depuis 1964, a été rappelé, depuis son exil, de Kénitra pour sauver le bateau Algérie qui prenait l'eau de partout. Un ouf de soulagement pour les Algériens qui voient enfin la démocratie poindre à l'horizon. L'homme est crédible mais le régime ne l'était pas. La suite est connue...

L homme gênait terriblement mais le putsch ne pouvait pas passer contre ce vieux briscard que les tenants du pouvoir avaient eux-mêmes rapatrié presque malgré lui. Le coup d'État se transforme en coups de rafale. Boudiaf, le quatrième Président, a été liquidé physiquement. Mais la finalité, la pratique est restée la même : le coup d'État encore et toujours. Ali Kafi qui a assuré l'intermède présidentiel n'a pas tardé à laisser la place au ministre de la Défense, Liamine Zeroual, parachuté chef de l'État par la grâce d'une argutie institutionnelle baptisée alors " la Conférence d'entente nationale ".

Avec Liamine Zeroual, la logique d'un régime a repris sa pleine signification. Le ministre de la Défense est promu chef de l'État avant d'être plébiscité en 1995 comme premier président de la République issu d'une élection pluraliste. Et, théoriquement, Zeroual devait hériter des pleins pouvoirs du fait de sa double casquette de général à la retraite et de président de la République élu, malgré tout. Coup de théâtre ou coup d'État, le tout-puissant Zeroual décide soudainement d'écourter son mandat en décembre 1998. Il décide alors d'une présidentielle anticipée signant par là-même la naissance d'une nouvelle formule de coups d'État : " l'auto-démission " ou la démission par la contrainte. Puis vint Bouteflika que l'on a qualifié d'abord de " canasson " avant de le couvrir d'encens pour vendre sa candidature à un peuple algérien qui garde simplement une réminiscence d'un homme qui écumait les quatre coins du globe. Abdelaziz Bouteflika, qui a pris le train de la campagne électorale en marche, était arrivé seul, laissant derrière lui six autres candidats qui ont àbandonnéla partie pour " hors jeu ". Mais, contre toute attente, l'arbitre, ce fantôme que l'on ne voit pas, a sifflé la fin du match en faveur de " l'homme du consensus ".

Ce fut aussi un autre coup d'État, contre le peuple celui-là. Contre le choix du peuple.

Hassan Mouali

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