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mardi 12 juin 2012

Mouloud Gaid

Derrière les grands noms de la Révolution algérienne, l'histoire retiendra le rôle discret — mais combien important — joué par d'authentiques patriotes. Avec abnégation, ils ont accompli leur devoir dans les différentes structures de l'ALN-FLN. Mouloud Gaïd — de son nom de guerre Si Rachid — appartient à cette catégorie d'hommes entièrement dévoués à l'idéal qu'ils ont épousé dès leur jeune âge : l'indépendance de l'Algérie.

D'abord fidèle militant de l'UDMA de Ferhat Abbas. il se radicalise et rejoint les rangs du FLN. Il sera de l'entourage immédiat de Krim Belkacem et de Abane Ramdane.

C'était en Tunisie pendant les années 50. Le 9 juillet 1956, il participe à un événement majeur de la Révolution. À la tête d'une délégation de l'UGTA — en tant que premier successeur du fondateur Aissat Idir, arrêté — il se rend à Bruxelles pour parapher l'adhésion officielle de la Centrale à la CISL(*).

C'était là la première reconnaissance par l'étranger de l'Algérie combattante.

Dommage que cet évènement passe, de nos jours, inaperçu. Suite à son activité clandestine, l'ancien instituteur de Guenzet écope de 20 ans de travaux forcés par contumace.

Ce parcours de militant, les nombreux admirateurs de l'auteur prolifique d'ouvrages sur l'histoire de l'Algérie, ne le connaissent pas. Sa modestie est telle qu'il a déserté les sunlights de la vie politique après la dissolution de la première Assemblée constituante où il a siégé en tant que député élu.

Il reprend la craie et le tablier de l'éducateur. Après celui réussi de haute lutte contre le colonialisme, il s'en va mener un autre combat : prêcher la bonne parole dans les salles de classe et les regroupements d'enseignants d'une Algérie encore convalescente.

Il accomplit cette deuxième mission de 1964 à 1971, année de son départ en retraite avec le grade d'inspecteur. Mais quelle retraite ! Entièrement consacrée à l'écriture de l'histoire ancienne de l'Algérie. Sa passion demeure la réhabilitation de la dimension amazighe. Une série de sept livres de la collection " Les Berbères dans l'Histoire " a couronné son inlassable travail de recherche.

Ce militant hors norme, cet Algérien pétri dans le roc des montagnes de sa Kabylie natale, répond encore une fois à l'appel du devoir.

En 1995, il rejoint le Haut commissariat à l'amazighité : il a 80 ans. Il y laisse le souvenir impérissable d'un grand monsieur. Ses jeunes collègues gardent de lui cet enthousiasme juvénile que l'âge n'a pas émoussé. Ce monument d'intégrité prend du recul à partir de 1999, affaibli par la maladie.

Le frère aîné de Malika Gaïd — mort au maquis en 1956 — prend son envol vers le panthéon de l'Histoire, par une belle journée printanière. Il meurt dans la nuit du 5 au 6 décembre 2000.

(*) CISL : Confédération Internationale des syndicats libres.

Ahmed Tessa
Liberté mardi 8 janvier 2001




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