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samedi 9 juin 2012

L'oeuvre inacheve

Victor Hugo disait que « l'exil est une longue insomnie » Et elle semble être le lot des écrivains algériens toutes générations confondues. Déjà, la toute première génération : Mohammed Dib, Mouloud Mammeri, Malek Haddad et Kateb Yacine, loin de constituer une école, ont marqué la littérature algérienne de ses plus belles oeuvres devenues depuis des classiques, lis ont tous été des sortes de nomades, prenant souvent les chemins de l'exil à la recherche d'un équilibre difficile à trouver. Ils ont sillonné la France, l'Allemagne, l'Italie, faisant de nombreux métiers pour survivre tout en se consacrant à l'écriture.

La génération suivante, celle des années soixante-dix, Mourad Bourboune, Assia Djebbar, Rachid Boudjedra, très influencés par ces précurseurs ont eux aussi choisi l'exil qui incarne une forme d'expression douloureuse qui anime les scripteurs d'idées créatrices assez surprenantes ; comme si l'exil devenait la source inspiratrice de ces écrivains qui sont confrontés souvent à une série de sentiments confus, tels que la solitude, l'isolement, l'aliénation et le dépaysement.

Plus tard, la génération des années quatre-vingt s'est distinguée par une implication plus directe dans la société civile, Tahar Djaout et Rachid Mimouni avec l'énergie tranquille qui les caractérisaient n'ont cessé de dénoncer les tares d'une société et ses maux destructeurs, Rachid Mimouni, reconnu comme le scribe de sa société s'est exilé volontairement pour échapper non pas à lui-même comme les écrivains de la première génération, mais à la menace de mort violente que brandissaient les terroristes intégristes sur la tête de sa fille de treize ans.

Hélas, l'exil le tuera d'une maladie sustentée par les souffrances et les déchirures, il meurt le 12 février 1995 au Maroc. Né le 20 novembre 1945 à i Boudouaou, d'une famille de paysans ; pauvres, le seul garçon parmi trois filles, Mimouni fait des études supérieures et obtient une licence de sciences en 1968. En 1991, il obtient le prix de la Nouvelle attribué par l'Académie Française et le prix littéraire pour La malédiction en 1994. Son oeuvre est une fresque de l'Algérie de la veille de l'indépendance à sa plus noire et sanglante décennie, celle des années 90.

Le premier roman de Mimouni, Le printemps ne sera que plus beau, publié à Alger en 1978, passe inaperçu, et l'auteur ne connaîtra une notoriété qu'à partir de son quatrième roman publié en France en 1989 chez Laffont, Tombeza, qui consacre Mimouni comme l'un des écrivains algériens les plus lus et les plus prometteurs aussi. Il a su avec une langue claire, témoigner d'une identité et d'une culture sans passion juste avec les mots qu'il faut. Dans sa trilogie, Le fleuve détourné, Tombeza et L'honneur de la tribu.



Mimouni jette un regard critique sur une histoire faite de sang, de sacrifices et de privations d'un pays qui n'arrive pas a tracer sa voie. La force de Mimouni réside dans le fait qu'il affectionne particulièrement des personnages poignants qu'il dote de pouvoirs comme son héros Tombeza, le handicapé, repoussant et simplement laid, né d'un viol, qui devient attachant. Il dépeint aussi une société souvent en prise avec ses idées idéologiques souvent un obstacle à une possible ouverture.

Mimouni est mort trop tôt privant l'Algérie de cette relève littéraire qu'elle attendait. Sa courte vie aurait été remplie d'une écriture simple, forte en même temps et d'une conviction, celle d'être un écrivain authentique, rompant avec les formes d'écritures utopiques, car puisant ses inspirations dans l'essence même de la réalité algérienne.

Nassira Belloula
Liberté lundi 17 février 2003
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