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dimanche 17 juin 2012

Les contradictions de la campagne par Bachir Medjahed

Cette campagne électorale a été celle des contradictions. Ghozali, le chef du gouvernement qui avait interrompu les élections de décembre 1991, Taleb Ibrahimi, celui dont on dit qu'il devait succéder à Ghozali pour diriger un gouvernement FIS. Taleb ne disait pas qu'il n'était pas pressenti pour ce poste, mais par contre il disait qu'il ne travaillerait pas avec Chadli (ou plutôt qu'il n'accepterait pas de travailler avec celui-ci), après pourtant avoir longtemps travaillé avec lui. Deux hommes, normalement aux visions différentes, soutiennent le même homme, Benflis. Ce rapprochement signifierait alors que les antagonismes idéologiques n'étaient qu'un jeu. L'essentiel était ailleurs. Serait-ce la politique de la concorde qui est déjà passée à celle de la réconciliation ?

Autre contradiction, de même équivalence, mais transposée à l'opposition. Saïd Sadi a évolué ou a fait son mea culpa. Les partis islamistes ne sont plus ses adversaires. Le FFS également. A-t-il soudain pensé (ou s'est-il rendu compte) que plus il se pose en adversaire résolu des seuls partis islamistes, plus en réalité il « travaille » en faveur du pouvoir, dans ses configurations successives ? Il se serait, peut-être, laissé à penser que le système qu'il a contribué à « sauver » en janvier 1992 ne l'a pas fait bénéficier d'un retour d'échelle. Le système lui avait préféré le RND, puis le FLN, malgré la caution « démocrate » qu'il avait donnée à l'interruption des élections de décembre 1991, malgré aussi qu'il ait accepté de rejoindre l'exécutif sous la présidence de Bouteflika qui aurait dû, peut-être, en compensation lui attribuer le bénéfice de la résolution de la crise de Kabylie, avec une cerise sur le gâteau : l'officialisation de la langue amazigh.

Ceux qui avaient directement participé à la guerre en tant qu'acteurs (Yacef Saâdi, commandant Azzedine) se retrouvent dans des camps opposés. Le commandant Azzedine, qui a fondé le CCDR, devait être attendu dans un soutien à Saïd Sadi, démocrate avant la création du CCDR. Pour ne parler que des personnalités publiques, une ancienne magistrate et ministre avait vu en Benflis un militant des droits de l'Homme. Logiquement, si ce critère est prépondérant dans le choix du candidat à soutenir, le soutien aurait dû aller vers Saïd Sadi qui avait fait la prison pour les droits de l'Homme. Peut-être aussi pour Louiza Hanoune qui avait défendu ses idées aux prix de la privationde liberté. Fawzi Rebai aussi. A moins que cela ne procède d'un choix pour un vote utile. Descendons d'un cran. Betchine a préféré soutenir Bouteflika, un de ses plus proches collaborateurs a préféré soutenir Benflis. Une autre contradiction encore et cela concerne les ârouch. Ils ont fait de la revendication de l'officialisation de la langue amazigh sans référendum (c'est vrai qu'on ne passe pas en vote une identité), l'élément fondamental du blocage du dialogue entamé avec Ouyahia. Là encore,st ce critère peut être estimé comme fondamental dans le choix du candidat à soutenir, normalement, ils n'appeleraient pas au boycott et soutiendraient les candidats qui affirment, publiquement, avec précision qu'ils l'officialiseront en la constitutionnalisant.

Louiza Hanoune, sans conditions aucune s'est engagée dans ce sens. Qu'on l'officialise et qu'on en finisse avec les manipulations dit-elle. Djaballah est cet autre candidat qui s'est engagé dans ce sens, avec une condition, c'est-à-dire qu'elle soit transcrite en caractères arabes.

Un constat est à faire. Tous ceux qui ont été au pouvoir, à un moment ou à un autre, ont choisi d'apporter leur soutien à Bouteflika ou à Benflis. La presse a, elle-même, contribué à bipolariser cette campagne en représentant Bouteflika comme symbolisant le pouvoir et Benflis comme symbolisant l'opposition. Tout se passe comme si « la » main visible a poussé Benflis à s'opposer à Bouteflika et à aller « squatter » l'opposition et a actionné la presse pour donner corps à une opposition nouvelle, créée et qui n'a rien à voir avec l'opposition authentique.

Coup d'essai, coup de maître. L'opposition authentique est marginalisée médiatiquement au point où il semble que ceux qui investissent dans leurs propres intérêts et dans leurs seuls intérêts, ne veulent pas se risquer à soutenir les quatre autres candidats présentés comme des perdants sûrs. Autrement dit, c'est la presse qui les a éliminés et qui a décidé que seuls deux candidats soient en lice, les autres étant prévus pour amuser la galerie.

Par Bachir Medjahed
cadre supérieur, analyste à l'INESG
(Institut National d'Etudes de Stratégie Globale)

Le Quotidien d'Oran jeudi 08 avril 2004
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