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vendredi 1 juin 2012

La Sale guerre pages 89 et 90

... « C'est un soir de mars 1993 que j'allais, pour la première fois, être confronté directement à la « sale guerre ». Alors que j'avais terminé mon service et que je me préparais à une nuit de sommeil bien méritée, le commandant Daoud m'a appelé par radio, me demandant de le rejoindre à son bureau très rapidement.

« Qu'est-ce qu'il y a encore ? », me suis-je dit. Je me suis rhabillé et je suis allé au bureau de mon chef. Il était en compagnie du général Fodhil Chérif, le commandant adjoint du CCLAS, et du colonel Djebar, que je connaissais de réputation — il était (il l'est toujours à ce jour) directeur du centre militaire d'investigation (CMI) de Blida, dépendant du DRS. Mon supérieur direct m'a dit que je devais effectuer une mission avec ma section dès 22 h 30 : nous devions escorter un camion. Une vingtaine de sous-officiers des para-commandos avaient pris place à l'arrière de ce camion de type K66 bleu recouvert d'une bâche verte. C'étaient des hommes de notre unité, le 25e RR, commandés par le lieutenant Chouaïbia, accompagnés d'hommes du DRS que je ne connaissais pas. Certains étaient habillés en civil, d'autres en tenue de parachutiste, munis de poignards et de grenades : ce commando qui ressemblait à un groupe terroriste avait, vraisemblablement, une mission « très spéciale ».


Avec seize éléments de ma section, répartis dans quatre Jeeps Willis, nous avons donc escorté le groupe jusqu'à un carrefour près de Oued el Alleug. Mes instructions étaient d'attendre les collègues au niveau de ce carrefour. Nous avons stationné à 1,5 km de là et le camion, lui, s'est dirigé à 23 h 30 vers un village appelé Douar Ez Zaâtria, dont les habitants — je l'apprendrai plus tard par le DRS — étaient des sympathisants du FIS ; les terroristes, nous dira-t-on, s'approvisionnaient régulièrement chez eux. Vers minuit trente, un appel radio : « Tounsi à Tounsi 13, rejoignez le point indiqué. » Mon indicatif était, en effet, Tounsi 13. J'avais reçu l'ordre de récupérer « mon camion » au carrefour. Sur le trajet du retour, il y avait un barrage de la garde républicaine. Mes chefs m'avaient donné comme instruction qu'aucune autorité ne devait contrôler le camion. Arrivé à hauteur du barrage, j'ai fait signe à l'officier de la garde républicaine de le laisser passer ; nous avons échangé un salut militaire et le camion est passé comme une lettre à la poste. A 1 h 30 du matin, nous étions de retour au PC. Descendu du camion, un sous-officier, habituellement sous mes ordres, m'a fait signe avec son poignard tâché de sang qu'il a fait passer sur son cou. Il ne m'en fallait pas plus pour comprendre. 7,e sur lendemain, les journaux algériens annonçaient : « Une attaque terroriste sur le village de Zaâtria a fait une douzaine de morts. » Je venais de participer à un massacre. C'était la première fois que je me sentais complice d'un crime. »

Tiré de La Sale guerre pages 89 et 90.

Le gros mensonge de Souaïdia

Habib Souaïdia impute dans son livre, La Sale guerre, paru en France, les massacres de civils en Algérie à l'ANP, en citant la presse nationale.Dans son livre ainsi que dans ses différentes déclarations aux médias nationaux et internationaux, l'ex-militaire persiste et signe.

Il précise qu'au mois de mars 1993, les journaux algériens avaient annoncé qu'un massacre qui aurait été perpétré par les militaires sur le village dénommé Douar Zaâtria, non loin de Boufarik, avait fait une douzaine de morts. Une attaque dans laquelle il se sentait complice d'un crime » (p 91), puisqu'il a participé à cette descente militaire et, par conséquent, il « venait de participer à un massacre. (...) Interrogés, les journalistes algériens des différents quotidiens qui se sont régulièrement penchés sur la question du terrorisme affirment que la localité n'a jamais connu à cette époque de massacre. Une lecture des principaux quotidiens algériens nous permet également d'affirmer aujourd'hui qu'il n'y a pas eu la moindre trace de massacres perpétrés contre la localité, et particulièrement le mois de mars 1993. Nous nous sommes rendus en effet dans les différentes rédactions et parcouru les éditions du mois de mars 1993 des journaux, en l'occurrence El Khabar, Le Matin et El Watan, aucun élément d'information relatif à cet acte précis n'est mentionné.

Les prétendues révélations du sous-lieutenant Souaïdia sont en fait bâties sur des faits inexistants. Il est possible à l'éditeur de ce livre et aux journalistes français de consulter les collections des journaux algériens sur ce fameux mois de mars 1993 et le massacre de Zaâtria. Il seront édifiés . Mais auront-ils l'honnêteté intellectuelle de le faire ?

DJAMILA KOURTA

www.algeria-watch.org
dzactiviste.info
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