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mercredi 30 mai 2012

Le nombril immacule de Mustapha Bensadi

Le roman de Bensadi s'ouvre sur les rêves inavoués d'un jeune peintre en bâtiment qui couche, sur les murs, ses illusions d'adolescent en esquissant des formes imaginaires.

Le jeune adolescent entame sa vie d'homme tout en ayant la conviction d'être l'instrument divin d'une révélation, il est jeune et a l'âme de Racim, Samson, Igherbouchen et Issiakhem.

En somme, tout un monde irréel fait de couleurs, d'abstrait, qui nourrit ses espoirs de lycéen, un peu poète à ses heures aussi. Zamane, qui porte son prénom comme un prince des Mille et Une Nuits est amoureux " ensorcelé, corps et âme, envoûté par l'ombre douce et gracieuse de l'inconnu au rideau de pluie ".

Il appelle sa dulcinée " sa princesse des Persiennes ". C'est vrai que l'histoire se passe dans une société où les tabous et les coutumes ont la peau dure, et Zamane ne pouvait apercevoir sa belle qu'à travers les fentes des persiennes et tente de deviner une bouche, des yeux, des sourires aussi.

Tout le roman de Bensadi se trame autour du personnage de Zamane qui, doté d'une sensibilité certaine, pense avoir le pouvoir des êtres élus, comme t'écrit l'auteur. Hors, Bensadi n'utilise Zamane que pour arriver à ses fins, pour pouvoir tramer l'histoire d'un autre homme, d'une autre vie, celle du propre père de Zamane, qui, devenu amnésique, oublie sa première femme pour épouser une autre et qui, finalement, abandonne les deux foyers et s'installe en France.

Zamane qui, à ses heures perdues d'été, peint l'intérieur des maisons et, pour sa plus grand joie, est introduit dans la maison de la fille qu'il aime, " sa belle des persiennes ". C'est la mère de cette dernière qui l'accueille. " Le jeune Zamane était coi, forcément bouleversé par la douce agression hypnotique de la dame ... Cependant, quelle étrange et indéfinissable émotion l'envahit lui aussi ". Qui est cette femme belle, douce, qui a l'âge de sa mère, cette Zinn-Enn-Djoum qui bouleverse tant l'adolescent ? " Mais qui es-tu donc, Zinn-Enn-Djoum, riche et spacieux aquarium pour ce poisson esseulé, égaré en eaux troubles que je suis ... ? " Et pourquoi cette femme éprouve-t-elle des sentiments confus à l'égard de Zamane qui lui rappelle tant sa jeunesse et surtout qui a les traits d'un homme qu'elle avait aimé autrefois ?

Le nombril miraculé raconte, en somme, l'histoire d'une famille déchirée par l'absence et unie par l'amour. Lire Bensadi qui scrute dans toute sa profondeur l'âme humaine en mêlant et démêlant des situations complexes tantôt émotionnelles et douloureuses, tantôt joyeuses et interdites, est révélateur d'une écriture profonde, même si, parfois, l'auteur se laisse déborder par trop d'idées qu'il n'arrive pas à canaliser.

Le roman, édité aux éditions Talantikj,t, ne maîtrise invraisemblablement pas encore les techniques du livre, comme la mise en page, la correction et la charpente. Malheureusement, Bensadi a noyé son beau roman très imaginatif aux riches personnages dans un texte lourd qyi aurait gagné à être allégé s'il était mieux structuré, séparation des chapitres, des paragraphes distincts, pagination et autres petits détails. L'avant-propos est maladroit tout comme la dédicace qui enlève la finesse au roman.

Ceci dit, c'est surtout le côté technique du livre qui laisse à désirer. Ceci dit, l'écriture de Bensadi reste prometteuse.

NASSIRA BELLOULA
Liberté mercredi 26 juin 2002
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