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lundi 7 mai 2012

Kabylie assassinee de Said Kaced


Sans autre prétention que celle de témoigner, le texte se donne à lire comme un grand reportage avec des images-choc.

Par N. Sebti

Meziane Ourad, l'auteur de la préface, souligne, non sans raison, que Kaced " a pleuré son livre ". Les mots qui le composent sont, en effet, autant de larmes. Des larmes couleur d'indignation. De colère. De révolte.

De solidarité surtout avec les jeunes de Kabylie qui ont opposé à la puissance d’acier et de feu du " pouvoir assassin " leur générosité, leur témérité et leur incommensurable rage d'en finir avec la hogra. En guise d'incipit, Kaced retient " Béni Douala ", choix de coeur et de raison.

Car tout est parti de cette daïra avant que les flammes de la colère n'embrasent les autres contrées de la Kabylie. La " bavure " du gendarme, un certain 18 avril 2001. De là les événements s'enchaînent dans une chronologie qui épouse la configuration du drame. Une chronologie qui n'est pas froide, qui n'est pas mécanique car l'auteur prend le soin tatillon de l'habiller de commentaires tous azimuts qui nous éclairent sur l'insoutenable légèreté de ces fous qui nous gouvernent. Des interrogations qui sont aussi autant d'insondables énigmes surgissant à l'articulation des événements.

Le premier chapitre s'appelle la " La bavure ". Le mot est mis entre guillemets. Une manière pour l'auteur de prendre sa distance avec cette thèse. Il penche pour l'autre, celle " des ordres venus d'une insondable autorité ". Il souligne la troublante coïncidence entre la bavure de Beni Douala et la provocation d'Amizour.

Dans " Le temps des snipers ", on redécouvre les images d'un premier week-end particulièrement meurtrier. " Les snipers ont l'occasion unique d'exercer leur talent sur des cibles vivantes " s'insurge l'auteur qui s'interroge quelques lignes plus loin : " Si le commandement de la gendarmerie nie l'engagement de ses troupes d'élite sur le terrain, d'où viennent ces tireurs embusqués prenant le soin deviser la tête ou le coeur que plusieurs témoins ont vu exercer leur " art " à partir des terrasses de diverses brigades ? "

Dans ce même chapitre, le rôle particulièrement néfaste de la télévision, jouant à fond la désinformation, est dénoncé. " Ce qui explique que les médias lourds, la télévision en premier chef, ont focalisé l'attention du téléspectateur du pays profond, hors Kabylie, sur la seule exigence de la reconnaissance de tamazight dans le but évident de travailler à fond l'opinion sur le particularisme kabyle ".



Djaballah sur la télévision du régime narguant les laïcs en imputant a leur système politique d’être le PLUS GRAND CRIME APRÈS LE PAGANISME !!!
(une manière soft d'appeler a leur LIQUIDATION physique)

" Dans renoncement en série ", troisième chapitre, le lecteur est convié à découvrir un " best-of " de certaines positions politiques sur les événements. " Devant la montée en puissance de la révolte, mais aussi de la répression, de plus en plus meurtrière, les masques de certains hommes politiques, ceux de la mouvance islamo-conservatrice en particulier sont tombés " relève Saïd Kaced qui s'arrête singulièrement sur les éructations pituitaires de Djaballah pour qui, les événements ne sont rien d'autre " qu'une manoeuvre de Bouteflika pour servir son projet francophile ". " La main étrangère ", " Vous avez dit complot ?" ." La stratégie du pire " sont les autres chapitres du livre qui s'achève par une sorte de serment solennel " : " Pour qu'à l'avenir la Kabylie, comme toutes les régions du pays, puisse décider de son avenir et de celui de ses enfants en toute liberté, sans qu'un obscur marionnettiste tire les ficelles de quelque part dans un salon capitonné du sérail ". Sans doute que d'aucuns feraient à Kaced le reproche de n'avoir pas ménagé une distanciation avec les faits. Mais ce type de précaution n'a pas de sens à ses yeux dès lors qu'il s'agit de choisir son camp. Kaced assume ce reproche. Il se dit volontier " émeutier de la plume ". Une manière à lui d'être du côté des manifestants, de témoigner sur leur combat. Un combat pour la dignité. Pour le Nif.

N. B.
Liberté jeudi 19 juillet 2001
Kabylie assassinée
Édition SAEC/Liberté prix: 225DA



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