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vendredi 4 mai 2012

Illusions, desillusions et espoirs, de Bouzid Benkherouf

N'est-il pas dangereux de dire tout haut ce que l'on pense en Algérie ? (Vincent Bouba)

Non . Je ne crois pas ... Du moins, plus maintenant…Cette liberté de ton que nous envient beaucoup de pays du monde arabe, à commencer par nos voisins immédiats que sont la Tunisie et le Maroc, est le fruit d'une longue lutte ... Aujourd'hui, en Algérie, à condition de rester poli, vous pouvez vous adresser au maire de votre commune, au policier ou au gendarme, de manière directe et sans langue de bois ... Les mentalités ont beaucoup évolué dans ce domaine…A titre d'anecdote et pour bien illustrer cette liberté de ton, je vous livre une blague populaire qui a fait le tour de l'Algérie : savez-vous quelle est la différence entre BOUMEDIENE et BOUTEFLIKA ? Eh bien avec Boumediene, c'était " MOTUS ET BOUCHE COUSUE ", dorénavant avec Bouteflika, c'est " CAUSE TOUJOURS " ...
In entrealgerieetfrance.blogspot.com

Bouzid Benkherouf est un citoyen ordinaire vivant à Baraki et se définit comme une personne apolitique. Il est membre actif d´une association de quartier qui s´appelle « Nour » dont le rôle est de lutter pour l´amélioration du cadre de vie de son environnement notamment la réfection de la chaussée, la pose de trottoirs dont les travaux entamés en 1999 sont à l´arrêt depuis février 2001 ... Quoi de plus normal et surtout de plus légitime que de vouloir obtenir ses droits les plus élémentaires ?

Fatigué de se battre contre des moulins à vent, Bouzid Benkherouf sort un livre au mois de mai, son premier, dans lequel il « crie » son malaise et dénonce les injustices, la corruption et les abus de tous bords, faute de ne pas avoir réussi à se faire « entendre ».

Dans Illusions, désillusions et espoirs, chronique d´un citoyen ordinaire, l´auteur dit : « Voici le regard désabusé d´un Algérien sur la société dans laquelle il évolue (...) et qui se demande surtout combien de temps il pourra tenir face à ce malaise oppressant ». Dans la partie « Désillusions » du prologue, l´auteur cite la vie quotidienne de la majorité des Algériens qui est faite d´après lui « d´angoisse, d´incertitude et de stress » et de se demander, en parlant d´espoir « sommes-nous donc condamnés à espérer des jours meilleurs sans verser dans l´optimisme démesuré ? » Et l´auteur de s´interroger encore « L´Algérie est un pays qui suscite des commentaires, présenté par les médias étrangers surtout comme un pays riche qui tarde à décoller. Est-ce que nous décollerons un jour ? Peut-être, pour y parvenir, faudra-t-il lever les entraves, franchir des obstacles en apparence insurmontables qui sont surtout le fait de négligences graves, de laisser-aller et d´une bureaucratie tellement lourde qu´une encyclopédie ne suffirait pas pour en démontrer les lacunes », affirme-t-il.

M.Benkherouf ne prétend pas refaire l´Algérie. Il est conscient qu´en dénonçant tout haut ce que tout le monde sait et subit chaque jour, il prend des risques.

Tant pis. Il veut jouir de ce qu´il lui revient, intelligent et bien au fait de ses droits, il est prêt à se battre mais refuse qu´on l´écrase !
« Le métier d´Algérien dans son pays est déjà lui-même extrêmement difficile à exercer à cause des impondérables fort nombreux. Il faut également assurer la fonction de citoyen, ce qui est loin d´être une évidence », soutient-il. Et pour étayer sa réflexion, l´auteur illustre son propos à travers 9 chapitres dans lesquels il expose clairement des cas d´abus contre le citoyen, principalement et dont lui-même et sa famille ont été victimes. Dans le premier chapitre intitulé « Le mépris », l´auteur donne comme exemple notre monnaie dont les effigies ont été longtemps des têtes d´animaux plutôt que des figures emblématiques de l´histoire de l´Algérie. En plus du mépris de nos institutions affiché à l´égard du peuple, l´auteur dénonce l´absence de justice dans certains cas laquelle autorise des gens à bafouer impunément la loi.

Le livre est truffé d´exemples vivants et édifiants. Dans la mairie et le citoyen, Bouzid Benkherouf met à mal la mauvaise gestion, voire surtout l´incompétence de l´ancien maire de sa cité, Haï El Mihoub. S´adressant directement au maire, et n´y allant pas avec le dos de la cuillère, M.Benkherouf n´a rien à se reprocher et démontre, preuve à l´appui, qu´il connaît très bien le code des marchés publics et toutes les réglementations y afférents. Nous le redisons, notre homme ne se laisse pas faire encore moins marcher sur les pieds sans réagir. Dans le chapitre du téléphone, nous apprenons que Baraki est dépourvue de téléphone, seuls quelques-uns en possèdent, certaines demandes formulées sont restées 20 ans. Sans réponse !

Acerbe, parfois drôle, l´auteur ne se départit pas pour autant de sa verve acérée et tranchante.

Abordant la crise de l´eau, il rappelle la dureté du plan Orsec et du calvaire que vivent de nombreux citoyens pour l´approvisionnement en eau potable avec le seul espoir de pouvoir se laver et porter toujours des vêtements propres ... Le domaine de la santé dont il nous brosse un tableau noir, connaît tout de même quelque embellie grâce à ces «hommes et médecins qui essayent de faire convenablement leur travail dans des conditions lamentables.» Dans L´économie et son corollaire, l´argent, l´auteur affirme: « L´Algérie a raté son rendez-vous. Elle aurait pu devenir la 2e Californie. » Il est ici question de chômage, de pénurie, de crise de logement. Il y a aussi le problème du week-end algérien qui coupe le pays du reste du monde et nous fait perdre beaucoup d´argent et qui a donc pour résultat de « désastreuses conséquences pour l´économie algérienne ».

Misant sur le football algérien dont il est un fervent défenseur, l´auteur fait état de sa « régression féconde» de 1982 à nos jous. Désillusion amère. Bouzid Benkherouf achève son livre en affirmant que « L´Algérie qui aurait pu devenir la deuxième Californie dans le monde, se rend finalement compte très tardivement qu´elle est un pays comme un autre et qui a encore beaucoup de chemin à parcourir pour prétendre appartenir au concert des grandes nations ». Quoique bien fouillé et intéressant dans son contenu, le livre pêche par trop de références notamment d´articles de presse, de rapport du Cnes, de notes et d´articles de loi qui alourdissent quelque peu sa lecture mais font tout de même sa richesse. Edité chez Publieur et sorti uniquement en France, il est dommage que ce livre ne soit pas disponible en Algérie.

O. Hind
L'Expression lundi 27 octobre 2003

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