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mercredi 30 mai 2012

El-Hadj Mustapha Kertali


Dès le début du terrorisme, la ville de Larbaâ s'est trouvée prise en étau entre les chefs des groupes armés de Tablât, Lakhdaria et Zbarbar et ceux de Baraki, les Eucalyptus et Meftah. C'est dans ces zones que le GIA est né et qu'il va se déployer.

Pourtant, Larbaâ va garder une certaine autonomie par rapport au commandement du GIA. Dès 1995, El-Hadj Mustapha Kertali, ex-président de l'APC de Larbaâ, fils et frère de quatre chouhada, donne naissance à un groupe séparatiste du GIA, le Mipd (Mouvement islamique pour la prédication et le djihad). A partir de cette date, la ville de Larbaâ, de l'avis de tous ses citoyens, commence à (re)vivre. Une certaine embellie enveloppe la région, malgré les incursions épisodiques des groupes d'Ouled Slama et Bougara (Abou Souraka, Zeggaï, etc.) qui condamnent les nommes de Kertali à la mort pour « apostasie et hérésie ».

Le Mipd intègre les accords ANP-AIS et s'autodissout au lendemain du 13 janvier 2000.

La bombe la plus meurtrière de l'année, qui a explosé au marché de Larbaâ le 5 juillet dernier, a fait sortir la ville de sa quiétude de riche et vaste plaine agricole de la Mitidja, tout en permettant aux anti-concordistes de tirer à boulets rouges sur les dispositions de paix accordées aux trévistes par le Président de la République. Retour sur une poussée politico-médiatique aux contours encore indistincts.


On dit que l'enquête concernant l'attentat du 5 juillet risque de déboucher sur l'implication des repentis ...

Si vous parlez d'une certaine presse, oui, l'enquête, à son niveau, débouchera sur ce qu'elle veut. Cela dit, au niveau de l'enquête proprement dite, elle avance et rien n'incrimine pour l'instant les repentis. Les hommes qui tirent à intervalles réguliers sur ceux qui ont choisi de déposer les armes et d'intégrer le cadre de la concorde ne sont pas innocents, et n'agissent pas pour le bien de leur pays. Je doute même très fort qu'ils n'obéissent à des injonctions qui leur arrivent d'outre-mer ...

Est-ce vrai que les repentis ont quitté le lieu de l'attentat juste avant que la bombe n'explose ?

Ce sont là des propos qui prêtent à rire, mais je vais y répondre quand même. Nous avons comptabilisé parmi les victimes de l'explosion, le frère d'un repenti qui a été touché et qui se trouve actuellement dans un état très grave. Un autre repenti était à moins de trois mètres du lieu de l'explosion, mais ayant encore le réflexe vif des maquis, il a plongé et s'est mis à plat-ventre. Les autres repentis avaient d'autres occupations (le marché T'îna, (situé à l'autre côté de la ville, Ndlr) et comme c'était le jour de la prière du vendredi, la plupart s'y préparaient.

Les accuser donc de ne pas avoir été tous là pendant l'explosion procède d'un raisonnement morbide et grotesque.

Concrètement, arrivez-vous à gérer tous vos repentis, à dissuader les plus tentés par la radicalisation ?

Gérer ? Non, ils se gèrent eux-mêmes. Ils m'écoutent, me respectent, mais ne sont pas à ce point inconscients. C'est par conviction, et uniquement par conviction, qu'ils ont choisi de déposer les armes et de retrouver la paix. Les pages douloureuses du passé, on les a tournées, alors qu'on ne vient pas, aujourd'hui, remuer le couteau dans la plaie et raviver les passions.

Près de 180 repentis vivent à Larbaâ et les bourgades limitrophes, dont une quarantaine dans la seule ville de Larbaâ, et tout ce monde, malgré tous les problèmes qu'il vit, n'est pas près de retourner au maquis. Le choix de faire la paix avec soi-même et avec les autres est un choix définitif, un acte de foi.

Comment Larbaâ a-t-elle tout à coup renoué avec la violence ?

Depuis 1995, lorsque nous avons fait scission avec le GIA, pour former notre propre groupe, la ville de Larbaâ a retrouvé sa sérénité. Depuis, le climat ne cesse de s'améliorer, malgré les assauts répétés du GIA pour nous faire replonger dans la violence armée.

Durant les premiers mois de la concorde civile, je ne pouvais faire un pas dehors sans être arrêté par les citoyens, qui, tous, sans exception, me reçoivent les bras ouverts et se répandent en amabilités.

Cela, si besoin est, prouve le respect dont ils m'entourent.

Jamais je n'ai laissé la ville et les citoyens à la merci du GIA.

Si aujourd'hui, le pays revit c'est grâce à ces hommes de bonne volonté, qui, de part et d'autre, ont choisi de faire la paix.

L'Expression dimanche 14 juillet 2002
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