Recherche personnalisée

dimanche 13 mai 2012

Anzar, le roi des eaux par Mme Alima

Anzar, ou roi des eaux, appartenait à la mythologie populaire dans des temps fort anciens, partagée par plusieurs régions d'Algérie comme les Aurès, la Kabylie, l'Ouarsenis, les monts du Chenoua, la Casbah d'Alger, le M'zab et aussi le Rif marocain.

Anzar était considéré comme le roi des eaux qui gouvernait les rivières, les sources, les ruisseaux, les mers et la pluie. On lui vouait alors un rite connu sous le nom de Boughendja, ou encore Tislit N'Anzar (la fiancée d'Anzar) en Kabylie. Selon la légende, en ces temps-là, existait un grand personnage appelé Anzal qui était considéré le maître des eaux. Il avait vu, alors qu'elle se rafraîchissait comme à son habitude, une jeune filie belle comme la lune, une étoile encore plus belle que les astres des cieux et il en tomba fort amoureux et résolut de l'épouser.

De cette jeune fille, son village disait que « celui qui allait gagner son coeur n'est pas encore né ! » Elle était aussi belle que sérieuse et jamais son coeur n'avait frémi pour un homme. Mais Anzar, c'était aussi le maître des eaux. Un jour donc, alors qu'elle s'amusait à s'asperger de cette eau argentée de la rivière proche du domicile de ses parents, voici Anzar qui se découvre et avance vers elle. La jeune fille prit peur et cria si fort qu'Anzar se retira mais l'image de la belle jeune fille le hantait. Il le lui signifia en demandant sa main par ces propos « Oh toi, étoile plus brillante que les autres donne-mol ton coeur et tu régneras avec moi sur les eaux, si tu refuses je vais assécher cette rivière dans laquelle tu te rafraîchis. » Toute tremblante, la belle jeune fille répondit : « Je t'en supplie, roi des eaux au front couronné de corail, je sais que nous sommes faits l'un pour l'autre mais je crains le qu'en-dira-t-on.» A ces mots, Anzar tourna la bague qu'il avait au doigt et soudain la rivière tarit et disparut. La jeune fille en larmes essaya de l'amadouer en s'écriant : « Oh Anzar, toi floraison des prairies, laisse couler cette rivière et je consens à t'épouser. » Aussitôt, le maître des eaux revint sous la forme d'un grand éclair et la rivière se remit à couler, alors que la terre se couvrit de verdure.

C'est à l'époque où la sécheresse sévissait et que les vieilles femmes se réunissaient pour fixer le jour de la célébration d'Anzar. Au jour-dit, les femmes accompagnées de jeunes chantaient « Anzar, Anzar ! Oh Roi ! Fais cesser la sécheresse et que le blé mûrisse en plaine et dans les montagnes. » L'on escortait en procession une jeune fille pubère et des plus gracieuses. On la parait et on lui mettait du henné pour en faire une fiancée. La plus âgée des femmes procédait à la toilette de la fiancée en se gardant d'être triste, car cela voulait dire qu'elle ne donnait pas de bon coeur la main de la fille à Anzar.

On remettait à la fiancée une louche qu'elle tenait en main, puis la vieille la chargeait sur son dos et on regagnait le saint tutélaire du village ou la mosquée. La fiancée chantonnait : « Oh Anzar, la louche est sèche, toute la verdure a disparu. Le vieillard voûté par le poids des ans entend la tombe qui l'appelle. Mon ventre est stérile et ne connaît pas de progéniture. Ta nouvelle fiancée t'implore, Oh Anzar ! »

Le cortège parcourait ainsi toutes les ruelles du village en s'arrêtant devant chaque demeure et les femmes faisaient leurs offrandes au cortège, certaines se joignant à la procession en criant « Anzar ! Anzar ! Oh roi fais cesser la sécheresse et que le blé mûrisse en plaine et dans les montagne ». Arrivées à destination, la vieille faisait descendre la fiancée d'Anzar et les femmes disposaient les ustensiles pour préparer un repas pour tous avec les offrandes collectées. Après cela, on enlevait les vêtements à la fiancée d'Anzar et on l'enveloppait d'un filet à fourrage, puis la jeune fille s'adressait à Anzar : « Maître des eaux, donnez-nous de la pluie, j'offre ma vie à qui veut la prendre. » C'était autrefois. Aujourd'hui l'islam a fait remplacer cette cérémonie par la prière de l'istis-qua, mais le rite d'Anzar est resté en certaines contrées du pays, prenant souvent le nom de ... Boughendja.

Recherche personnalisée