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lundi 5 mars 2012

Rien ne changera dans la dawla islamia de Boutefilka par Leila Aslaoui


Rien ne changera dans la "dawla islamiste" de Bouteflika

Leila Aslaoui Hemmadi dédicace son nouveau roman « Le cartable bleu »

On se souvient que le 10 mars 2000, invité par la présidente de l'association " Rachda " au colloque international (8, 9, 10 mars) ayant pour thème " la lutte pour les droits des femmes et pour la démocratie ", Bouteflika profita de la tribune qui lui était offerte pour exprimer clairement son désaccord sur toute avancée moderniste à l'égard des femmes. Moralisateur, paternaliste, venu — avait-il tenu à préciser — en " citoyen " (comprendre sans engagements de chef d'Etat), il avait déclaré : " Si les femmes étaient porteuses de démocratie, il y avait nécessité d'établir un dialogue entre les diverses sensibilités du pays et le désir de ne pas susciter affrontements, violence et donc " fitna " et discorde ... En appelant à tenir compte des spécificités propres à chaque société, son appartenance civilisationelle, son degré de rupture avec les mentalités rétrogrades et passéistes.

Désappointées, en colère, les femmes présentes prirent conscience que Bouteflika avait fait un pas de plus — gigantesque puisque l'enjeu était la femme — en direction des islamistes. La déception fut à la mesure de l'attente. Mais le message avait eu le mérite d'être clair : le droit des femmes à la citoyenneté ne figurait pas dans son programme, ses préoccupations et SOS priorités. Le seul statut que reconnaissait Bouteflika à l'Algérienne était celui " d'une femme sommée de se montrer pudique, de ne point choquer les repentis et de ne pas fumer en public " (Bouteflika). Les " repentis " en sus d'être des criminels de la pire espèce, passibles de sanctions pénales n'eut été l'impunité présidentielle dont ils ont bénéficié, sont dans la logique bouteflikienne cette sensibilité politique dont les femmes doivent tenir compte pour ne pas être responsables de " fitna ". Il est vrai que le même Bouteflika, au moment où les Algériennes résistaient à l'intégrisme islamiste et à ses terroristes égorgeurs et violeurs, se prélassait ailleurs. S'il avait vécu avec " son peuple " les années infernales du terrorisme, il n'aurait certainement pas inversé les rôles en faisant des femmes des auteurs de " fitna ". Ceux qui les ont vues manifester à visage découvert les appelaient " El fahlate " (courageuses). Ceux-là évidemment n'étaient pas dans les pays du Golfe ! Les seuls responsables de la " fitna " sont ceux qui ont endoctriné, embrigadé ceux qu'ils ont transformés en robots programmés pour tuer et détruire. L'an 2000 (voire 2001), c'est aussi l'année où la préoccupation majeure, la priorité des priorités du pouvoir politique est la chasse aux couples, car dans la dawla de Bouteflika l'amour est " haram ", puisque seule est " halal " la haine des prétendus repentis qui n'ont jamais fait acte de repentance mais pour beaucoup d'entre eux ont repris le chemin du crime.

Le 8 mars 2000, dans la dawla islamiste de Bouteflika, fut une journée de deuil. L'Algérienne n'avait rien à attendre ou à espérer. La démocratie à laquelle il était fait allusion ne la concernait pas, puisque l'unique sensibilité à laquelle il accorde crédit et intérêt est celle des islamistes. Et il était hors de question de les choquer ou de les fâcher en réformant l'école, ou en faisant de l'Algérienne une citoyenne à part entière. Le 8 mars 2001, satisfait de lui-même, Bouteflika tente de rectifier le tir en se disant favorable à tout ce qui contribuerait à améliorer la condition de la femme. Celles qui l'écoutent et le croient sont grisées par l'ambiance de fête qui règne ce jour-là à El-Aurassi. Celles qui ont boycotté " l'événement " savent qu'il s'agit d'un show présidentiel. Un de plus ! Pour faire dans la séduction, Bouteflika rappelle qu'il vient de procéder à la nomination de femmes ambassadeurs (6), d'une présidente à la tête du Conseil d'Etat et de femmes magistrats à des postes de responsabilité. Concernant la magistrature, il est utile de préciser que la nomination des premières femmes magistrats a débuté en 1965-1966 et non en 2001. Cela est tellement vrai que le corps de la magistrature compte aujourd'hui 684 femmes sur 2756 au total, soit environ 32 %. Ce n'est donc pas grâce à Bouteflika. Lui n'aurait certainement pas permis à l'Algérienne d'être juge pour ne pas fâcher les islamistes. Eux, on s'en souvient, qui avaient mené la guerre aux femmes juges dans les années 1990. Quant aux autres femmes nommées ambassadeurs ou à la tête du Conseil d'Etat, il est seulement utile de rappeler que leur cursus professionnel, leur longue expérience et leur plan de carrière avaient pour conséquence logique cette promotion bien méritée. La manoeuvre dilatoire de Bouteflika fut de faire croire à l'opinion publique qu'il était l'auteur de cet avancement professionnel. Un dol pris d'autant plus inacceptable que les femmes dont il s'agissait ne sont ni des potiches encore moins des femmes-alibi. Le 8 mars 2001 était semblable au 8 mars 2000, une journée de deuil. L'an 2001, on s'en souvient, fut celui où le même Bouteflika voulait à tout prix et coûte que coûte " fourguer " sa " concorde nationale ".

Son pardon unilatéral accordé aux terroristes le 13 janvier 2000 fut la première étape, la seconde était le projet de concorde nationale au moment même où en janvier, février, mars, juin, septembre 2001, les massacres de populations continuaient de plus belle à Médéa, Chlef, Larbaâ. Aux journalistes étrangers qui s'inquiètent de ces tueries, Bouteflika répond, méprisant : " Allez donc vous promener dans les rues d'Alger. Vous verrez que vous pouvez le faire sans crainte " (quotidien La Stampa, janvier 2003). Les victimes du terrorisme de Médéa et Chlef n'avaient qu'à résider à Alger pour goûter au calme ! Et c'est donc sous le symbole de sa " concorde nationale " que fut fêté le 8 mars 2001 par celles-là mêmes qui considéraient celles qui ne partageaient pas leur combat en faveur des droits des femmes de " femmes du pouvoir ". C'était leur insulte et leur manière à elles de marquer leur territoire d' " opposantes ".

Mais leur ambition fut plus forte que tout. Elles renoncèrent à leur combat, à leurs convictions et devinrent à leur tour des " femmes du pouvoir ". C'est certainement leur droit et leur liberté, c'est celle des autres femmes de penser et de dire qu'une parcelle de pouvoir est toujours éphémère, tellement éphémère que les convictions ne sont pas monnayables pas plus que n'est vendable l'âme. D'autant qu'elles ont dû sans nul doute prendre conscience une fois investies de fonctions ministérielles, que leur injure " femme du pouvoir " était une expression à la coquille vide, puisque " être du pouvoir " c'est décider.

Avec Bouteflika, encore moins qu'avec ses prédécesseurs, un ministre ne décide rien. En tout état de cause, il faut cependant rappeler qu'aucune " femme dite du pouvoir ", y compris celles de l'UNFA, n'a déclaré publiquement " (qu'elle ne) refuserait rien à son président " (El Khabar El Ousbouî). On se souvient alors qu'au nom de la concorde nationale version féminine, elles suggérèrent face aux caméras de la télévision, enlaçant une islamiste : que " les femmes devaient dépasser leurs divergences ". Le message était clair : la démocratie devait s'allier à l'obscurantisme. Bouteflika avait désormais ses relais féminins pour conjuguer la concorde à tous les temps et ne plus évoquer le code de la famille. Cela ne signifie pas pour autant que le silence de ces femmes a arrêté le mouvement des femmes républicaines, dont le prétendu ralentissement, selon certains, n'en est pas un. Cependant, ces associations sont soumises à un verrouillage drastique. Exemple : cette présidente d'une association de femmes démocrates qui a obtenu son agrément après 40 (quarante) allées et venues à la Wilaya d'Alger ! D'autres associations activent dans la discrétion et sans médiatisation.

Le 8 mars 2002 est presque passé inaperçu n'eut été la bonne recette des fleuristes comme à chaque 8 mars ! Après les législatives, des femmes ont été nommées ministres. L'une d'entre elles est ministre de la Condition féminine. Après avoir déclaré que son secteur n'était pas celui du code de la famille, elle entendit rectifier le tir en déclarant que ce texte devrait être débattu puis elle annonça qu'il serait révisé. Il est clair que Mme la ministre sait qu'elle manipule une bombe qui risque de lui exploser entre les mains. Mais après tout, est-ce que le ministère de la Condition féminine n'a pas vocation de prendre des risques quitte à ne pas voir ses projets aboutir ? Il aura au moins essayé. Nul n'ignore que ce secteur ne pourra faire bouger les mentalités s'il n'a pas le soutien d'une volonté politique. Celle de Bouteflika, l'on sait de quel côté elle se tourne pour voir et entendre les voix des islamistes. Celles-là mêmes qui se disent opposées à la mixité à l'école, à l'activité professionnelle des femmes, à la révision du code de la famille et à la réforme de l'école.

Aussi est-il établi qu'à la veille du 8 mars 2003, rien ne changera dans la dawla islamiste de Bouteflika. Si la création d'un monstre — qui n'a soulevé aucune protestation républicaine excepté celle d'un juriste (avocat) —, appelé " Dar El Fetwa " qui se fera évidemment un plaisir insoupçonné de "légiférer" contre les femmes. Aux hommes le droit positif, aux femmes le " code de l'indigénat ", c'est cela la dawla de Bouteflika. Il y a seulement lieu d'affirmer que le combat en faveur d'une profonde révision du code de la famille, première violence contre l'Algérienne, doit surtout continuer en termes de lutte pour le droit à la citoyenneté. Comment en effet pouvoir convaincre un matheux que l'addition des majorités légalement définies pour les femmes : 18 ans (pénale), 19 ans (civile), (électorale) 19 ans, (martiale) 18 ans donne comme résultat une femme mineure ? Rien ne changera, mais n'avons-nous pas jusqu'alors arraché nos droits ? Nos soeurs aînées n'ont pas attendu la permission de porter un fusil durant la guerre de Libération, les résistantes au terrorisme-islamiste ont tôt fait de choisir leur camp. Les voix des femmes se feront toujours entendre, n'en déplaise à Bouteflika l'islamiste.

L. A.

Le Soir d'Algerie Vendredi 7 - Samedi 8 2003

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