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vendredi 30 mars 2012

Quelle politique ? Quelle strategie ?



RESSOURCES ÉNERGÉTIQUES ET DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE
Quelle politique ? Quelle stratégie ?

L'énergie est une ressource, un produit qui nous permet tous les jours de disposer de chaleur, de lumière et de mobilité, sans lesquelles la vie s'arrêterait.

par ABDELMADJID ATTAR

1 - Développement économique interne : Les besoins de l'Algérie

Il n'est nullement nécessaire aujourd'hui de réaffirmer que le moteur du développement économique de l'Algérie est sérieusement en panne pour des raisons multiples, malgré plusieurs tentatives de réparation à travers une série de réformes depuis la fin des années 80.

Il faut reconnaître aussi que les ressources nécessaires, issues principalement de la rente pétrolière, ont terriblement manqué au cours de la récente crise pétrolière qui a démarré bien avant 1996.

Les besoins de l'Algérie sont énormes pour combler tout le retard enregistré, non pas seulement en termes de ressources financières (toutes issues du pétrole)

- mais aussi en termes de programmes et de projets concrets correspondant à de véritables chantiers créateurs d'emplois et de richesses, stimulateurs d'une consommation interne sans laquelle il ne peut y avoir de marché et, par conséquent, de progrès économique.
- Et enfin en termes de management parce qu'il faut des hommes armés, d'abord de savoir-faire, dans un monde d'aujourd'hui où la connaissance et sa maîtrise sont à la base de tout progrès.

Mon intervention ne concerne pas en principe ce volet économique, mais il fallait bien dire quelques mots à ce sujet pour situer et peser les besoins dans les grands domaines que sont :
- L'agriculture et l'hydraulique
- Les infrastructures
- Les services.

Cela ne veut pas dire que l'enseignement par exemple (ou n'importe quel autre secteur) n'a pas d'importance, au contraire, il est stratégique, mais sa réforme et son développement ne nécessitent pas autant de moyens financiers.

C'est dans ce but qu'un plan de relance économique a été adopté par le gouvernement (un peu en retard il faut le reconnaître) récemment et accordé la priorité aux secteurs cités ci-dessus.

L'argent nécessaire à ce plan ne peut venir que des hydrocarbures, et on a parlé de 5 à 7 milliards de dollars. Il en faudra plus à mon avis parce qu'il faudra non seulement mettre en oeuvre ce programme, mais aussi le soutenir pendant les premières années, parce que le partenariat dont on parle beaucoup tarde à venir aussi.

On peut donc, sans crainte de se tromper, conclure que le secteur des hydrocarbures en Algérie est hautement stratégique et le demeurera encore longtemps, à tel point que les bases de la politique pétrolière ou tout simplement la politique énergétique nouvelle doivent être centrées sur ces 3 éléments.

- Besoins en matière de développement économique.
- Mondialisation.
- Enjeux géopolitiques.

2- Quelles sont nos ressources ? Quelle est notre place ?

Avant tout, essayons effectivement d'analyser un petit peu la valeur et la durée de cette manne pétrolière, de la comparer à celle d'autres régions du monde.

L'Algérie est effectivement un des pays pétroliers les plus importants en Afrique et autour du Bassin méditerranéen du fait de :
- L'importance de ses réserves en pétrole et en gaz.
- Sa situation en Méditerranée par rapport à l'Europe, à laquelle elle est déjà reliée par les deux plus importants gazoducs trans-méditerranéens vers l'Italie, l'Espagne et le Portugal.

Les réserves récupérables en 1999 sont évaluées à :

- 2,3 milliards de mètres cubes de pétrole et condensat soit environ 30 ans de production à un rythme annuel initial d'environ 80 millions de mètres cubes par an.
- 3 200 milliards de mètres cubes de gaz naturel, soit environ 40 ans de production à un rythme annuel initial d'environ 150 milliards de mètres cubes par an.
- 300 millions de tonnes de GPL.

Il est bien entendu que les réserves récupérables citées ci-dessus sont figées en 1999 et que toute nouvelle découverte faite depuis cette date ou à faire à l'avenir viendra augmenter la durée de production.

Il faut aussi signaler que :
25 % des réserves en huiles ont été mises en évidence entre 1986 et 1999.
- Contre 5 % seulement pour le gaz à la même période.

Mais il faut aussi se rendre compte qu'en général :
* Plus on découvre de pétrole dans une région donnée et moins on en découvrira à l'avenir.
* Tout gisement de pétrole ou de gaz comporte deux phases de production, à savoir le premier tiers de la période avec un plateau de production élevé (maximale) et deux autres tiers caractérisés par une baisse progressive de la production du fait de la baisse de la pression dans le gisement.

Cela laisse supposer donc qu'au bout de 10 a 15 ans, on ne pourra produire en général que la moitié de la production initiale et même moins.

Sur le plan financier, les hydrocarbures constituent pour l'Algérie 95 % des recettes d'exportation, 60 % du PIB et 25 % du budget de l’État. C'est-à-dire une économie exclusivement dépendante des recettes pétrolière.

Le secteur de l'hydrocarbure emploie, par ailleurs, directement pas moins de 150 000 travailleurs et presque autant de façon indirecte.

C'est aussi le seul secteur où le volume des investissements annuels dépasse les deux ou trois milliards de dollars par an.

Au point de vue pétrole liquide, les choses sont assez simples puisque la compagnie nationale maîtrise parfaitement les conditions d'exploitation des gisements, le transport, le raffinage et la commercialisation, le seul effort restant à faire étant surtout une meilleure valorisation des produits pétroliers notamment dans le domaine de la pétrochimie où l'Algérie a enregistré un retard important.

En ce qui concerne le gaz, la situation est en revanche plus complexe.

L'Algérie a développé ses ressources de gaz naturel en supportant de lourds investissements, et a contribué ainsi à l'approvisionnement du marché européen de manière fiable, sûre et continue.
Tout comme les pays européens ont comme point cardinal de leur politique énergétique, la sécurité d'approvisionnement, autant pour un pays producteur comme l'Algérie, et au regard des investissements supportés, la sécurité de la demande est une préoccupation majeure.

Dans cette optique, la mise en oeuvre de nouveaux cadres réglementaires ne doit pas remettre en cause cette sécurité de la demande, ni être de nature à aller à rencontre des intérêts légitimes des pays fournisseurs.
Il en est de même des régions où il y a des taxes sur les produits pétroliers très élevées et discriminatoires, puisqu'elles constituent une sorte de manipulation de la demande.

En 1998 la consommation européenne avoisinait les 350 milliards de mètres cubes dont 210 étaient importés, avec 22 % provenant de l'Algérie, 34 % de Russie, 20% de Norvège, 19 % des Pays-Bas et 5 % autres.

En 2005 il est prévu que cette consommation européenne atteigne les 400 milliards de mètres cubes.
Les USA consommaient environ 620 milliards de mètres cubes en 1997 dont 3 % en GNL provenant d'Algérie, d'Australie et des E.A.U.

Il est donc absolument nécessaire de construire une politique gazière basée sur une répartition des réserves tenant compte d'abord des besoins de consommation interne dans le futur, plus que des besoins en matière de financement du développement économique de l'Algérie.

Parce que, au rythme de soutirage de l'année 1998 et des exportations prévues sur 20 ans, il ne restera que 800 milliards de mètres cubes en 2020, alors que la consommation nationale nécessitera, à elle seule et à ce moment-là, pas moins de 40 milliards de mètres cubes, et seuls 50 milliards pourraient être destinés à l'exportation.

Mais il faut se rendre à l'évidence que nos réserves en huile aussi vont s'épuiser assez rapidement au-delà de 2006 avec un niveau record de production qu'il faudra continuer à compenser avec de nouvelles découvertes. Pour cela, il faudra non seulement faire appel à des investissements importants, mais aussi à des technologies très sophistiquées notamment pour améliorer les taux de récupération.

C'est donc en amont qu'il faudra que l'Algérie adopte une politique d'ouverture et de partenariat très compétitif par rapport aux autres pays qui s'ouvrent de plus en plus.

La compétition entre pays se traduit aujourd'hui à travers l'adoption de textes législatifs offrant surtout :
- Plus de libertés dans les opérations sur les sites pétroliers ;
- Plus d'avantages fiscaux ;
- L'accès aux gisements en production ;
- L'arbitrage international ;
- La transparence dans la compétition. Le code pétrolier algérien de 1986 et les amendements de 1991 ont largement contribué à atteindre ces objectifs et permis le renouvellement total des réserves entre 1986 et 1998 puisqu'elles ont même dépassé le niveau qui était prouvé en 1971.

Le projet de nouvelle loi sur les hydrocarbures oeuvre aussi dans ce sens, mais se focalise plus sur la séparation entre les prérogatives de l’État et celles de l'entreprise nationale, l'ouverture en amont et en aval à la libre-compétition entre tous les opérateurs publics ou privés, l'ouverture et la libération des prix sur le marché interne, la démonopolisation et la libération du transport et de la distribution.

Il faudra alors veiller, à mon avis, à ce que ce nouvel environnement ne mette pas en danger l'exercice de la souveraineté nationale à travers l'entrée en compétition d'un secteur public qui est loin de disposer des moyens et de l'autonomie des entreprises internationales.

Seul un environnement privilégiant un réel partenariat entre deux opérateurs, peut permettre d'assurer :

- Pour la compagnie internationale un meilleur accès aux réserves. C'est son but et il est logique de le lui garantir en contrepartie des investissements à consentir.
- Pour l'Algérie un meilleur accès à la technologie, parce que celle-ci évolue très rapidement et constitue l'une des principales solutions face à la chute des prix aujourd'hui, et la solution demain pour exploiter le pétrole difficile qui restera à découvrir, ne serait-ce que pour couvrir les besoins internes futurs.

Aujourd'hui, il y a une compagnie nationale pour accueillir ce partenariat, il faudra donc s'assurer que demain, toute politique énergétique assure et garantisse cet équilibre.

3 - Quelles sont les stratégies développées par les pays Opep et non-Opep

Malgré tout ce qui s'est dit ou se dit encore sur l'Opep et son rôle sur la scène énergétique mondiale, il faut se rendre à l'évidence qu'elle rencontre de plus en plus de difficultés et que son poids n'est pas aussi important qu'on le croit pour plusieurs raisons.

- La première est externe et découle de l'analyse de la demande pétrolière globale et de la distribution de l'énergie dans le monde.

Globalement, l'Opep n'intervient qu'à hauteur de 35 % pour satisfaire la demande en pétrole, le reste étant fourni par les non-Opep et les pays de l'Ocde eux-mêmes, alors qu'elle possède 75 % des réserves mondiales en pétrole brut.

En fait, l'Opep n'intervient qu'à 40 % à son tour dans le pétrole et 15 % dans le gaz. Cela signifie en quelque sorte qu'elle n'intervient en termes de source de production d'énergie dans le monde qu'à raison de 20 %.
- La deuxième raison externe est liée à l'incompatibilité avec les stratégies propres à chaque pays non-Opep ou même son appartenance géopolitique, ainsi que les politiques énergétiques développées par les pays consommateurs.

C'est ainsi que depuis pratiquement 1986 il n'y a pas eu de dynamique de reprise de la demande car le lien entre la demande et les prix s'est fortement distendu du fait de l'importance de la fiscalité prélevée par les États consommateurs

C'est ainsi qu'en matière de taxes, il y a eu entre 1980 et 1998 une augmentation de 200 a 300 % dans les pays consommateurs. Le prix CIF est demeuré pratiquement stable à moins de 20 dollars US ($) par baril, alors que la marge industrielle et les taxes ont fait grimper le baril :

De 58 $ en 1980 à 75 $ en 1997, dans les pays de l'Ocde.
De 62 $ en 1980 à 100 $ en 1997 aux États-Unis.

En fait le seul avantage dans les pays de l'Opep est le prix de revient du baril qui varie entre 3 et 5 dollars ($) alors qu'il est de 8 à 12 dollars ($) dans les autres pays.

Ainsi donc, durant les décennies 80 et 90, la baisse de la demande pétrolière, la surproduction des pays producteurs, conjuguées à la crise asiatique d'une part, et l'augmentation des taxes d'autre part, ont entraîné une stagnation du marché avec érosion des prix, à tel point que le prix moyen entre 1986 et 1998 n'a pas dépassé les 15 à 18 dollars ($) courants, avec une baisse catastrophique en 1998 à moins de 10 dollars. Plus grave encore : ce prix moyen n'est que de 5 dollars ($), en dollars de 1973.

La hausse intervenue en 2000 et 2001 n'a pas duré longtemps malgré la tendance au resserrement des rangs constatée en 1999 et le mécanisme adopté en 2000 pour maintenir le prix entre 22 et 28 dollars ($).
Ce mécanisme avait pourtant l'air de concilier aussi bien les producteurs que les consommateurs.

- La troisième raison est interne à l'Opep et découle des conflits entre États producteurs dont l'économie est fortement dépendante de la rente pétrolière, et qui ont souvent ralenti ou même empêché tout consensus autour d'une stratégie commune qui devrait être celle de la défense des prix et non des quantités (quotas de production).
- Tous ces éléments montrent clairement que l'Opep n'assure plus le rôle de régulateur du marché pétrolier et doit revoir complètement sa stratégie, y compris, peut-être, en incluant le gaz dans sa démarche, à travers une alliance plus puissante et plus représentative entre producteurs d'huile et producteurs de gaz.

L'Algérie peut et doit jouer un rôle, primordial dans ce domaine parce qu'elle est pratiquement le troisième fournisseur de gaz de l'Europe.

L'Expression dimanche 10 mars 2002

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fr.wikipedia.org - Coût, assurance et fret (CAF - CIF)

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