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samedi 3 mars 2012

Plus rien ne sera comme avant


En six jours, l'irruption de la « rue » sur la scène politique algérienne a brutalement transformé le paysage politique, faisant fleurir cette formule : « plus rien ne sera comme avant ». Désormais, il y a l'avant et l'après 5 octobre. Les références et les normes changent, les réactions ne sont plus les mêmes. Les tabous tombent. La presse connait une période d'embellie, qui pousse le tirage vers le haut : fin octobre, El-Moudjahid est introuvable dès 8 h dans le centre d'Alger. Les associations se multiplient, les assemblées générales ne se comptent plus, et des centaines de grèves sont déclenchées, sans que les grévistes soient inquiétés.

Ce changement vient de la base, « la rue », qui prend conscience de sa propre force, et trouve un écho favorable auprès du pouvoir, qui joue le jeu : le Président Chadli s'est engagé à introduire de profonds changements le 10 octobre, et il est impossible alors de mettre fin au vent de démocratie, qui déferle sur le pays, par des mesures simplement répressives, au risque de provoquer d'autres tragédies.

Le discours du président Chadli le 10 octobre a permis de parer au plus pressé et atteint son objectif le plus important : il met fin aux émeutes. Il laisse cependant les gens sur leur faim, car il n'annonce pas de mesures concrètes. La leçon sera retenue par la suite, car les décisions sont annoncées à un rythme régulier, maintenant le suspens et tenant le pays en haleine pendant près d'un mois.

Les premières réformes politiques sont annoncées le 13 octobre, dans un communiqué de la Présidence de la République : Un référendum aura lieu le 3 novembre : Son but est d'amender la Constitution, en vue de transférer une partie des pouvoirs exécutifs du chef de l'Etat au profit du chef du Gouvernement. Ce dernier est désormais responsable devant l'Assemblée nationale, qui approuve ou rejette son programme, et dont le rôle se voit ainsi renforcé. Deux secteurs stratégiques, la Défense et les Affaires étrangères, restent cependant contrôlés par le Président de la République. Une campagne discrète en faveur du « oui » au référendum est lancée ; elle ira en s'amplifiant, mais une certaine hésitation persiste dans les milieux politiques, en raison de la portée limitée des changements proposés. Le PAGS appelle à l'abstention, les organisations d'extrême gauche appellent au boycott pur et simple, alors que les islamistes sont divisés, selon Ali Benhadj, qui à titre personnel prône le boycott.

A l'approche du référendum du 3 novembre, le Président multiplie les gages et les mesures d'apaisement : le 15 octobre, suspension des procès devant les tribunaux des flagrants délits pour les personnes arrêtées pendant les émeutes, et libération des mineurs et des détenus d'opinion. Le 24 octobre, publication du deuxième volet des réformes, dans lequel il propose des changements nettement plus importants, montrant ainsi l'engagement du Président Chadli à « aller vite et loin ». Le 29 octobre, limogeage de M. Messaadia, devenu particulièrement impopulaire, et du général Lakehal-Ayat, chef de la DGPS, souvent mise en cause dans les dossiers de la torture. Le 31 octobre, remise en liberté provisoire de toutes les personnes arrêtées, et annonce de mesures en faveur des familles des victimes, que de nombreuses organisations appellent les « martyrs d'octobre », ou « martyrs de la démocratie », et demandent à les considérer officiellement en tant que tels.

Malgré cela, Ali Benhadj déclare le 28 octobre qu'il prône le boycott. « Ma conviction personnelle, que j'ai expliquée dans les mosquées, est que si le peuple dit oui (au référendum du 3 novembre), il approuvera des décisions qu'on lui propose mais dont l'élaboration lui a échappé. S'il dit non, on maintient ce qu'il y avait, et on revient au passé ». Il précise cependant que son point de vue n'est pas partagé par les autres dirigeants islamistes. « Les avis divergent en raison de la nature du référendum, et aucun mot d'ordre précis n'a été lancé (...) Il faut éviter la précipitation » dans les réformes en cours.

« Le courant islamiste n'a aucune objection quant à l'instauration du multipartisme, si les partis oeuvrent pour le bien du pays et respectent sa liberté, sa dignité et son appartenance».

De son côté, le PAGS maintient, dans une déclaration publiée le 26 octobre, son mot d'ordre d'abstention, qu'il prônait déjà dans une déclaration datée du 13 octobre, avant la publication du second volet des réformes politiques et avant le limogeage de M. Messadia. Le PAGS estime que le second volet des réformes constitue « un progrès très sensible » et contient des « aspects éminemment positifs », mais aussi « beaucoup d'ambiguïtés et de points obscurs ». Points positifs relevés par le PAGS dans ces réformes : le texte se prononce pour « un véritable débat démocratique, la liberté des candidatures aux assemblées élues, l'autonomie organique des organisations de masse », et « la fin de la tutelle du parti » sur ces organisations. Au passif, le PAGS énumère les ambiguïtés « en ce qui concerne la transition vers le multipartisme, les garanties et les moyens d'action et d'expression des tendances » qui constitueront le FLN rénové, et « les rapports entre ces tendances et le Front ».

Le PAGS renouvelle aussi la « réserve principale » qu'il avait formulée avant la publication du second volet des réformes : « on confie au congrès (du FLN) le soin de décider et de présenter au peuple le projet de réformes politiques », et « le peuple pourra tout juste dire oui ou non à des décisions prises en dehors de lui » (...) « La souveraineté du peuple ne signifie pas donner un chèque en blanc à un processus qui peut être remis en cause ou modifié par le congrès du FLN ». Il réclame aussi « une amnistie générale en faveur de tous les jeunes détenus lors des manifestations d'octobre », et appelle à « développer des actes concrets pour recréer et renforcer le climat de confiance entre le peuple et l'armée ». Il propose « des mesures précises : panser les blessures, traduire en justice les tortionnaires et ceux qui ont ordonné la torture, bloquer les prix, augmenter les bas salaires, créer des emplois, imposer l'austérité aux privilégiés, mettre fin à la spéculation, au parasitisme et à la corruption ».

Biographie du Lakehal Ayat Medjedoub
Lakehal Ayat Medjedoub (né le 8 mars 1936, mort le 4 juin 2006) était un général et un homme politique algérien.
Lakehal Ayat est né le 8 mars 1936 à Oued Zenati, dans la wilaya de Guelma. En 1956, il rejoint les rangs de l'ALN à la wilaya II. Après l'indépendance de l'Algérie il continue une carrière militaire. En 1964, il entre à l'école militaire de Moscou. En 1965, il rejoint la 3e région militaire, jusqu'en 1968 où il part en France pour rejoindre l'académie militaire. En 1971 il est désigné directeur d'instruction, poste qu'il occupe jusqu'en 1974. De 1974 à 1979 il est nommé commandant de la 8e BB (brigade blindée).
En 1981, il est nommé directeur central de la Sécurité militaire jusqu'en 1987. De 1987 à 1988 il est délégué général à la prévention et la sécurité. En septembre 1989, il fait valoir ses droit à la retraite, et est décoré de l'ordre du Mérite National au Grade de ATHIR (services exceptionnels contribuant à rehausser le prestige du pays).
Il meurt des suites d'une crise cardiaque en Suisse, le 4 juin 2006.

fr.wikipedia.org - Lakehal_Ayat
www.lesoirdalgerie.com - Le général Lakehal Ayat inhumé ...

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